Éditions 400 Coups : une littérature jeunesse qui recherche la diversité

Nicolas Gary - 17.11.2017

Edition - Les maisons - éditions 400 coups - 400 coups jeunesse - 400 Coup Simon de Jocas


Sa richesse incontestable, son dynamisme et sa créativité : la littérature jeunesse au Québec est immanquable. Simon de Jocas, patron de la maison 400 Coups participe avec enthousiasme à ce pan de l’édition québécoise. Un pied ici, l’autre en France, l’éditeur a surtout impulsé une nouvelle approche à sa maison, reprise en 2013.


400 Coups éditions
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

400 Coups, avec ses collections Grimaces pour l’humour irrévérencieux et Carré blanc pour « tous les sujets pas évidents à évoquer avec des enfants », revendique la proximité. Après avoir repris les commandes de la maison, Simon de Jocas explique avoir surtout « cherché une diversité pour les textes : avant, nous avions surtout des petits rouquins aux yeux bleus. Mais on est au Québec tout de même : où sont les noirs, les Asiatiques dans les livres jeunesse ? »

 

Interrogation légitime pour un éditeur qui s’est consacré aux albums. « Ça commence à vraiment évoluer, mais dans la quête d’une représentation de la diversité de notre société, les éditeurs jeunesse — et j’en suis — ont une vraie responsabilité. » 

 

Et d’évoquer l’exemple d’un livre, Le chat qui veut être un tigre : « Dans une scène où les personnages faisaient la queue, il n’y avait que des blancs. Quand le livre a été vendu aux Etats-Unis, l’éditeur m’a fait la réflexion : “L’illustratrice ne peut pas introduire des personnes différentes ?” Elle a retravaillé son dessin, et hop, un personnage noir est arrivé. C’est fameux qu’un éditeur américain nous ait poussés à cela. »

 

La réticence, note-t-il, vient surtout de ce que les illustrateurs se censurent, « par peur de tomber dans les stéréotypes. Dans le cas du Chat, Bérangère Delaporte s’est rendu elle-même compte qu’on peut introduire cette diversité, simplement ». L’évolution s’opère dans l'édition et la transformation, progressive, vient avec elle, relève-t-il toutefois.

 

« Le problème est que notre société québécoise brandit Normand Brathwait [NdR, un humoriste] ou Danny Laferrière comme des exemples. Mais deux noms ne font pas un modèle de tolérance ou d’ouverture. Ce n’est pas une question de racisme, mais plutôt une problématique culturelle : on n’a pas spontanément une approche contextuelle réaliste. »


Apprendre à faire des grands écarts...

 

Présent en France, l’éditeur a connu la transition du rachat de Volumen par Interforum. « Il faut comprendre qu’ici, avec notre diffuseur/distributeur Dimedia, les choses se règlent rapidement : la proximité est un facteur important. Pour cette raison, nous avions en France Dominique Dupuis, qui nous représentait, et dont le travail a permis, avant la vente à Interforum, de doubler nos mises à l’office. » 

 

Voyant qu’il pourrait s’investir lui-même, Simon de Jocas décide de reprendre la main sur cette partie, alors que la vente se concrétisait. La suite fut un peu plus délicate. 

 

« Nous avons accusé une diminution de 37 % en volume, après la vente et les équipes ont connu plusieurs changements d’interlocuteurs. En quelques mois, nous avons eu deux directeurs des ventes, et assisté à quelques cafouillages », reconnaît-il. Désormais, c’est l’équipe de diffusion jeunesse qui prend en charge son catalogue, et le président de 400 Coups observe déjà « un changement d’attitude. La situation se stabilise après les remous ».

 

Plus de peurs que de mal, donc, même si le constat reste évident : une présence sur le territoire européen permettrait cette prise de contact « primordiale pour moi. En 2014, j’avais réalisé une tournée des librairies Sorcières en France, sur 4500 km, et visité une quarantaine de lieux. Favoriser ces moments de rencontres pour présenter nos livres, c’est une partie importante de notre métier ». 


400 Coups éditions
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

L’ouverture d’un poste à temps plein en Europe garde ainsi tout son sens : « À partir du printemps, les grands rendez-vous s’enchaînent : la foire du livre de Bruxelles, le salon de Paris, celui de Bologne primordial en jeunesse, puis Genève et Francfort… Et Montreuil en novembre… Cela nous donnerait une meilleure visibilité, c’est certain. » 

 

Au printemps, justement, la maison sortira une nouvelle collection, Mes petits moments, inspirée de petits instants de la vie. Pas des faits réels, mais des faits plausibles, des situations du quotidien, et une narration spécifique. Comment apprendre à composer avec la peur du noir, et autres saynètes en somme. Et puis, la fierté de la collection Mes premiers coups, un tout carton pour 0/3 ans, « des récits humoristiques précisément pour les tout petits ».

 

Et de poursuivre : « Au cours des dernières années, 400 Coups a rationalisé ses collections, parce que la profusion créait une véritable confusion. Serge Théroux, qui avait fondé la maison avec Pierre Belle, avait créé un véritable bouillon de culture, mais les collections étaient souvent identifiées à une personne, plus qu’elles ne suivaient une ligne éditoriale précise. » Un resserrement qui rend la maison plus lisible, cette fois pour les plus grands.

 

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