Écrire, un rêve... mais ceux qui vivent de rêves meurent de faim

Clément Solym - 22.04.2015

Edition - Economie - auteurs éditeurs - revenus livres - best-sellers succès


« Pas d'auteurs, pas de livres », entendait-on dans les allées du Salon du livre de Paris. À Londres, les écrivains ne se sont pas mobilisés de la sorte, mais la situation des créateurs n'a rien de bien enviable. Ce travail, certainement idéalisé dans l'imaginaire collectif, laisse voir une réalité plus sombre. L'Université Queen Mary de Londres montre qu'un auteur sur dix parvient à vivre de ses écrits.

 

 

 

 

 

Voilà dix ans, ils étaient 40 % de plus à vivre de leur plume, comme on l'écrit pudiquement. Un écrivain britannique professionnel gagne aujourd'hui moins de 11.000 £ annuellement (10.432 £ précisément), soit moins que le salaire minimum. Or, depuis 2005, les revenus moyens ont également diminué de 8 %. L'histoire prend une tout autre tournure, note l'étude : « Il y a une forte concentration, dans une poignée d'écrivains à succès, alors que la plupart ne gagnent rien. » En effet, 5 % des écrivains disposent de 42,3 % des revenus global.

 

Réalisée auprès de 2500 écrivains, l'étude montre que les mutations sont profondes : les éditeurs sont de moins en moins enclins à donner leur chance aux nouveaux venus. Ian Rankin, aujourd'hui écrivain installé, affirmait qu'il lui a fallu 14 années pour parvenir à gagner sa vie avec ses livres. « Il est évident que, pour la majorité d'entre eux, l'écriture reste une profession dont les gains sont faibles », peut-on lire dans l'étude The Business of Being an Author.

 

Autres chiffres déprimants : 17 % des personnes interrogées ne gagnent pas d'argent au cours de l'année de publication de leur livre – ce qui peut aussi indiquer que le versement de leurs droits d'auteur se fait (trop ?) tardivement. Et les femmes perçoivent 80 % des revenus que touchent leurs homologues masculins.

 

Nicola Solomon, directeur général de la Society of Authors indique que les maisons, depuis plusieurs années, coupent les vivres. Leurs investissements s'opèrent dans des ouvrages d'auteurs déjà reconnus, qui leur assureront des retombées financières. Une tendance au repli, avec la recherche d'une grande sécurité. « Même si cela a toujours été une profession où les plus grands auteurs gagnent leur vie de manière disproportionnée, ce qui est préoccupant, c'est que l'inégalité se creuse. »

 

Interrogée par ActuaLitté à la Foire du Livre de Londres, Nicola Solomon avait signalé que la rémunération des auteurs, notamment sur les ventes de leurs œuvres au format numérique, devait être améliorée. « Ce qui est primordial, aujourd'hui, c'est que les auteurs obtiennent une part plus importante des revenus tirés de l'exploitation de leurs œuvres. Le montant que les auteurs obtiennent de la vente de leur livre au format numérique est ridiculement bas. Seulement 9 % des auteurs s'estiment satisfaits de la part qu'ils obtiennent des éditeurs. Comme je l'ai dit, ils peuvent à présent aller voir ailleurs, et obtenir bien plus », expliquait-elle

 

Tout un paradoxe, puisqu'un sondage de YouGov, en début d'année, montrait qu'auteur était le métier le plus convoité en Grande-Bretagne : 60 % des citoyens aimeraient le pratiquer, pour gagner leur vie.