Ebooks et livres papier : l'Italie contre la "discrimination" européenne

Cécile Mazin - 31.10.2014

Edition - Economie - livre numérique papier - fiscalité édition - industrie livre Italie


Marco Polillo, président de l'Association Italienne des Éditeurs (AIE), avait déjà annoncé l'initiative, lors de la journée d'inauguration de la Foire de Francfort. Soutenue par le ministre des Biens Culturels, Dario Franceschini, et par les professionnels du livre, la campagne #Unlibroèunlibro vise à sensibiliser l'opinion publique sur la question fiscale du livre. En effet, deux TVA s'appliquent, différentes selon que l'on parle du livre papier ou du livre numérique. 

 

Dario Franceschini - Frankfurt Buch Fair

Dario Franceschini, ministre de la Culture italien, à Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Continuer à considérer le livre numérique comme un service digital est un choix qui pénalise la diffusion de la culture et le développement de la lecture. Le ministre Franceschini s'est engagé dans cette bataille. Nous, éditeurs, nous nous engageons à l'aider. » Marco Polillo présentait ainsi, à Francfort, la campagne #unlibroèunlibro, qui a été lancée aujourd'hui depuis le site officiel www.unlibroeunlibro.org. L'ensemble des professionnels du secteur de l'édition et, bien sûr, les lecteurs sont invités à participer à l'initiative pour manifester une volonté d'équipartition de la TVA pour les livres. 

 

Lors de la Foire de Francfort, le ministre Franceschini avait affirmé : « Je trouve correct et je partage complètement le slogan de la campagne #unlibroèunlibro. Seules quelques têtes bureaucratiques peuvent penser à distinguer [les livres]. C'est pour cela que nous travaillons aux documents conclusifs du Conseil des ministres de la Culture européens du 25 novembre, pour arriver à une position unanime, ou, au moins, la plus partagée pour rendre égale la TVA sur les livres numériques et papiers. »

 


 

Avec pour leitmotiv « une histoire est une histoire, indépendamment du support de lecture », #unlibroeunlibro veut sensibiliser les lecteurs à participer à cette bataille culturelle, qui nécessite d'être soutenue et discutée. Sur Twitter et Facebook, le débat est lancé, et la viralité aussi, dirait-on, à juger les 6 972 conversations déjà actives sur le sujet. Pour participer à l'initiative il suffit de se prendre en photo, avec le pouce vers le bas et de partager le selfie sur Twitter ou Instagram.

 

Un pouce très ancré dans la culture latine, quand l'empereur annonçait que le gladiateur n'aurait pas la vie sauve. Ici, c'est bien entendu la discrimination fiscale entre papier et numérique qui est condamnée.

 

L'harmonsation de la TVA n'est pas une concurrence déloyale

 

Riccardo Cavallero, directeur général de Mondadori, joint par téléphone, explique à ActuaLitté, devient porte-parole, pour l'occasion, de cette initiative : « Combattre pour que le livre numérique puisse bénéficier de la même TVA que le livre papier, veut dire faire preuve de bon sens. Nous ne comprenons pas les raisons de cette discrimination de taxation envers le livre numérique. » Une différence qui pèse beaucoup sur la diffusion de la lecture numérique, car en Italie la vente d'ebooks ne représente que 5 % du CA du marché. 

 

Il ajoute : « Nous souhaiterions une implication forte à cette campagne pour que la question de la fiscalité des livres numériques puisse être inscrite dans les agendas politiques dès le mois de décembre. » Dès lors, « harmoniser la TVA n'est pas une décision qui introduirait une concurrence déloyale au niveau européen » puisque chacun des acteurs de la chaîne du livre en profiterait.

 

« Dans le domaine de l'aviation, si la France donnait plus de crédits financiers à Air France, ce serait un exemple de commerce biaisé, par rapport à Air Italia. Mais la TVA harmonisée pour le livre n'implique aucun dommage pour les autres pays. » Sauf si un acteur américain s'installe dans un pays où la TVA est particulièrement basse, et donc particulièrement avantageuse, bien entendu. Mais à ce titre, les modifications fiscales prévues en 2015 à travers l'Europe devraient mettre un terme aux optimisations pratiquées. 

 

#unlibroeunlibro est donc une initiative made in Italie, mais qui souhaite avoir une ampleur européenne. Ses revendications, fortement soutenues aussi par le Premier ministre Matteo Renzi, ne naissent que d'une simple réflexion : quel que soit le support, la culture fait toujours du bien. À ce jour, la TVA du livre papier est à 4 % contre 22 % pour l'ebook en Italie.