Écosociété, 25 années d'engagement pour la maison d'édition québécoise

Laure Besnier - 01.12.2017

Edition - Les maisons - Écosociété édition - édition militante - édition engagée


La maison d’édition militante québécoise Écosociété fête ses 25 ans. Née en 1992 de la volonté de partager des idées, de proposer un recul critique sur le monde et de donner des clés pour le transformer, la maison d’édition indépendante poursuit son oeuvre. Pour cet anniversaire, Écosociété propose un catalogue décliné en douze « savoirs ».  Un retour sur les différents engagements de sa ligne éditoriale, qui s'accompagne d'un changement de distributeur.

 

©Aline Dubois

 


En 2016, Élodie Comtois, racontait à ActuaLitté l’histoire de la maison d’édition. En 1992, un groupe de militants se préoccupe de questions écologiques, économiques ainsi que politiques. L’écologie sociale est l’une de leurs principales idées : un mouvement politique né dans les années 1960 qui postule que les problèmes écologiques découlent de problèmes sociaux. Cette vision politique n’a cessé d’influencer la ligne éditoriale. 

Vingt-cinq ans d'édition

 

Donc, en 1992, l’Institut pour une Écosociété est fondé. C’est l’effervescence entre colloques, événements publics, centre de rencontres et formations en écologie sociale… Au fur et à mesure, l’Institut se centre sur sa principale activité : la publication d’essais. Son objectif ? Penser la société, la critiquer, la transformer et surtout susciter un débat public. Être, comme l’indique le slogan de la maison d’édition, « à contre-courant » malgré les obstacles.

 

Car des obstacles, la maison d’édition militante en a rencontré. Financiers d’abord. Fonctionnant en gestion collective, elle avait failli fermer en 2004. Alors que les salariés avaient dû être remerciés, Julie Mongeau, la fille du fondateur, Serge Mongeau, entreprend de remettre sur pied la maison d’édition : elle met en avant le fonds, engage une éditrice, une comptable puis une chargée de communication. « Aujourd’hui, nous sommes sept personnes employées au Québec, auxquelles s’ajoute une personne qui assure la promotion en France, et nous publions une vingtaine de livres par an », précise Élodie Comtois. 

 

Mais c’est surtout la défense de valeurs qui a le plus coûté. En 2008, la parution Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique d’Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, qui aborde les abus de l’industrie minière canadienne en Afrique, fait l’objet de poursuites en diffamation de compagnies minières pour 11 millions de dollars (6 millions de dollars de Barrick Gold et 5 millions de dollars de Banro Corporation, deux compagnies minières aurifères). Pendant trois ans et demi, la maison d’édition défend son livre.
 

Greenpeace et la forêt boréale en danger :
la pression s'accentue sur les éditeurs


Ce dernier est mis hors commerce, à l’issue d’un règlement hors cours. Depuis, Écosociété fait paraître Paradis sous terre. Comment le Canada est devenue la plaque tournante de l’industrie minière mondiale, qui reprend les mêmes thèses avec des exemples trouvés dans le monde entier. 

 


Depuis, la maison d’édition s’est promis de continuer à défendre la liberté d’expression, de publication et de favoriser le débat démocratique ainsi que la circulation des idées. Elle a publié des livres aux sujets très divers dans ses différentes collections : « Actuels », « Enjeux planète », « Guides pratiques », « Hors série », « Parcours », « Polémos », « Régulière », Résilience », « Retrouvailles » ou encore « Théorie ». On y trouve des manifestes politiques, des manuels d’agriculture, des récits de vie…

Par ailleurs, en 2018, on pourra lire Désobéir et grandir de Paul Ariès, Les stratèges romantiques de Pierre Mouterde, Une éducation sans école de Thierry Pardo ou encore bien d’autres ouvrages. 

Un nouveau distributeur


En France, les livres seront désormais disponibles en librairie grâce à une nouvelle collaboration avec le distributeur Harmonia Mundi Livre. Élodie Comtois nous en raconte l'origine : « Pour nous, cette collaboration correspond à une nouvelle étape en France, Belgique et Suisse. Le public commence à nous connaître, mais pas partout, et sur une partie de notre catalogue encore limitée. Le jardinier-maraîcher est un "long-seller", les titres de Noam Chomsky fonctionnent bien, mais il n’y a pas encore le réflexe de voir ces livres dans un ensemble éditorial cohérent.

Nous avons donc encore à nous faire connaître, notamment autour de tous nos essais politiques, car il semble que les libraires nous aient davantage connus avec nos guides pratiques. C’est ce que va nous permettre de faire, nous l’espérons, l’équipe commerciale d’Harmonia Mundi et ce travail autour de notre catalogue pour nos 25 ans.
»

 

Un catalogue inédit

En attendant, à l’occasion de ses 25 ans d’existence, Écosociété publie un catalogue sous le slogan « Cultiver les savoirs, ouvrir les possibles ». En version québécoise, elle comporte quatorze thèmes, notamment « savoir se souvenir » et « savoir prendre la parole » qui concernent l’histoire Québécoise. En version française - destinée au public français, belge et suisse - le catalogue est divisé en douze « savoirs » qui résument bien les idées qui traversent sa ligne éditoriale, et ce depuis sa fondation : « savoir se donner des limites », « savoir être », « savoir-faire », « savoir militer », « savoir (dé)chiffrer », « savoir se nourrir », « savoir bâtir », « savoir se guérir », « savoir résister », « savoir coopérer », « savoir rêver », « savoir vivre ensemble ». 
 

Le livre, une industrie culturelle
négligée par le gouvernement du Québec

 

Dans chacun de ces thèmes, la maison présente certains ouvrages publiés. Ainsi, pour « Savoir se donner des limites », on retrouve, parmi d’autres, l’ouvrage de Andrew Nikiforuk, L’énergie des esclaves, publié en 2015. Autre exemple, dans le thème « savoir militer », on retrouvera l’ouvrage de Françoise David De colère et d’espoir (2014). Le catalogue rassemble des suggestions d’ouvrages pour ceux qui aspirent au savoir et à la connaissance – rappellant l'investissement de la maison d’édition. 

 

Le choix des livres par thèmes fut un « casse-tête » plaisante Élodie Comtois. Premier critère : la disponibilité des titres dans les fonds. Quant aux essentiels, qui ont ponctué la vie de la maison, disponibles en petite quantité, c’était l’occasion de les rééditer voire même de les retravailler entièrement.

« Un éditeur n’a pas toujours le loisir de pouvoir se plonger dans son catalogue pour y faire surgir les grandes tendances, les mots qui reviennent souvent, les concepts, les dénonciations, propositions, etc. C’est le luxe qu’on s’est offert pour ces 25 ans. Rapidement, les thèmes se sont dégagés de façon assez naturelle, avec une volonté d’affirmation de phrases fortes. » indique Élodie Comtois.

« En fait, ce qui nous a surtout marqués, en faisant cet exercice passionnant, c’est la cohérence de notre fonds, à quel point nos titres se répondent entre eux, se nourrissent les uns les autres. »

 

Pour les libraires, ce « livre de l’éditeur » peut être un véritable « outil de travail ». La maison espère recevoir le même accueil du côté des libraires français, aidé de la nouvelle collaboration avec l’équipe d’Harmonia Mundi livres à partir de janvier 2018. En plus de la version papier, le catalogue est accessible en ligne, sur le site de la maison d’édition ainsi qu'en version PDF