Édition : quelles répercussions économiques et sociales de la crise Covid ?

Victor De Sepausy - 19.05.2020

Edition - Economie - industrie livre Covid - économie filière livre - crise sanitaire éditeurs


Sur les 720 membres que compte le Syndicat national de l’édition, 132 entreprises/groupe (soit 250 maisons représentées) ont répondu à un sondage de branche. La moitié d’entre eux (47 %) réalise moins de 500.000 € de chiffre d’affaires annuel. L’enquête portait sur les conséquences de la Covid-19 sur leur activité.

Amazon - Gallimard
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Ils sont 44 % à publier entre 16 et 100 titres par an, et le panel couvre l’ensemble des champs éditoriaux. En moyenne, 18 % des nouveautés seront annulées pour 2020 — chiffre bien moins catastrophique qu’en Italie où 32 % des titres sont annulés

Dans l’impossibilité de vendre des livres imprimés, le numérique aura pris le relai : 30 % des sondés indiquent une hausse de plus de 30 % de leurs ventes. En revanche, côté livre audio, seuls 8 % évoquent une augmentation de 30 %. 

Économiquement, le confinement fut rude : si 14 % des structures éditoriales n’ont pas encaissé de pertes sur mars (pour le moment, précise-t-on), elles sont 33 % à perdre entre 40 et 60 %. Une sur cinq encaisse plus de 60 % de perte — et au final 44 % ont perdu moins de 40 % de CA.

En revanche, sur avril, ce sont 73 % des répondants qui estiment à plus de 60 % leurs pertes. Mai n’est pas encore achevé, mais 38 % restent dans cette tranche — contre un quart entre 40 et 60 %. 13 % des maisons n’affichent pas de perte pour le moment. 

Au global, ce sont 46 % des maisons qui estiment de 20 à 40 % les conséquences économiques du confinement. Avec une tension pour la trésorerie, notent 57 % des répondants, un report ou une annulation des investissements, pour 53 %, et des menaces sur l’emploi pour 30 %.

Les mesures d’activité partielle ont concerné 72 % des sociétés d’au moins 2 salariés. 95 % des maisons de plus de 10 salariés ont basculé à un temps partiel. 

À cette heure, 25 % des sociétés assurent n’avoir sollicité aucune aide, en fonction des dispositifs gouvernementaux. Majoritairement, c’est le report des échéances sociales (44 %) et le Prêt Garanti par l’État (37 %) qui ont été les solutions privilégiées.

Des données que l’on pourra mettre en parallèle avec celles communiquées par l’association l’autre LIVRE. Sur les 178 éditeurs indépendants membres, 87 indiquaient à ActuaLitté n’être pas éligibles aux aides exceptionnelles.

C&F Éditions - Livre Paris 2017
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Côté SNE, seule une dizaine de structures a fait appel à l’aide exceptionnelle du CNL. 56 % estiment que ces mesures sont insuffisantes, et dotées de montants trop faibles. Il faudra donc en revenir à l’appel d’Antoine Gallimard, qui sollicitait une aide de l’État à la hauteur de 500 millions €, vraisemblablement. Selon nos informations, le sujet est en cours.

Notons également que le fonds de solidarité nationale de 1500 € rendait impossible l’accès à l’aide du CNL — une restriction qui a été levée depuis le 4 mai. 

Enfin, qu’en est-il de l’après ? Le confinement n’aurait en effet pas dégradé les relations entre les maisons et leurs fournisseurs ni leurs auteurs, selon 80 % des répondants. Il en va de même avec les distributeurs, pour 70 % d’entre eux. Pour autant, ils s’accordent globalement sur le difficile redémarrage des librairies et points de vente, crainte fondamentale (91 %). L’autre est que les lecteurs ne se précipitent pas sur les livres (63 %). 

Par ailleurs, 30 % des maisons « évoquent la crainte de ne pas avoir suffisamment de ressources financières pour aborder sereinement la reprise ». 

Le SNE pose alors plusieurs préconisations, qui font, pour certaines, écho aux demandes et propositions formulées par l’association l’autre LIVRE.
 
Le soutien aux libraires apparaît comme la première mesure préconisée par les répondants afin d’accompagner la sortie de crise. Un soutien financier de l’État (aides directes, suspension de la TVA sur le livre...) et des collectivités locales et territoriales (subventions, notamment des régions pour le livre scolaire, aides sur les coûts fixes, commandes...), assorti de la mise en place à grande échelle de chèques-lire/bons d’achat. Mais également un soutien de la part des éditeurs qui témoignent de leur volonté de limiter le nombre de parutions afin de ne pas submerger les librairies à la réouverture et de mieux défendre les titres. 
La majorité des répondants demandent également à l’État et aux collectivités de soutenir l’édition indépendante, particulièrement fragile. Annulation des charges sociales, aides financières sur les coûts fixes, maintien du chômage partiel après le 11 mai, prêts garantis, taxation des GAFA... font partie des solutions avancées. 
Une aide aux auteurs qui ont vu leurs projets affectés par la crise, sous forme de crédit d’impôt, ou de mise en place de fonds d’indemnisation provisoire des auteurs est également demandée. 
Adoption d’un tarif postal propre au livre, mise en œuvre d’une politique de commandes publiques de livres pour les bibliothèques, médiathèques, établissements scolaires et Ehpad, lancement d’une grande campagne nationale de communication en faveur du livre, de la lecture et de la librairie, initiée par le ministère de la Culture et portée par les Régions également, et réouverture des sites culturels sont enfin préconisés pour soutenir la reprise et permettre aux lecteurs de retrouver le chemin du livre. 

mise à jour 17h04 : 


Le ministre de la Culture a-t-il entendu les doléances des éditeurs ? Dans une communication confuse à l'Assemblée nationale, il indique que 100 millions € d'aides iront « notamment aux éditeurs ». Mais peu après, nie et réfute, pour indiquer que cette somme sera constituée de prêts, pilotés par l'IFCIC, pour les industries créatives et culturelles. Dont les éditeurs font partie. Pas si clair...

L'étude est à retrouver en consultation et/ou téléchargement, ci dessous


 


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