medias

Éditrices en Tunisie et Algérie : deux fantastiques destins de femmes

Nicolas Gary - 25.04.2018

Edition - Société - Tunisie Algérie édition - Kamel Daoud succès - femmes éditrices succès


#salondulivregeneve – Deux femmes, invitées à la tribune, deux maisons d’édition, de Tunisie et d’Algérie, et deux histoires d’un succès éditorial pour les éditions Elyzad, et les éditions Barzakh. Elisabeth Daldoul et Selma Hellal, étaient invitées à raconter leurs aventures. 
 

Success stories
Elisabeth Daldoul, éditions Elyzad, Selma Hellal, éditions Barzakh 


 

Fondées au début des années 2000, Elyzad et Barzakh ont des approches radicalement différentes des marchés. « Au début, je voulais des beaux livres, parce que nous avions pour projet de les faire circuler dans l’espace francophone. Ma ligne reste la fiction, mais le marché tunisien est tout petit de ce point de vue, et les lecteurs privilégient généralement l’essai », indique Elisabeth Daldoul. 

 

Une fois posé, s’ajoute à ce constat l’envie de casser le mouvement éditorial qui traditionnellement va du nord vers le sud — plus schématiquement encore, de Paris vers les pays du sud. « Mais aujourd’hui, même cette perspective a été modifiée : la verticalité d’alors est changée, même si le défi reste le même. »

 

Selamn Hellal, qui a fondé la maison avec son compagnon, se souvient qu’au sortir d’une sombre période en Algérie, « nous venions de quitter une guerre que l’on ose à peine nommer, ou qui est présentée comme une guerre civile. Pour nous, il était temps de fonder une maison qui puisse rendre les voix d’auteurs algériens audibles. Et plus encore dans la littérature, qui est un territoire de complexité, d’opacité, d’ambiguïté et de doute ». 

 

En Algérie, indique-t-elle, « la politique avait écrasé la vie des gens : les citoyens avaient été sommés de choisir leur camp, dans un manichéisme tragique ». La maison a profité rapidement de l’allégresse dans un climat favorable : « Les choses étaient plus simples alors qu’aujourd’hui, il faut le reconnaître. »

 

Une fois établies, les maisons ont dû travailler avec la distribution, et les groupes français. « J’ai choisi la coédition », indique Elyzad, « mais surtout en achetant des droits. Mais pour la France, je suis allée travailler avec Cedif Diffusion et Pollen pour la distribution ». Une volonté d’entrer sur le marché français et de porter œuvres et auteurs directement. « Avec le temps, nous avons gagné la confiance de libraires militants, et engagés : ils nous soutiennent, des salons nous ont ouvert leurs portes. Ils se montrent curieux de nos catalogues, nous offrant la possibilité d’aller à la rencontre du public. »

 

Une approche qui laisse Selma Hellal admirative : « Il faut d’abord avoir les moyens de cette démarche, parce que s’insérer dans le réseau de distribution français, c’est se confronter à une complexité et une exigence qui sont terrorisantes. » Barzakh, plutôt que de s’implanter en France, a cherché plutôt à vendre des droits : l’exemple de Kamel Daoud est alors devenu un cas d’école.

 

Une fierté nouvelle, venue de son propre territoire
 

« Je reconnais que c’est exceptionnel : tout est parti de notre petite maison algérienne, pour arriver à 250 000 exemplaires vendus par Actes Sud, une traduction en 30 langues. Cette cession de droit représente une forme de consécration, dans le rééquilibrage nord-sud, et pourtant cette tendance est lourde à inverser », note Selma Hellal. 

 

Et d’ajouter : « La démarche d’Élisabeth reste fondamentalement courageuse, parce que notre stratégie, chez Barzakh, nous place en position d’otage : nous sommes en fait dépendants de l’intérêt que les éditeurs français peuvent nous accorder. Et il est souvent frustrant de voir que nous déployons une grande quantité d’efforts pour convaincre les maisons — et qu’elles nous opposent des arguments qui restent flous. »

 

Alors, bien entendu, après Meursault contre enquête, « de nombreux éditeurs parisiens ont cherché à avoir leur propre Daoud. Aucun n’a semblé comprendre qu’il n’y adviendrait pas la même chose avec un autre livre ».

 

Reste, pour Elisabeth Daldoul, que les maisons du sud ont encore à travailler sur l’inversion d’une tendance qui a la peau dure. « Oui, il faut être à Paris pour être visible, certainement, mais nous faisons aussi en sorte que cela ne soit plus le cas, ou de moins en moins. Auparavant, nos auteurs francophones pensaient que la reconnaissance ne pouvait venir que de Paris, et de Beyrouth pour les arabophones », relève l’éditrice.

 

Auteurs tunisiens, condamnés donc à ne pouvoir qu’espérer mieux ailleurs, et surtout, trouver le réconfort d’un succès, même d’estime, loin de leur propre territoire ? « Les jeunes auteurs tunisiens ont gagné une confiance nouvelle : elle s’instaure avec le temps, et ils apprennent, à mesure que le pays leur fait honneur, à apprécier cette reconnaissance. Et comme j’ai de plus en plus d’auteurs qui vivent en France, le changement de mentalité s’opère, progressivement. »




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.