Édition en Australie : mieux vaut économiser 25 millions $ ou perdre 2 milliards ?

Clément Solym - 20.12.2016

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La Productivity Commission d’Australie vient de remettre un rapport sur la propriété intellectuelle. Elle y remet gentiment en cause l’actuelle législation sur le copyright, considérant que les Australiens enfreignent 80 fois par jour les lois. Et que des textes systématiquement bafoués sont forcément mauvais...

 

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Michael Coghlan, CC BY SA 2.0

 

 

Les lois australiennes sur le droit d’auteur sont-elles bonnes à jeter à la poubelle ? Peter Martin, de la Productivity Commission explique que le système actuel est labyrinthique. Et dans ses conclusions, la Commission en arrive à considérer que le Fair Use représente une solution et une opportunité qu’il faut saisir. 

 

Comparant la situation australienne à celle de Singapour, la Commission souligne en effet que l’adoption du Fair Use aurait rendu le système de copyright plus simple à comprendre.

 

Dans les contrefaçons du quotidien, elle relève d’ailleurs que certaines sont mineures, comme d’attacher dans un email la copie d’un fichier... Et comme le projet final est de décourager le piratage, plusieurs mesures sont à l’étude. Parmi les principales, la possibilité de contourner le géoblocking, qui empêche les Australiens d’accéder aux livres numériques, musique ou logiciels, s’ils habitent sur d’autres continents. 

 

Pour ces consommateurs, un surcoût de 13 % est toujours appliqué, ce qui freine bien entendu les ventes. Les lecteurs, par exemple, pourraient économiser 25 millions $ AU par an, si la loi sur l’importation parallèle était définitivement éliminée. 

 

L'importation de livres, ou la pollution à tous les problèmes

 

Ce point est discuté depuis des années : pour protéger la chaîne du livre, la loi instaurée permet à tout éditeur de disposer d’une période de 30 jours pour acheter les droits sur des livres, afin de les commercialiser sur le marché local. Au terme de cette période, les libraires peuvent importer auprès d’autres éditeurs – britanniques et américains, principalement – lesdits ouvrages. Sauf que les livres ainsi importés coûtent moins cher aux lecteurs que ceux publiés par les éditeurs locaux.

 

Or, sans cette source de revenus, les éditeurs ont plusieurs fois alerté des risques qui pèsent sur leurs sociétés. C’est qu’en diminuant les mesures protectrices dont jouissent les maisons, le gouvernement prend le risque de voir le chiffre d’affaires fondre. Et par conséquent, les investissements sur les auteurs locaux diminuer. Pour les petits éditeurs, le marché se durcira drastiquement, jusqu’à devenir impraticable.

 

Alors, comment ménager la chèvre et le chou ? D’autant que si les libraires sont contraints d’attendre le délai légal, les consommateurs, eux, ne se privent pas d’aller faire leurs emplettes sur internet. Et un certain revendeur américain les alimente alors à prix réduit en nouvelles lectures. 

 

Dans le cas des livres, la Commission a ainsi montré qu’avec un échantillon de 1000 titres, commercialisés au Royaume-Uni et en Australie, les trois quarts étaient plus chers de 20 % en Australie. De quoi comprendre le montant des économies ainsi réalisées...

 

2 milliards de pertes pour l'industrie du livre

 

Pour Louise Adler, président de l’Australian Publishers Association, les réformes envisagées pourraient provoquer un ras-de-marée dans l’édition. Mettre fin aux mesures restrictives sur l’importation parallèle de livre aurait un coût de 2 milliards $ AU. La commission aurait d’ailleurs ignoré royalement les documents fournis par 400 experts, sur les menaces concernant le marché du livre. 

 

Pour le porte-parole du ministère des Communications, Mitch Fifield, « le gouvernement est déterminé à faire en sorte que les exceptions au droit d’auteur en Australie soient suffisamment souples pour que l’innovation n’en soit pas entravée. Le tout, en protégeant les intérêts légitimes des titulaires de droits. »

 

Mais la Commission avait anticipé ces arguments, et balayé par anticipation les réticences : « Aucune nouvelle preuve n’a été présentée dans notre enquête qui empêcherait de faire sauter les actuelles restrictions. »

 

En même temps, 25 millions d’économies contre 2 milliards de pertes, faut-il vraiment sortir une calculatrice ?

 

via SMH, Guardian, The Australian