Edition : les économies de coût liées au livre numérique

Clément Solym - 09.05.2011

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Parmi les grandes informations de cette semaine, plusieurs lecteurs nous ont fait part de leur satisfaction à la découverte des propos de l’éditeur Simon & Schuster. Ce dernier, évoquant ses résultats financiers, avait laissé comprendre à qui voulait prendre la balle au vol, que le livre numérique était particulièrement rentable. (notre actualitté)

Ce qu’il ne faut pas omettre, c’est que depuis 2009 (notre actualitté), l’éditeur a mis en place une politique de restriction de budget, dont l’adoucissement ne remonte qu’à fin 2010. Aussi, que les résultats du premier trimestre 2011 soient positifs découle également d’un tout dans les finances de l’éditeur. Cependant, la rentabilité des livres numériques n’en reste pas moins intéressante.

Des p'tits sous, des p'tits sous, encore des p'tits sous

Ce que pointait l’éditeur ne manquait en effet pas d’intriguer l’esprit avisé. Ce qui coûte cher, dans le circuit du livre papier, n’a plus besoin d’être démontré : impression, distribution, stockage, retours, etc. L’économie numérique n’est pas plus brillante pour l’heure en France, puisque de multiples prestataires de service ont reproduit le schéma du circuit papier et ont rétabli un circuit coûteux - sans parler de leur réelle efficacité technique. Mais ne nous éparpillons pas.

L'éditeur Simon & Schuster remarquait cependant que des retours, coûteux, très coûteux en version papier, disparaissent dans la chaîne numérique. L’économie est difficile à quantifier, mais puisque, comme dans la pharmacie, ces frais sont à la charge de l’éditeur, elle existe.

Durant la semaine passée, nous avons eu l’occasion de discuter avec plusieurs éditeurs, indépendants ou travaillant pour un groupe.

Sur la question des économies à réaliser, tous sont unanimes : le livre numérique est un outil pour les professionnels qui permettrait de couper court à des frais certains.

Journaliste, mon semblable, mon frère (voire, mon conjoint...)


Les services de presse, par exemple. Que ce soit à des journalistes, que les attachés de presse devront harceler pour s’assurer d’avoir un papier - les pauvres... - ou à destination des libraires, ce simple circuit d’envoi de livres coûte cher.

Et c’est sans prendre même en compte les versions ‘épreuves non corrigées’, que certains journalistes exigent pour pouvoir respecter leurs délais de bouclage. L’impression de ces livres qui n’en sont pas vraiment - il faut imaginer, pour qui ne travaille pas dans le milieu, un livre entièrement blanc, sans couverture, ni police particulière, qui peut encore contenir des coquilles... un livre presque sans âme - mais avec le bruit et l’odeur... -, en regard de ce qu’il sera en version papier. La production d’épreuves varie selon les maisons, et toutes n’en fournissent pas à la presse. Reste qu’au niveau global, l’économie pourrait être considérable. Mais aurait pour contrepartie de pénaliser les imprimeurs. C’est là l’éternelle histoire de l’omelette : il faut casser des oeufs, même si l’on préférerait ne pénaliser personne.

Service : serre la vis ?

L’autre pan, c’est donc le service de presse en lui-même : le livre définitif envoyé par l’éditeur aux rédactions, dans l’espoir d’une chronique. Ces coûts sont pris en compte dans le budget de création d’un livre, mais reprenons. Fabrication de l’ouvrage + envoi postal = argent perdu. D’autant que les envois spontanés de livres font que s’entassent souvent quelque part des livres non sollicités - et donc facilement perdus. Là encore, c’est le jeu entre attachés de presse et journalistes : il faut envoyer, puis rappeler, convaincre de lire, relancer. Comment ne pas penser qu’une plateforme sur laquelle les journalistes pourraient télécharger une version numérique du livre, ne représenterait pas une économie substantielle ?


Si fait. « D’accord pour les services de presse numérique, mais comment faire pour protéger les livres du piratage ? », nous demandait alors un directeur de maison ? Excellente question. Réponse : dès lors que l’on parle de bits, de numérique ou de fichiers, tout est duplicable, à l’infini. C’est donc une histoire de confiance à instaurer entre l’éditeur et le journaliste. De même que ce dernier s’engage tacitement à ne pas revendre les services de presse qu’il reçoit gratuitement - alors qu’il suffit de se rendre chez telle ou telle librairie d’occasion, pour trouver pléthore de livres dédicacés à l’attention de journalistes, et qui ont été revendus. Un lecteur n’avait pas manqué de nous le faire remarquer, à raison.

Peut-être qu’un système de marquage freinerait les ardeurs à partager abusivement. Et surtout, à faire accepter aux journalistes de lire en numérique - on parle de romans, principalement, ou d’essais, dans la mesure où la version homothétique ne nuirait pas à la découverte du livre. Il y aurait alors à équiper les rédactions - en iPad ? en lecteur ebook ? et quid des tablettes sous Android ? - pour que la boucle puisse se créer. Encore que les questions de formats se poseraient : envoyer un Bon à Tirer, en PDF, avec les hirondelles, ne sert à rien, c’est absolument illisible sur lecteur ebook, et très moche sur iPad. La révolution est peut-être là, mais pour l’heure, elle piétine.

Dans libraire, y'a libre, air et braire

Mais si d’un côté, il faut obtenir de la presse, de l’autre, on a conscience des limites en matière de prescription de ce secteur. Le seul qui vend, qui fait vendre, c’est le libraire. Le processus est similaire. Généralement, à trois mois en moyenne de la date de sortie du livre, l’éditeur réunit ses représentants, qui parcourront la France pour présenter les ouvrages aux libraires (depuis le petit indépendant, jusqu’aux grandes surfaces). Lors de cette réunion, les auteurs présentent leur bouquin, et charge alors aux repré’ de partir en vadrouille dans leur secteur. En somme, les représentants sont aux librairies ce que les attachées de presse sont aux journalistes.

Ensuite, les libraires reçoivent aussi leur ouvrage en service de presse, quelques semaines avant la sortie pour le grand public. Là encore, le volume de livres envoyés mériterait de se pencher sérieusement sur des envois numériques. Mais restera la question de l'équipement : à qui revient d'acheter - ou d'offrir ? - le lecteur ebook, la tablette ? Sans parler de la pédagogie à adopter, pour faire accepter de lire en numérique.

Et si tu te prenais par la main ?

Et c’est sans parler même des demandes qui peuvent arriver alors qu’un livre décolle soudainement et que tout le monde en veut alors un exemplaire. Ou de services de presse quelque six mois après la sortie d’un livre. Il n’est pas rare de s’entendre répondre que, non, désolé mais il n’y a plus d’ouvrages disponibles pour un "SP"... Alors évidemment, il existe toujours l’option d’aller acheter son bouquin en librairie, mais si cette solution est viable sur quelques titres durant l’année, elle ne peut pas être envisagée par un journaliste sur des dizaines de livres chaque année. Ça coûte cher, à un moment, faut pas délirer.

Quelques trop rares expérimentateurs...

En décembre 2009, ePagine mettait en place une première initiative, permettant aux représentants de disposer d’un Cybook Opus, de la société Bookeen, plutôt que de tonnes de papier à transporter dans leur valise. (notre actualitté)

Initiative suivie en 2010 par Place des éditeurs, qui confiait une dizaine de Readers Sony à des grandes surfaces culturelles, pour découvrir les nouveautés de la rentrée littéraire de septembre. (notre actualitté)

Notons également l’effort de Publie.net (François, promis, les papiers arriveront, tu vois bien que je suis occupé, là...) qui propose un service de presse, avec marquage numérique des fichiers, au nom de celui qui l'a téléchargé. Mais enfin, évidemment, la question se pose moins, pour les pure-players, puisqu'ils travaillent avec des livres numériques...

Glénat s'aventure aussi dans le domaine et envoie régulièrement des emails avec les nouveautés BD en fichier PDF à télécharger. Ce n’est peut-être pas la panacée, et cela n’empêche pas de solliciter l’ouvrage en version papier, mais c’est déjà un premier tri qui s’effectue, en découvrant le titre - et permet de ne pas ‘piocher’ dans les ouvrages du catalogue au hasard, en espérant tomber sur une BD qui plaira.


Quelques scrupules persistent


Évidemment, d’un point de vue éthique - si, si, ça existe - c’est aussi la fin de la critique négative : on ne finira plus par demander que les ouvrages qui ont accroché, en délaissant complètement les titres qui n’ont pas su attirer l’attention. Au moins pour le domaine BD. Pour le livre, la seule expérience de la page 99 ne suffit pas forcément à se faire une idée du bouquin dans son ensemble.

Mais là, c’est du côté de l’espace disponible dans un magazine imprimé ou plus simplement du temps de lecture des journalistes que cette discrimination, consistant à ne chroniquer que ce que l’on aime, peut intervenir.

A la fin de l'envoi, je touche

Pour le moment, aucune nouvelle information ni initiative de ce type ne nous est parvenue. Peut-être que du côté de Dilicom, avec son fameux hub professionnel, on pourrait aboutir une initiative globale, permettant un système de téléchargement et d’accès à des versions numériques - que ce soit pour les journalistes, les représentants ou les libraires. La seule assurance, c'est que l'édition y pense, et plutôt deux fois qu'une.

Et finissons d'un petit appel du pied aux maisons intéressées : si certaines chroniqueuses de ActuaLitté ne sont pas du tout décidées à lire sur une tablette ou un lecteur ebook, nous préférons assez facilement recevoir un titre en EPUB - eh oui, quelques exigences persistent - quand le livre est un envoi spontané.

L'adresse est simple : contact@actualitte.com - comme pour tout communiqué de presse, par ailleurs.

À suivre, sur cette rentrée 2011...