Éditions Luc Pire, l'histoire belge de Saturne qui mange ses enfants

Nicolas Gary - 26.02.2015

Edition - International - Editions Luc Pire - Belgique édition - Saturne dévorant un de ses fils


Une information somme toute anodine pointait le bout de sa quatrième de couv, hier : en Belgique, le groupe Renaissance du livre achetait les éditions Luc Pire. Montant non dévoilé, mais regroupement intéressant pour l'édition belge, à quelques jours de l'ouverture de la Foire du livre de Bruxelles. Anodine ? Elle avait pourtant quelque chose de Saturne dévorant un de ses fils...

 

 

Sa.TV.rno devorando a su hijo

Amio Cajander, CC BY 2.0

 

 

Pour les Français, les éditions Luc Pire sont, au mieux, vaguement méconnues. Mais chez les professionnels de l'édition belge, on biche en découvrant l'information. « C'est l'histoire d'un enfant dévoré par son père, littéralement », s'amuse un observateur. « Ça sonne comme une histoire de la mythologie grecque, appliquée à l'édition. »

 

Et pour cause : Luc Pire avait fondé sa propre maison d'édition en 1994, en s'appuyant sur une autre société, Tournesol Conseils, fondée en 1991. « Le concept fut simple : racheter de petites maisons, dont certaines étaient en difficulté », se souvient un acteur du livre. Et parmi ces maisons, Renaissance du livre, entrera dans le giron en 2005. En parallèle, le groupe RTL commence à placer quelques deniers dans la structure, avant de la racheter en totalité, en février 2010. 

 

Mais la coopération tourne mal, plusieurs projets éditoriaux menés par Luc Pire mettent à mal les finances de la maison d'édition, au point que les actionnaires décident de se débarrasser de Luc Pire, qui, dans son départ, parvient à négocier le fait que son nom, en tant que marque, ne soit pas utilisé par son ancienne société. « Il a lui aussi interdiction de l'utiliser pour se relancer dans l'édition pendant un certain délai. »

 

RTL se débarrasse ensuite du pôle éditorial, rebaptisé Renaissance du Livre, en le cédant à Alain Van Gelderen. « En réalité, RTL ne voulait pas se mouiller, alors qu'il s'agissait de mettre un terme à l'activité éditoriale qui ne fonctionnait pas. La société fut probablement cédée à son nouveau propriétaire pour un euro symbolique, en vue de la mise en faillite. Mais tant bien que mal, Alain Van Gelderen a continué de faire des publications, plutôt que d'œuvrer à déconstruction de l'entreprise. »

 

De son côté, en 2011, Luc Pire lance une nouvelle société, les Éditions Naimette, qui publie sous la marque Éditions Luc Pire, et proposent un modèle de commercialisation en papier et numérique. Mais un an plus tard, le fondateur cède à ses trois collaborateurs la structure, dirigée désormais par Laurence Housiaux.

 

Et voici donc que Renaissance du livre, rachetée par le groupe Luc Pire, dont l'homme s'est finalement désolidarisé, tout en conservant sa marque, finit par racheter la nouvelle maison Luc Pire. « Historiquement, et si on le met en perspective, c'est tout de même incroyable. Véritablement, c'est l'ancienne société rachetée, et devenue groupe, qui intègre la nouvelle maison... »

 

Certains oseront dire qu'il s'agit là... d'une histoire belge.