Edition : le luxe, c'est la profusion. L'enfer aussi.

Clément Solym - 17.12.2012

Edition - Société - autoédition - marché du livre - nouvelles technologies


Présenté à la presse en version bêta la semaine passée, le service OwnShelf n'a pas inventé la poudre. Ce service permet le stockage et le partage en ligne de ses livres numériques - à condition d'en être le détenteur des droits. Le journaliste et écrivain canadien Jon Evans vient de s'en émouvoir dans les colonnes de Tech Crunch. C'est que lui-même est à l'origine d'un outil, EPUBHost, permettant... le stockage et le partage d'ebooks en ligne. Troublant.

 

Avec OwnShelf, le primat est posé sur le contrôle de la bibliothèque en ligne, et le partage simplifié au maximum, par le recours d'un archivage dans le cloud, comme l'expliquait le cofondateur Rick Marazzani.

 

Mais Jon ne s'inquiète pas vraiment de cette sorte de concurrence : d'abord, son service est en Open Source, et donc réutilisable par tout un chacun. Selon lui, OwnShelf répond avant tout à une nouvelle économie qui se met en place : avec l'essor de l'auto-édition, telle que la connaît l'industrie américaine, il est plus pertinent d'ouvrir une boutique en ligne que de se mettre à écrire un livre. Plus rentable en tout cas. 

 

Le problème est de constater qu'il existe un déséquilibre premier entre l'offre en livres, qui va croissant, et de manière exponentielle, tandis que la demande des lecteurs tend à s'amenuiser. Inutile de revenir sur un désintérêt pour la lecture, thème récurrent depuis des siècles, et plus encore, pas plus que celui de la volonté que les hommes ont d'écrire. Depuis qu'on leur a donné les moyens pour commercialiser leurs titres, ils ne s'en privent pas. Ce qui génère une économie fulgurante, et une diversité de l'offre jamais atteinte, avec des titres pour tous les goûts, même les pires. 

 

Jon constate simplement qu'un Américain moyen lit 17 livres par an, selon ses statistiques, soit 1200 titres dans une vie. Ce qui fait qu'un auteur qui meurt, comme le dit la pub, avec les volcans, c'est un nouvel homo scribendus qui va s'éveiller. La question qui se pose à tous, c'est de déterminer comment reconnaître un bon livre d'un autre, celui qui va plaire de celui que l'on doit éviter, et ainsi de suite. Voire, corollaire, comme découvrir le prochain Gabriel Garcia Marquez dans la masse de la production actuelle, et pis encore, future. 

 

Plus, Plus, PLUS.... TROP !!

 

Le monde du livre, tel qu'il le dessine, se dirigerait vers une situation proche de celle des journalistes aux Jeux Olympiques : des centaines de caméras, pour capter le même mouvement depuis différents points de vue, et qu'importe si l'angle ne diffère que de quelques centimètres. Le monde aurait tout aussi bien vécu les JO de Londres, si l'on avait disposé de moins de caméras, et par conséquent, de moins de journalistes. Mais peut-être fallait-il couvrir, littéralement, l'information, pour recouvrir les autres, celles qui sont passées inaperçues durant cette période. 

 

L'enjeu est donc là : alors que l'industrie du livre, en Occident, tend à surproduire, pour assurer la couverture de ses coûts, sans plus réellement de possibilité de faire machine arrière, le lectorat est débordé. Et n'en déplaise à Aurélie Filippetti, qui dans un acte de démagogie invraisemblable promet que jamais elle ne dira que les maisons produisent trop, l'édition indépendante participe à une étrange concrétisation. 

 

D'un côté, on assiste à la constitution d'un catalogue plus diversifié que jamais, et surtout, débarrassée de quelques regrettables écueils issus de la connivence ou des conflits d'intérêts... de l'autre, l'autoédition en génère de nouveaux, laissant à chacun la sacro-sainte liberté de l'expression, de la commercialisation, et noie donc un marché déjà fragile. 

 

Mais revenons à la question commerciale : si la presse s'oriente comme une belle diablesse vers des solutions de paywalls généralisés, ce n'est que pour mieux prolonger son agonie, et tenter de capter encore ce qui pourrait l'être, de presser le citron un peu plus. Avec la démultiplication des sources d'informations, il ne sera prochainement plus possible de faire payer quoi que ce soit : l'information se retrouvera ailleurs, autrement, et les paywalls se marginaliseront de plus en plus. 

 

Créer, publier, partager, diffuser, faire découvrir, connaître, présenter, enquêter... autant de choses qui n'ont plus, dans l'ère numérique, les contraintes que l'industrie papier imposait. Tout est plus facile, et tout est donc plus facilement mauvais, puisque la surproduction n'a jamais été un gage de qualité. Les nouveaux référents écloront, vivront et survivront, ou s'éteindront, c'est le lot de toutes les étoiles. Rise and Fall, dit la chanson...

 

 




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