Échecs : un manuscrit illustré par Léonard de Vinci ?

Clément Solym - 21.04.2008

Edition - Société - Leonard - Vinci - jeu


De Ludo Scachorum, ou Le jeu d'échec, fut écrit par Luca Pacioli, mathématicien et franciscain du XVIe siècle. Ce dernier fut un ami et un collaborateur de Léonard de Vinci et l'on s'interroge ces derniers jours sur l'origine des illustrations qui composent cet ouvrage. Redécouvert en 2006 alors qu'on le croyait perdu ou détruit, il prenait des vacances dans une bibliothèque de 22.000 volumes, en Italie du Nord, qui appartenait à Gugliemo Coronini, mort en 1990.

Échec et mat ou échec au Maître ?

La Fondation à but non lucratif Coronini Cronberg a dernièrement engagé un expert Franco Rocco, qui devra déterminer si le les dessins réalisés sont le fait du génie Léonard. Une conclusion à laquelle il serait d'ailleurs parvenu. Plusieurs éléments concordent : tout d'abord, les relations entre le mathématicien et de Vinci. Ensuite, la qualité des dessins, et leurs proportions, basées sur le nombre d'or. D'autres similitudes apparaissent également avec des dessins déjà reconnus comme du fait de Léonard.


Pourtant, bien qu'une telle possibilité suscite l'enthousiasme des amateurs d'échec, Martin Kemp, professeur émérite à Oxford d'histoire de l'art, se montre un peu plus sceptique : « Il n'y pas pas la moindre chance que ces dessins soient le fait de Léonard. » Toute similitude est exagérée à son sens et les ressemblances absolument pas réalistes eu égard aux travaux attribués à Léonard.

Une rencontre historiquement attestée

Cependant, Pacioli et de Vinci se sont bien rencontrés : en 1496 à Milan, et ce dernier a pourtant illustré Divina Proportione, livre de 1509 qui traite des mathématiques et des relations entre les proportions et le nombre d'or. Après l'invasion française de Milan, en 1499, les deux hommes avaient fui à Mantoue, où Léonard fit le portrait d'Isabelle d'Este, grande amatrice d'échecs. De Ludo Scachorum aurait ainsi été écrit à cette époque, et dédié à la marquise et son mari. Bien que rien ne témoigne de la passion du génie pour ce jeu, ni même qu'il n’y ait jamais joué, Kemp ajoute surtout que l'investigation menée par Rocco est « un cauchemar de non-méthode ».

L'attribution à Léonard des dessins se fonderait sur des idées et non des analyses. Un fatras d'hypothèses non vérifiées, en somme. « La saison folle de Léo ne finit jamais », conclut-il.