Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Éditions Talents Hauts : faire lire la jeunesse en bousculant les idées reçues

Nicolas Gary - 27.03.2017

Edition - Les maisons - éditions Talents hauts - bousculer idées reçues - jeunesse discrimination livres


La maison Talents Hauts affiche la couleur tout de go : « Bousculer les idées reçues », c’est la ligne éditoriale. Et pour ce faire, tous les moyens sont bons : albums, romans ados, livres, illustrés... qu’importe tant que l’on peut parler aux enfants. Et surtout empêcher de leur pourrir le cerveau avec des préjugés.

 

Editions Talents hauts

Laurence Faron, directrice de Talents Hauts - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Laurence Faron, la directrice de la maison, vient pour la quatrième fois au salon du livre de Paris. « Nous y trouvons un public totalement différent de celui de Montreuil, qui vient découvrir nos nouveautés. Ici, nous sommes découverts par des lecteurs que nos couleurs intriguent et que notre parti pris convainc. » 

 

La ligne éditoriale, dans son ensemble, porte sur les discriminations. Créée en 2005, cette maison jeunesse est partie du constat que présenter aux enfants des ouvrages qui les porteraient à réfléchir... ne ferait pas de mal. « Nous voulions avant tout remettre en cause les modèles stéréotypés que l’on retrouve encore souvent dans la littérature jeunesse – notamment en matière d’égalité fille/garçon et de représentativité des femmes. »

 

Tout part de ce triste constat : « La société française est encore trop encline au sexisme, et les ouvrages qui sont commercialisés véhiculent trop de stéréotypes : toute la maison repose sur cette idée de faire changer les choses. »

 

La maison s’est articulée autour d’albums, de romans junior, puis d’autres pour les ados : aucune commande, très peu d’achats de droit, la maison fait vivre la création originale, avec des auteurs dynamiques. Avec 250 titres au catalogue, c’est une vingtaine de titres qui sortent annuellement – 22 précisément pour 2017.

 

Parmi les plus récentes productions, la collection Zazous, pour les 8/12 ans, ou encore Les Héroïques, pour les plus de 13 ans. « Cette dernière a une approche où l’histoire se mêle à la littérature : un héros ou une héroïne fictifs se trouve plongé dans un bain historique, et un contexte spécifique. Alors, comment peut-il réagir ? » Avec une différence de taille : ces héros sont souvent des femmes, des jeunes filles, voire des personnes atteintes de handicaps. « Tout cela apporte un prisme particulier, bien entendu. »

 

Distribuée par Harmonia Mundi, la maison a une grande activité de traduction : « Nos textes sont de plus en plus vendus à l’étranger : chinois, coréen, italien, ou turc, en espagnol. Les déclarations des droits, par exemple, titre très emblématique dans notre approche d’égalité fille/garçon, ont été traduites, dans la version Fille et Garçon en turc ou en chinois. Et j’en suis assez fière. »

 

À ce titre, la récente décision du gouvernement chinois de limiter les importations de livres étrangers a d’ores et déjà touché Talents Hauts. « Ce n’est pas du tout la majeure partie de nos revenus en matière de droits étrangers. Nous n’avons pas de retours concrets parce que les éditeurs chinois sont aux abonnés absents. J’étais, fin novembre, à Shanghai pour une foire de droits, et depuis, je n’ai effectivement pas de nouvelles. »

 

Manuel scolaire trop sexuel, littérature jeunesse trop occidentale : crise en Chine 

 

Laurence Faron ne se montre pas trop inquiète pour autant : « En Chine, cela arrive assez souvent : un grand coup frappé, et les choses se tassent progressivement. Les éditeurs locaux sont très réalistes : ils savent que le marché de l’édition locale n’est pas suffisamment développé pour répondre à la demande d’éducation, qui reste l’une de leurs priorités. »

 

La Chine représente un secteur important pour l’édition française, et même dans le secteur jeunesse. « On espère que tout se tassera prochainement... »