Édition : quelle liberté d'expression en Turquie devant la répression d'Erdogan ?

Clément Solym - 04.08.2016

Edition - International - Turquie Erdogan politique - état urgence violence - éditeurs liberté expression


Faisant suite à la publication d’un avis au journal officiel turc, la fermeture de 29 maisons d’édition turques a provoqué l’indignation de la communauté internationale. Selon les mesures d’urgence prises par le président Recep Tayyip Erdoğan, toutes ont vu leurs biens, avoirs et documents saisis. Et gracieusement reversés au Trésor public turc. 

 

#Turkey

Hyeong Seok Kim, CC BY 2.0

 

 

L’association des éditeurs turcs avait réagi en soulignant toute l’ampleur de la violation des droits : avec les 29 maisons, ce sont 16 télévisions, 23 radios et 45 journaux, ainsi que 15 magazines qui ont subi les foudres d’Erdogan. « Nous sommes opposés aux menaces contre la démocratie, nous l’avons dit dès le premier jour, nous le répétons ici. La démocratie parlementaire condamne le coup d’État contre le gouvernement, et dénonce la mort des citoyens tués en résistant », indique l’organisation.

 

Mais la fermeture des maisons d’édition entraîne des risques pouvant causer « des dommages irréparables », poursuit l’association. En effet, « les auteurs qui ont publié des œuvres chez ces éditeurs, les traducteurs, seront également victimes, n’étant plus en mesure de recouvrer les créances de leurs droits d’auteurs ». 

 

Et de réaffirmer le besoin d’une primauté du droit dans le pays, autant que la nécessité d’une liberté d’expression respectée par le pouvoir, insiste la Türkiye Yayıncılar Birliği.

 

Sauf que le pouvoir ne l’entend pas vraiment de cette oreille. L’International Publishers Association avait elle-même dénoncé cette situation intenable en relayant le message de l'organisation turque : « La TYB condamne cet assaut envers la démocratie parlementaire, le gouvernement et les citoyens, et nos pensées vont aux familles et aux proches des citoyens, journalistes et forces de sécurité tués lors de ce coup d’État. »

 

De son côté, le PEN International avoue être particulièrement préoccupé par la situation politique. Suite aux vagues de répression, « près de 70.000 personnes ont été arrêtées, font l’objet d’une enquête, ont été suspendues ou congédiées. On compte au moins 59 journalistes et écrivains », poursuit l’organisation. « Le Pen International appelle la Turquie a sauvegarder la liberté d’expression, les droits de l’homme et respecter ses obligations en vertu du droit international, durant cette situation d’urgence. »

 

L’organisation lance également un appel, invitant chacun à signer et diffuser, réclamant la libération des actuels prisonniers. Et surtout, rappelant aux autorités turques que la torture est interdite, absolument, chose que même l’état d’urgence ne saurait justifier. 

 

Depuis le 20 juillet dernier, le président Recep Tayyip Erdoğan a en effet déclaré un état d’urgence, dérogeant par la même à la Convention européenne des droits de l’homme. Et ce pour une période de trois mois, faisant suite au coup d’État militaire manqué du 15 juillet dernier. 

 

« Nous espérons que le principe constitutionnel de l’innocence jusqu’à preuve de la culpabilité sera garanti, que la loi et les règles démocratiques seront respectées et que toute action qui puisse brimer la liberté de pensée et d’expression, la liberté de publier et le droit à l’information sera évitée », assure de son côté l’association des éditeurs turcs.

 

« Le coup d’État a instauré une menace grave pour l’État turc, mais la fermeture des maisons d’édition, accompagnée de licenciements massifs, de détentions, d’arrestations, et les allégations de torture auront un impact grave sur la démocratie », souligne Jo Glanville, directrice du PEN UK. (via Guardian)

 

« La répression de la liberté d’expression était déjà une préoccupation constante. Le coup d’État semble maintenant offrir à Eerdogan une occasion pour purger la Turquie de ses adversaires, y compris les anciens alliés, les soutiens à Fethullah Gülen, ainsi que tous ceux qui sont soupçonnés d’y être associés. »

 

 

Plus d'information sur la censure d'Erdogan et le coup d'Etat en Turquie