Éditeur, mon allié, parlons d'argent et de droits numériques...

Clément Solym - 02.12.2010

Edition - Société - contrat - ecrivain - droits


La tribune signée par cinq auteurs et publiée hier dans le Monde ne manque pas d'intérêt. Inéquitables droits du livre numérique, est appuyé par Paul Fournel, Cécile Guilbert, Hervé Le Tellier, Gérard Mordillat et Gilles Rozier, tous écrivains de métier.

Et le fond du problème soulevé, c'est bien de savoir ce qui se passe avec les fameux avenants au contrat, que les maisons d'édition désormais proposent à leurs auteurs, et qui concernent les droits numériques. Un document où « tu m'engages, en attendant d'y voir plus clair, à signer ce satané avenant où tu m'accordes 10 % du prix net du livre, comme sur le papier. Je vais donc devoir parler pourcentage. Pardonne-moi d'avance cette vulgarité », annonce la tribune.


Rappelant le modèle actuel et le découpage du prix d'un livre, avec les 53 % de la distribution, l'imprimeur à 15 % peu ou prou, 10 % de droits pour l'auteur et plus de 20 % pour l'éditeur... « Tu gagnes donc sur chacun de mes livres deux fois plus que moi, mais c'est justice, j'en conviens (même si tu pourrais être plus généreux), car tu fais ce pari financier qui justifie depuis Diderot l'existence même de ta profession. »

Or, la question qui se pose outre-Atlantique depuis des mois, commence donc à pointer de plus en plus le bout de son nez en France, avec le pourcentage que les auteurs percevront sur les livres numériques vendus. la suite est délectable :
Donc, dans ton "avenant au contrat", tu me proposes ces 10 % de droits sur mon livre numérisé. Tu es pourtant libéré des coûts de manutention, de stockage et d'impression, et il te restera 90 %, puisque tu vends ce "livre" au même prix sur le Web qu'en librairie (cette aberration commerciale épargne sans doute pour un temps les libraires et tant mieux). Certes, avec ces 90 %, tu vas tout de même devoir assurer quelques coûts. Tu transformes l'ouvrage en un format "eBook" et tu "sécurises les données" (on me dit que ces coûts réels sont dérisoires, détrompe-moi).

Tu me dis que tu dois rémunérer le "libraire virtuel" (c'est parfois ta propre filiale, petit coquin) jusqu'à 30 % et plus, mais on me rappelle que ce pourcentage ne peut que baisser (c'est déjà souvent 20 %), puisque dans cette "distribution", tout est virtuel et que la concurrence est acharnée. Au bout du compte, pour ce livre que j'ai écrit, tu toucheras donc entre six et sept fois plus que moi, c'est bien cela ? Surtout, corrige-moi en cas d'erreur, je suis un littéraire, hélas.

Et les auteurs de cette tribune, qui ne manquent probablement pas de lire ActuaLitté, évoquent plusieurs problématiques rencontrées entre éditeurs, agents et auteurs, chez Random House, notamment. En effet, alors que nombre de contrats furent signés bien avant que les questions numériques ne se posent, les auteurs s'inquiètent à juste titre de la renégociation possible de ces droits. Et mieux : « J'ai peur enfin que, puisqu'un livre numérique n'est jamais “épuisé”, tu ne te sentes plus contraint de le réimprimer, que je ne puisse plus récupérer mes droits pour le faire vivre ailleurs. »

En outre, la question de savoir si l'éditeur sera toujours des nôtres dans quelques années, se pose : pourquoi ne pas céder au chant des sirènes Amazon, Fnac ou Google, qui proposeraient potentiellement des droits bien plus intéressants sur les textes. « Avec des contrats de distribution qui offrent à l'auteur au moins 65 % (comme Apple) plutôt que d'édition à 10 %, ils pourraient prendre le risque de vendre un peu moins pour gagner beaucoup plus. Qu'en penses-tu ? J'imagine que tu y as songé. »

Voir la tribune dans son intégralité, dans Le Monde.