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Édouard Philippe en romancier : Macron, Matignon et les femmes

Nicolas Gary - 16.05.2017

Edition - Société - Édouard Philippe Premier ministre - Édouard Philippe romans - romans machiste sexiste


Édouard Philippe, proche d’Alain Juppé, sera le Premier ministre d’Emmanuel Macron. Le président de la République, soucieux de rassembler, aura finalement opté pour un homme quand il envisageait plutôt une femme pour Matignon. Mais qui est cette figure de Les Républicains ? Le coauteur de deux romans, entre autres, dont l’un prête définitivement à sourire…



Édouard Philippe
 

 

On ne retiendra pas tant les propos du nouveau Premier ministre à l’encontre de son président, pourtant acerbes. À travers deux billets parus dans Libération, Édouard Philippe taillait sa plume comme on affûte une sagaie, ciblant le candidat de En marche. « Qui est Macron? Pour certains, impressionnés par son pouvoir de séduction et sa rhétorique réformiste, il serait le fils naturel de Kennedy et de Mendès France. On peut en douter. Le premier avait plus de charisme, le second plus de principes. Pour d’autres, il serait Brutus, fils adoptif de César », peut-on lire dans un premier article du 18 janvier.
 

Dans un second, du 15 février, ce sont les pouvoirs messianiques du candidat qui sont passés au crible : « Emmanuel Macron ou le retour du religieux. Mitterrand nous avait quittés en disant croire aux forces de l’esprit, Macron arrive en les assumant d’emblée. Après tout, il aurait tort de se gêner. Il marche sur l’eau en ce moment. Il guérit les aveugles, il multiplie les pains, il répand la bonne parole. À la France paralysée, il ordonne “Lève-toi et en marche!”; aux électeurs déboussolés il dit “celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi n’aura jamais soif”. Et tout ça tout seul, sans réel programme ni réelle équipe. » 
 

Brutus, Jesus, et l'enfer de Matignon

 

Goûtu, et savoureux. Évidemment, à l’approche du second tour, les propos furent sensiblement plus amènes, voire légèrement obséquieux, mais la vie politique, n’est-ce pas… Édouard Philippe, écrivain, n’avait plus besoin de commenter la campagne, plutôt de préparer l’après-campagne. Bien lui en prit, le voici donc à Matignon, sur les traces de Bernard Cazeneuve.

 

Mais à la différence du précédent locataire, Édouard Philippe s’est distingué avec deux romans, coécrits aec Gilles Boyer (ainsi qu’une préface sur Nicolas de Staël, où l’on retrouvait également Aurélie Filippetti). Le premier, L’heure de vérité, paru en février 2007 (Flammarion), qui n’épargnait rien du monde politique, lequel commence vraiment à exprimer sa véritable nature « lorsque se ferment les portes des palais de la République et [que] les cameras s’arrêtent de tourner ». Alléchant.

Le livre raconte l’enquête autour d’un suicide, après qu’un ancien ministre du Budget a disparu en pleine mer. Et si l’ensemble du livre semble aujourd’hui largement dépassé, tant ce type de mystères ne fait plus rêver, la fin en était surtout attendue, et passablement prévisible. Le tout sur fond d’événements potentiellement authentiques… bref, pas du grand art. 

 

Retrouver un extrait de L'heure de vérité
 

Ce que l’on en retiendra surtout, c’est que l’intéressé, qui n’a jamais occupé de place à Matignon, en brossait un tableau désastreux, parlant d’une « forme d’enfer. Une forme dorée, convoitée par beaucoup et satisfaisante pour l’ego. Mais c’est un enfer. […] Assez rapidement, le Premier ministre est submergé par une masse d’informations, de décisions ou d’initiatives à prendre […]. Les conseillers du cabinet ont beau s’échiner à lui préparer le travail, à lui simplifier la vie […], ils finissent, comme lui, par crouler sous le poids de l’information ».

 

L’image de la noyade revient d’ailleurs à plusieurs reprises, montrant qu’à Matignon, on se soit, avec un sourire décontracté « une forme d’enfer assez raffinée ». On parlerait plutôt de supplice raffiné, mais soit.

 

Le machisme en politique, une affaire qui marche ou qui roule ?
 

C’est en revanche Dans l’ombre, le second roman, qui a beaucoup plus retenu l’attention. En effet, si le principe tourne toujours autour de la politique, cette fois, c’est aec une jolie dose de sexe et de machisme que le sujet est abordé. Ah, enfin ! À la manière du livre Un homme dans sa poche, qu’Aurélie Filippetti avait signé, et vu resurgir en arrivant au ministère de la Culture, Édouard Philippe est donc rattrapé.

 

Petit extrait, très significatif : « Le bon indicateur, après une nuit de sexe, c’est le petit déjeuner. En règle générale, l’idée de prendre le petit déjeuner avec une femme avec laquelle je viens de passer la nuit m’est insupportable. Moi, je me couche, je rentre et c’est fini. […] Si, après une nuit de sexe, j’ai envie de prendre le petit déjeuner avec la dame, c’est qu’elle est vraiment bien : jolie, intelligente, présentable. Dans cet ordre. Je suis comme je suis. » Manquerait plus de lire « Je suis celui qui suis »…

Toutefois, le personnage de Marylin jouit d'un minimum de considération : « Elle évitait d’exhiber un décolleté ravageur dans un milieu d’hommes dont la libido est ç peu près du niveau des radiations à Tchernobyl (juste après l’accident), alors même qu’elle savait que cela aurait pu l’aider dans son job. »



Oh, évidemment, dans un livre coécrit, difficile de savoir ce qui relève de qui, mais on peut imaginer que l’appréciation est globale et que le consentement unanime, avant la parution. Ainsi, l’actuel Premier ministre consentait donc à parler d’une opposante comme affublée de cette « imperceptible sécheresse des femmes qui ne seraient jamais mères, ce qui en faisait, assurément, une redoutable politique : un cœur d’homme dans un corps de femme ». 
 

Retrouver l'extrait de Dans l'ombre


Ou encore, de la poitrine féminine idéale en ces termes : « [C]'est rond, c’est confortable, c’est accueillant et on doit pouvoir mettre son nez au milieu avec jubilation. » Et de refuser évidemment de pouvoir être instrumentalisé par une femme, autant que son narrateur peut les instrumentaliser, en devenant le coup d’une nuit : « Les femmes ne sont pas comme ça. Elles ne peuvent pas avoir envie de vous utiliser simplement pour la nuit. Si elles font comme nous, on ne s’en sortira jamais. »



Une autre description, des plus sympathiques : « J’écartais l’affaire de fesses. Cela n’avait jamais justifié une telle exigence politique. Et je voyais mal Trémeau s’envoyer en l’air avec cette grenouille de bénitier centriste. Quoique. »

Notons par ailleurs que, si le Premier ministre aime écrire, il avait rechigné à remplir correctement sa déclaration de patrimoine, en 2014 : la transparence selon Macron devra donc sévir...

En attendant, la République en marche va donc débuter avec un peu de lecture...