Édition scientifique : les chercheurs rejettent le système traditionnel

Antoine Oury - 08.07.2019

Edition - Les maisons - edition scientifique - recherche open access - recherche edition revues


À l'occasion des 20 ans du consortium Couperin, chargé de négocier l'accès aux revues scientifiques pour les bibliothèques universitaires, les premiers résultats d'une grande enquête menée auprès de plus de 11.000 chercheurs ont été dévoilés. Le système de l'édition scientifique actuel trouve ses limites pour une majorité d'entre eux, qui se disent prêts à s'investir très largement dans l'accès ouvert.

Open Access Week 2013
(photo d'illustration, SLUB Dresden, CC BY 2.0)


Depuis plusieurs années, l'édition scientifique et académique traverse une période de turbulences : de plus en plus de voix se font entendre en faveur d'un accès facilité aux publications scientifiques et aux résultats de la recherche. Avec l'émergence de nouveaux canaux de diffusion, les revues traditionnelles et leur système de publication payante perdent en popularité, au profit de l'accès ouvert, ou open access.

Dans le débat qui oppose les éditeurs scientifiques et les bibliothécaires et autres partisans de l'open access, les avis des chercheurs semblent parfois oubliés. Le département Études et Prospective du consortium Couperin s'est donc lancé dans une vaste étude auprès de la communauté des chercheurs pour en tirer des conclusions quant à leurs attentes en matière de publication et d'accès ouvert.

Les résultats liminaires de cette étude, menée auprès de 11.658 chercheurs, ont été dévoilés par Françoise Rousseau-Hans à l'occasion des 20 ans du consortium Couperin. Les premières questions portent bien entendu sur l'offre actuelle en matière d'édition scientifique : les chercheurs sont majoritairement peu satisfaits de la valeur ajoutée apportée par les maisons d'édition, même si la qualité des plateformes d'accès est généralement remarquée.

À l'inverse, le rapport entre la qualité du service et le prix payé par les chercheurs n'est « pas satisfaisant du tout » pour une quasi-moitié des répondants, et « peu satisfaisant » pour 3000 de plus. Tout au long de l'enquête, il apparait comme évident que le prix payé par les chercheurs pour la publication de leurs résultats de recherche dans une revue leur semble prohibitif.



De la même manière, le « peer reviewing », qui consiste en une relecture et une vérification des éléments présentés dans les revues par des collègues chercheurs, à titre gracieux, est perçu comme une pratique d'un autre âge, qui doit en conséquence disparaitre ou être repensée. Plus de la moitié des répondants estiment que la reconnaissance du peer reviewing est insuffisante, mais la transparence du processus interroge également.

Coûts excessifs et piratage

Les « limites majeures du système d’édition scientifique actuel » identifiée par les répondants sont avant tout les coûts excessifs, suivi par les restrictions de lecture, la cession exclusive des droits d'auteurs des articles aux éditeurs et enfin la lenteur du processus de publication. Sans surprise, une majorité de répondants se dit prête à prendre des mesures pour faire pression sur les éditeurs, dont l'abandon des revues concernées, des boycotts ou encore l'arrêt du peer reviewing.

Dans le cas d'une publication au sein d'une revue scientifique, les principaux critères de choix concernent l'adéquation de la revue avec le contenu de l’article et la notoriété de cette même revue – un point que les éditeurs entretiennent soigneusement.

Chez les chercheurs de moins de 35 ans, le recours aux accès pirates se popularise lorsque les documents ne sont pas disponibles par l'intermédiaire d'un abonnement : Sci-Hub et consorts ont trouvé leur public... Google Scholar et une demande directe auprès des auteurs peuvent aussi faire l'affaire pour accéder à un article.
 
Les motivations entraînant vers l'open access, ou accès ouvert, sont variées, mais concernent surtout la rapidité d'accès, la possibilité de consulter les résultats de la recherche pour tous ainsi que la participation au mouvement global d'open access, tout simplement.

Si les archives ouvertes, comme HAL, sont bien perçues, tous les chercheurs ne les utilisent pas, souvent par méconnaissance de leurs droits en la matière, vis-à-vis des éditeurs, ou encore par manque de temps. 

Les premiers résultats de l'étude sont accessibles ci-dessous.




Commentaires
Les chercheurs payent pour être publiés ? C'est sûr ça ?
Bonjour,



Effectivement, la publication d'articles au sein des revues scientifiques suppose le paiement d'un forfait dont le montant varie selon l'éditeur, la revue, les conditions de publication... Ces APC (Article Processing Charges) sont le plus souvent compris dans le budget alloué à la recherche par les institutions.
Ce n'est pas ce que j'en connais (sauf exception). C'est le cas pour les "OpenAccess Gold" mais pas pour le canal tradi.



Dans le canal "historique", les chercheurs proposent (gratuitement) des articles à l'éditeur pour un domaine donné.



L'éditeur demande à d'autres chercheurs de sélectionner (gratuitement) les articles dignes d'intérêt.

Puis les sélectionneurs choisissent les relecteurs (gratuits), qui eux vérifient la validité des articles, recommandent les corrections à apporter etc.



Les auteurs d'origines apportent les corrections demandées, donnent leurs droits exclusifs à l'éditeur, qui publie (le plus souvent de manière électronique) un "journal" contenants les articles.



L'accès aux journaux est facturé (très cher) aux université et organismes de recherche (qui le plus souvent payent déjà des chercheurs). Et l'éditeur encaisse.



Dans les cas de OA Gold, les auteurs (et leurs organisme d'origine) paient à l'entrée pour que leur article ne soit pas d'accès payant. Là encore, l'éditeur encaisse pour pas beaucoup plus de travail que "posséder" les journaux reconnus.



Pas pour rien que l'édition scientifique est un secteur qui RAPPORTE beaucoup.
Je réagis à propos de la remarque de Frédéric Métaillé. Il nous faudrait avoir plus de précisions mais j'ai déjà entendu dire que des laboratoires de recherche à l'étranger payent pour que leurs chercheurs puissent publier leurs articles. Donc c'est l'institution de référence qui pourrait être concernée par le paiement.

En tous les cas, les résultats de cette enquête sont très intéressants.
C'est parfois également le chercheur. Cela dépend de la revue, de la discipline ou du pays par exemple.
Si l'information selon laquelle les chercheurs ici ou ailleurs seraient obligés de payer pour vous leur articles publiés, c'est un modèle non recevable. Les chercheurs doivent publier librement. Aux lecteurs et organismes compétents de valider les travaux. Si l'on se rapporte aux publications scientifiques de la fin du XIXe siècle, leur nombre est important (l'âge d'or de l'édition à ce moment-là). Que reste-t-il aujourd'hui ? Pas grand-chose. L'élimination s'est faite d'elle-même. Il faut défendre, me semble-t-il, la liberté mais aussi l'indépendance du chercheur.
Bonjour.

Rapprochez-vous de bos bibliothécaires en Bu, elles/ils vous expliqueront tout ça en détail (et à quel point nous nous faisons collectivement plumer).
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