Échec d'Hadopi à endiguer les pertes d'emplois : la loi Création, une piste ?

Nicolas Gary - 30.10.2014

Edition - Economie - industries culturelles - piratage valeur oeuvres - emplois pertes Europe


Les industries créatives souffrent de ce que le piratage impacte leur activité, et principalement les industries culturelles. Le député socialiste Hervé Féron est revenu dans une question parlementaire adressée au ministre de la Culture et de la Communication, sur cette épineuse question. Il s'appuie alors sur l'étude présentée par TERA consultant, en partenariat avec le Forum d'Avignon.

 

 

Workers

Une branche sciée ?

Daily Sunny CC BY 2.0

 

 

Selon les données de cette analyse, les industries créatives pèsent pour 6,8 % du Produit Intérieur Brut de l'Europe, soit 860 milliards € en 2008. Or, entre 2008 et 2011, des centaines de milliers d'emplois auraient été perdus avec une destruction de la valeur particulièrement importante, et plus spécifiquement dans les industries créatives. Dans les cinq pays étudiés en détail (France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni), le cabinet assure que la destruction de valeur s'élève à 20 milliards €, et les pertes d'emplois à 189.633 postes à temps plein, sur la période 2008-2011. Pour la valeur la plus haute, on avançait le chiffre de 400.000 emplois perdus.  

En s'appuyant sur ces estimations, l'étude conclut que la destruction de valeur due au piratage s'élève entre 34,5 et 47,1 milliards €, quand celle des emplois oscille entre 204.089 et 1.095.125 postes à temps plein, entre 2008 et 2011. (voir notre actualitté)

Le député souligne que dans ces industries menacées, on compte des producteurs, distributeurs, mais également « un certain nombre de domaines contribuant de manière importante à l'économie de la culture, tels que les imprimeurs ou les plateformes internet de distribution de contenu ». Or, en dépit des différentes évolutions des services de vidéo et de musique en ligne, « les retombées en termes de croissance et d'emploi ne sont guère au rendez-vous ». 

 

Avec 14 millions de personnes employées en 2011, soit 6,5 % de la main-d'œuvre européenne, on assiste à un recul de 2,65 % par rapport à 2008, insiste le parlementaire. Citant de nouveau les conclusions de l'étude menée par TERA Consultant, Hervé Féron souligne que ces contre-performances seraient provoquées par l'absence « de réglementations efficaces pour lutter contre le phénomène de piratage, au niveau français comme européen ». Autrement dit : sévir pour préserver. 

 

La croissance des industries créatives serait liée à la protection législative, qui préserve la propriété intellectuelle : c'est ce que disait précisément le précédent rapport du Forum d'Avignon. Les prédictions estimaient alors que des pertes de 166 à 240 milliards € étaient à redouter pour 2015, et des pertes d'emplois entre 600.000 et 1,2 million. 

 

« Face à l'échec de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), créée en 2009 par Nicolas Sarkozy et qui n'a pas su endiguer la montée du piratage dans notre pays, [Hervé Féron] souhaite alerter [la ministre] sur la nécessaire évolution de notre réglementation en matière de lutte contre ce phénomène », écrit le député. Et dans ce contexte, le parlementaire aimerait connaître « les mesures relatives au piratage qui pourraient voir le jour dans le futur projet de loi sur la création et le patrimoine, qui sera présenté au Parlement au premier semestre 2015 ».