Édouard Philippe légifère auprès des ministres sur l'écriture inclusive

Cécile Mazin - 21.11.2017

Edition - Société - écriture inclusive gouvernement - Edouard Philippe médian - ministres écriture inclusive


Définitivement, cette histoire d’écriture inclusive vire plus au pugilat qu’au débat linguistique. D’un côté, les opposants, de l’autre les partisans. Et le chant diffère selon que l’on se tienne devant ou derrière la barricade. Dernière sortie en date, celle du Premier ministre Édouard Philippe, qui suit son collaborateur de l’Éducation nationale : pas d’écriture inclusive dans les textes officiels.


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thierry ehrmann, CC BY SA 2.0
 


Selon l’AFP, qui évoque une circulaire qui doit paraître ce 22 novembre au Journal officiel, le chef du gouvernement indique aux ministres que l’écriture inclusive devra passer aux oubli.ette.s de l’administration. 

 

« Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive », indique Édouard Philippe.

 

Une tendance connue, au sein du gouvernement, à bannir le fameux point médian qui refléterait la diversité humaine incluant femmes et hommes dans des questions d’accord. On sait en effet que du côté de l’Educ nat, Jean-Michel Blanquer s’est opposé au sujet, que la secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa, ne se prononce qu’à reculons, et Françoise Nyssen, à la Culture, a indiqué que pour les dyslexiques, ce type d’écriture serait impossible à comprendre.

 

Édouard Philippe, pour sa part, enfonce le clou : « Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme. »

 

Assez logiquement, toutefois, le Premier ministre demande à ce que l’on ne fasse pas passer son militantisme personnel devant les principes orthographiques républicains admis à cette heure. 

 

Bernard Pivot et Marc Levy en total désaccord sur l'écriture inclusive

 

Au sein du monde littéraire, le sujet divise comme partout ailleurs. Ainsi, le traducteur et auteur, Claro, a montré qu’il était en désaccord, pas vraiment relatif sur la question, avec Édouard Philippe.

 

 

 

L’Académie française, que l’on ne taxera certainement pas d’avant-gardisme, a pour sa part estimé que l’écriture inclusive représentait un danger mortel. « Il est déjà difficile d’acquérir une langue, qu’en sera-t-il si l’usage y ajoute des formes secondes et altérées ? Comment les générations à venir pourront-elles grandir en intimité avec notre patrimoine écrit ? Quant aux promesses de la francophonie, elles seront anéanties si la langue française s’empêche elle-même par ce redoublement de complexité, au bénéfice d’autres langues qui en tireront profit pour prévaloir sur la planète. »

 

« La France, ce n’est pas 20 000 lieues, mais 11 millions de kilomètres carrés sous les mers : je souhaite qu’on mette l’accent sur l’exploration de nos grands fonds marins », assurait ce matin le Premier ministre, à l’occasion des Assises de l’Économie de la Mer. 

 

Et la pratique du chalutage en eaux-rthographes profond.e.s. à Matignon, dès lors que le fond est atteint ?
 

Mise à jour 22/11, 9h25 :
 

L'information de l'AFP, partielle, mérite d'être complétée avec le texte complet de la circulaire du 21 novembre, signée par Édouard Philippe. Dans ce texte, le Premier ministre indique en effet que « [l]es textes qui désignent la personne titulaire de la fonction en cause doivent être accordés au genre de cette personne », ce qui signifie que Françoise Nyssen signant un arrêté sera désignée comme « La ministre ».

 

De même, l'intitulé des fonctions tenues par des femmes sera féminisé, précise la circulaire, « suivant les règles énoncées par le guide d'aide à la féminisation des noms de métier, titres, grades et fonctions élaboré par le Centre national de la recherche scientifique et l'Institut national de la langue française, intitulé “Femme, j'écris ton nom…”. »

 

Le Premier ministre invite enfin, « dans les actes de recrutement et les avis de vacances publiés au Journal officiel, à [utiliser] des formules telles que “le candidat ou la candidate” afin de ne pas marquer de préférence de genre. »

 

La circulaire complète est publiée au Journal officiel.