Écrire, pour le cerveau, c'est un peu comme jouer au Monopoly

Clément Solym - 24.06.2014

Edition - Société - cerveau écrire - étude histoire - IRM papier


Qu'est-ce que la créativité et l'imagination ? Deux sujets qui ont manifestement passionné l'équipe de scientifiques dirigée par le Dr Martin Lotze. Ceux-ci ont décortiqué avec des IRM le cerveau d'écrivains pour tenter de cerner les zones qui s'agitent quand l'esprit se met à cavaler. Les recherches portées sur des auteurs confirmés et débutants, et les résultats sont maintenant connus.

 

 

Monopoly

wwarby, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

L'université de Greifswald en Allemagne a réuni des écrivains, pour leur sonder la cervelle. Le Dr Lotze avait déjà analysé des joueurs de piano et des chanteurs d'opéra, pour identifier les zones particulièrement actives durant leur prestation. Il fallait donc passer aux écrivains, tout en modifiant le matériel d'étude. Pour qu'une IRM fonctionne, le sujet doit rester absolument immobile : il fallait donc une autre machine. 

 

28 volontaires se sont prêtés au jeu. Ils devaient d'abord copier un texte, avec mesure de leur activité cérébrale, puis lire quelques lignes et poursuivre le texte - toujours avec l'examen de leurs cogitations. 

 

Durant le processus de création, certaines zones du cerveau se sont activées particulièrement - mais pas au moment de la recopie, ont constaté les chercheurs. Au cours de la minute de réflexion dont ils disposaient, avant de se mettre à écrire (durant deux minutes maximum), l'activité était particulièrement forte, probablement parce qu'ils se figuraient les images à écrire. 

 

Le Dr Lopze soupçonne que l'hippocampe récupérait des informations factuelles contenues dans ces premières lignes de texte à poursuivre, avant de les traiter pour se mettre à écrire. Bien entendu, on voit une distinction entre auteurs confirmés et débutants : chez les seconds, les centres de la vision s'agitaient, tandis que les premiers accédaient plus directement aux centres de la langue dans le cerveau. 

 

Selon les scientifiques, c'est une question de pratique de l'écriture et de la création : les écrivains plus expérimentés disposent de méthodes de narration inscrites dans l'esprit, tandis que les novices auraient besoin de visualiser les séquences. 

 

Or, au moment même de l'écriture à proprement parler, une nouvelle distinction est apparue : le noyau caudé des écrivains experts s'est profondément activé, alors qu'il est resté très calme chez les plus jeunes. Les noyaux gris centraux ou ganglions de la base ; il est lié aux activités impliquant une mise en pratique, et se déclenche quand on joue à un jeu de société. 

 

Steven Pinker, psychologue à l'université de Harvard, l'étude présente des conclusions intéressantes. « La créativité est une chose perverse et difficile à étudier », commente-t-il. Les expériences ne reflètent cependant pas une image claire de ce qu'elle peut être. Finalement, la méthodologie n'opère pas une véritable distinction entre écriture et écriture créative. Il aurait probablement été plus efficace de confronter informations factuelles et histoire fictionnelle, souligne le psychologue dans le New York Times.