Economie espagnole : conséquence funeste de la hausse de TVA

Clément Solym - 18.12.2012

Edition - Economie - hausse de la TVA - secteur culturel - Espagne


Voilà plus de trois mois que l'Espagne a procédé à une hausse de son taux de TVA, et les premiers bilans s'affichent dans la presse, montrant comment et combien cette mesure a affecté l'économie espagnole. Tant pour les consommateurs, que, par conséquent, sur le commerce, plus globalement. C'est que l'impôt indirect n'épargne personne. Et sanctionne tout le monde. 

 

 

Paperwork

kozumel, (CC BY-ND 2.0)

 

 

Si la TVA dispose d'un taux réduit en Espagne aussi, ce taux est appliqué au livre, comme c'est le cas en France. A ce titre, il est de 4 % pour les ouvrages de papier. Les fournitures scolaires sont toutefois taxées à 21 % de TVA. En revanche, pour le livre numérique, la TVA est passée de 18 % à 21 %. 

 

Les éditeurs espagnols avaient, à ce titre, et d'un commun accord, décidé en masse de ne pas appliquer la hausse de TVA sur les livres numériques, préférant assumer cette augmentation, plutôt que de perdre tout le travail réalisé auprès du public. « Des changements ont eu lieu dans l'industrie, pour assurer la promotion du livre numérique. Le premier est la baisse du prix de vente des ebooks, qui sont maintenant 60 % moins chers qu'un an plus tôt. Alors, essayons de continuer à parier sur la question du prix. Nous tirons profit de ces tarifs bas, et que pour le saut vers la lecture numérique se fasse, il ne faut pas entraver la politique tarifaire », expliquait Xavier Solà, directeur de la librairie casadelibro.com.

 

Globalement, la presse espagnole constate que la hausse du taux a eu un impact négatif dans tous les secteurs, avec une interrogation simple : pourquoi le gouvernement a-t-il décidé d'augmenter le montant à verser, alors que cela a des retombées si négatives pour l'économie du pays. 

 

Plusieurs secteurs ont été frappés, tourisme, agriculture, pêche, et du côté des festivals ou des activités nocturnes on accuse une baisse de 29 % du chiffre d'affaires. Les foyers espagnols perdraient d'ailleurs 470 € par an, selon l'Organización de Consumidores. 

 

Le directeur du théâtre del Canal, à Madrid, s'est récemment insurgé contre cette situation, alors que son secteur, de même que les cinémas, les parcs d'attractions ou les concerts, sont passés de 8 % à 21 %. Pour le monde de la culture, cette situation a des effets particulièrement négatifs, explique Albert Boadella. Selon lui, le gouvernement a pris cette décision sans aucune consultation, ni même prendre la température sur les graves problèmes qu'allait rencontrer le secteur. 

 

« Ça me dérange que les magazines pornos payent une TVA de 4 %, et qu'[une pièce de] Calderon soit à 21 % », explique-t-il, volontairement provocateur. « Celui qui a décidé cela a de graves problèmes avec la culture, et n'a aucune sensibilité. »

 

De son côté, le président de Grupo Planeta avait frappé du poing sur la table, réclament que soit instaurée une TVA à 4 % sur les ebooks, comme pour les livres papiers. Une harmonisation dont on sait pourtant qu'elle est contraire aux directives européennes, pour qui  le livre numérique est un service, et non un produit. José Manuel Lara n'y était pas allé par quatre chemins : soit l'ebook passait à 4 %, soit il prenait la direction du Luxembourg, avec son groupe sous le bras.