Editeurs : chefs d'orchestres qui coordonnent le marché du livre

Julien Helmlinger - 27.03.2013

Edition - Les maisons - Salon du livre de Paris - Editeurs - Coulisses de l'édition


Si l'industrie du livre était une sorte de grand théâtre où se jouaient différentes musiques littéraires, les éditeurs en seraient probablement les chefs d'orchestre. Les questions que tout curieux se pose, sont possiblement de savoir dans quelle mesure ces professionnels donnent son tempo, sa tonalité et ses nuances au marché du livre, et de savoir ce qu'il se passe derrière le rideau, dans les éventuelles coulisses de l'édition. À l'occasion du Salon du livre de Paris, la profession était invitée à se mettre en scène.

 

 

 

 

Parmi les éditeurs auxquels étaient tendus les micros au cours des conférences du Salon, se trouvaient notamment Anne-Marie Métailié, Philippe Robinet, Liana Levi, Serge Safran, ou encore Olivier Nora, Joëlle Losfeld, et Dominique Bordes. L'occasion d'entendre quelques propos autour du métier et plus du marché du livre en général.

 

A quoi sert un éditeur ?

 

Comme le présente Anne-Marie Métailié approuvée par ses pairs, l'éditeur est avant tout le premier lecteur de son auteur. Il s'agit ensuite de comprendre les projets des écrivains et d'apporter ses compétences sur le livre afin d'amener ces projets le plus loin possible. Le métier d'éditeur implique donc non seulement une collaboration directe avec les auteurs, mais aussi un investissement personnel en matière de relations avec les libraires, ou les journalistes. Un emploi tourné vers les autres maillons de la chaîne du livre, que ce soit en amont ou en aval. Un emploi « qui demande d'être multicasquette, un travail assez lourd, surtout dans les petites maisons » précise Liana Levi.

 

Les éditeurs s'organisent parfois avec des comités de lecture, certains sont seuls maîtres à bord. Selon les termes d'Olivier Nora, « les éditeurs font le même métier, mais pas de la même manière ». Il y a ceux qui sont obligés de se restreindre à une sélection affinée de quelques publications annuelles, et ceux qui doivent maintenir l'optimisme de leurs actionnaires au beau fixe en se montrant actifs sur un terrain plus vaste.

 

Pour Anne-Marie Métailié, « un livre c'est comme un enfant, si vous ne l'aimez pas et que vous n'avez pas envie de l'élever, ne le faites pas ». Et elle rappelle que l'éditeur doit gagner de l'argent, que son métier ne s'arrête pas à l'art, car il faut être en mesure de rembourser ses dettes et financer les auteurs en amont de leurs projets suivants.

 

Comme le résume Philippe Robinet, qui estime que son rolle multiforme concerne autant la création que la gestion et la promotion : « Amazon arrive et nous pose la question. À quoi sert un éditeur ? On sert à élever, c'est un rôle d'intermédiaire et notre métier est une affaire de passion. » 

 

L'horizon des défis économiques

 

À l'heure actuelle, on estime que les maisons d'édition publient annuellement entre 10 ouvrages, pour les plus modestes et jusqu'à 5000 titres pour les plus importantes. Les enjeux ne sont donc pas les mêmes pour toutes les maisons. Certains craignent l'appétit des ogres de l'e-commerce, pointent la fragilité de la chaîne du livre et particulièrement des librairies.

 

Ainsi, Dominique Bordes et Joëlle Losfeld sont pointilleux quant à l'importance pour un éditeur de bien se faire connaître des libraires, « les médiateurs qui connaissent le lecteur et peuvent défendre véritablement la politique éditoriale d'une maison », affirme d'ailleurs l'éditrice. Une position que rejoint Serge Safran, estimant que la prise de connaissance d'un livre par le public est une question primordiale. La maîtrise de la communication à l'ère des réseaux, le décodage des médias ont toute leur importance.

 

Olivier Nora souligne le fait que les temps sont en proie à la crise économique comme aux mutations spécifiques au marché. Non seulement beaucoup de livres seraient publiés à perte, parallèlement à l'accentuation d'une forme de « bestsellerisation » qui veut que tout le monde lit les mêmes livres, et sont retournés à l'éditeur par les libraires. Si le seul pouvoir de l'éditeur est de pouvoir dire non, comme le confie Dominique Bordes, Anne-Marie Métailié estime que les choix professionnels doivent être pris non seulement en fonction des coups de coeur, mais également en tenant compte de la raison économique

 

D'autre part, il explique que le marché du livre est spécifique en ce sens qu'il est à considérer comme un marché d'offre, et son emploi d'éditeur un métier de prototypes. Et si autrefois « le fonds payait la nouveauté, l'effet est désormais symétrique ». D'un déséquilibre entre l'offre et la demande, découlerait une « inflation éditoriale » qui pourrait faire exploser la bulle. Il deviendrait donc nécessaire de « publier moins, mais publier mieux ». Ce que Dominique Bordes désigne comme le « régime sec de la publication ».

 

Sur la question du numérique, la menace pointée du doigt n'est pas tant celle de l'apparition d'un nouveau format, finalement perçue comme une opportunité, que celle que fait peser les géants comme Amazon sur les bénéfices de la Loi Lang sur le prix du livre, comme le rappelle Joëlle Losfeld, et que d'ailleurs les ascenseurs n'ont pas provoqué la fin des escaliers. Dominique Bordes, quant à lui, se dit « attaché à l'objet livre et attend autre chose que de l'EPUB pourri », pour lui il s 'agit d'un tout autre domaine que le livre papier. Le sentiment pour Olivier Nora est qu'il faut être « fétichiste du contenu et pas du contenant. Passez le relais de la lecture aux générations suivantes et peu importe le support ».

 

Petites et grandes maisons d'édition s'accordent finalement à dire que s'il y avait aujourd'hui un modèle économique à préconiser sur le marché, il s'agirait sans doute de celui d'une petite structure manoeuvrante, soutenant la librairie et la diversité du livre.

  

Les dessous de l'édition ?

 

« Existe-t-il des coulisses de l'édition ? » Tel était l'intitulé d'une des conférences sur la thématique du métier d'éditeur. Et à la grande déception des plus curieux, Olivier Nora a répondu en disant que l'idée que le monde de l'édition était un microcosme hermétique tenait plus du fantasme que de la réalité.

 

L'éditeur, fort de 13 années d'expérience dans les coulisses des maisons Grasset et Fayard, confie toutefois que le milieu est un conglomérat de personnalités à caractère fort, que dans chaque maison il y a « des tauliers qui ont hérité des anciens et qui sont imprégnés d'une histoire ». 

 

« Il y a des natures et des maisons différentes  » souligne-t-il, ajoutant que « la dinguerie, fait par exemple partie du mystère et du caractère érotisé de Grasset ».