ÉDITindé : “Défendre la bibliodiversité, un enjeu économique et démocratique”

Antoine Oury - 20.03.2018

Edition - Les maisons - ÉDITindé coopérative - ÉDITindé - coopérative edition independante


Une coopérative pour l'édition indépendante, c'est ainsi que se présente le projet ÉDITindé, créé fin 2017. Face à un phénomène de concentration et de création de supergroupes d'édition, mais aussi aux difficultés liées à la diffusion-distribution ou à la visibilité, l'édition indépendante pourra compter sur la coopérative, qui propose de mutualiser les moyens et les acteurs de la chaîne d'indépendance du livre.


Foire du Livre de Francfort 2017
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

La création de la coopérative ÉDITindé, fin 2017, survient après un constat renouvelé, celui « de la visibilité de l'édition indépendante : ce que montraient déjà les enquêtes de feu le MOTif [Observatoire du livre et l'écrit de la Région Ile-de-France], c'est que les bibliothécaires ne connaissent pas l'édition indépendante », souligne Philippe Magnani, cofondateur. Et si des professionnels du livre ignorent l'existence de ces maisons, le public, lui, a peu de chances d'en connaître les ouvrages...

 

« Notre travail, collectivement, sera de faire mieux connaître l'édition indépendante, à travers des opérations comme la Caravane de l'édition indépendante, qui doit parcourir l'Île-de-France au cours des mois de mai et juin 2018, avec une quinzaine de villes sur son trajet, ou encore la publication d'une revue », détaille le cofondateur, d’abord instituteur en Seine-Saint-Denis, puis libraire à Folies d’Encre de Montreuil, chargé de développement commercial pour Paris-Musées, et pour le Comptoir des Indépendants. Chef de projet à la Réunion des Musées Nationaux en 2011-2012, il est désormais formateur à l’École des Métiers de l’Information dans la filière Édition.

 

Les éditeurs indépendants sont, naturellement, en dehors de toute logique de groupe, et se classent, d'un point de vue économique, parmi les sociétés de l'édition dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas le million d'euros par an. « En réalité, à peine 1 à 2 % des éditeurs indépendants s'approchent de ce chiffre d'affaires, et plus de 40 % font état d'un chiffre d'affaires de moins de 50.000 € annuels », précise Philippe Magnani.

 

« Un éditeur indépendant gagne moins, de façon générale, et a souvent un second métier, d'ailleurs », poursuit le cofondateur d'ÉDITindé. « Mais on trouve d'autres critères pour définir ce qu'est un éditeur indépendant, notamment des données éthiques. Quand Gallimard achète Flammarion, il faut faire du chiffre pour rembourser l'emprunt nécessaire à l'achat et gratifier les actionnaires, ce qui nécessite une certaine action commerciale : on occupe le terrain, du linéaire et de la trésorerie de librairies à travers une surproduction et une certaine orientation de la ligne éditoriale. »

 

Malgré ce discours pragmatique sur l'industrie culturelle, la coopérative « ne s'attaque pas aux grands groupes, mais veut rappeler que l'édition indépendante existe et qu'elle doit garder sa place en librairie, pour le bien commun, celui d'idées nouvelles, de points de vue différents dans le champ du politique, de l'histoire, de la critique sociale, par exemple ».
 

Échanges et mutualisations

 

Pour défendre la place de l'édition indépendante, outre les opérations de visibilité, la coopérative entend « bien lire le monde pour mieux le réécrire » : « Nous voulons instaurer une dynamique d'échange avec les partenaires de la chaîne du livre. Il est important que des auteurs, des bibliothécaires, des libraires, des diffuseurs et des distributeurs apportent aussi leurs problématiques, parce qu'il faut agir en chaîne d'indépendants plutôt qu'en indépendants isolés », explique Philippe Magnani. « Nous avons besoin de la cohérence d'une chaîne du livre d'indépendants pour défendre la bibliodiversité, un enjeu économique et démocratique. »

 

Les différents collèges de la coopérative, qui incarnent les métiers de cette chaîne, organiseront la mutualisation des moyens et de la réflexion. Par exemple, une mutualisation des postes dans les relations aux libraires pourrait améliorer la visibilité des ouvrages, quand un espace de coworking ouvert à tous les partenaires de la chaîne du livre faciliterait la connaissance des problématiques respectives. La coopérative offre par ailleurs des tarifs préférentiels sur des formations, pour accompagner l'éditeur indépendant à différents moments de son existence.

 

ÉDITindé, une coopérative pour l’édition indépendante

 

La coopérative n'aura pas vocation à prendre la place d'acteurs de la chaîne, précise toutefois Philippe Magnani : pour le cas de diffusion-distribution, par exemple, qui voit les sociétés du secteur saturées et parfois dans l'incapacité de prendre correctement en charge de nouveaux éditeurs indépendants, « nous allons discuter avec les acteurs existants, comme Les Belles-Lettres, Pollen ou Harmonia Mundi, pour trouver des solutions ensemble ».

 

De la documentation sur la coopérative pourra être trouvée ci-dessous ou sur le site d'ÉDITindé.
 





Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.