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Eduardo Pisani chante la Marseillaise au tribunal administratif de Paris

Victor De Sepausy - 17.03.2017

Edition - Justice - Eduardo Pisani France - chanter Marseillaise tribunal - académie française fauteuil


Le poète et candidat à l’Académie française, Edouardo Pisani, vit en France depuis plus de trente ans. Célèbre pour sa chanson Je t’aime le lundi, il est aujourd’hui sous le coup d’une menace d’expulsion du territoire. Il passait ce 16 mars devant le tribunal administratif de Paris. Il raconte, à ActuaLitté, son expérience.

 

 

 

Une des salles du tribunal administratif de Paris, 7 rue de Jouy dans le 4e arrondissement, pas loin du métro Saint Paul.

 

On dirait une église.

 

Il y a le greffier (une femme), le rapporteur public (une femme), le Président du tribunal (un homme), deux conseillers (deux hommes).

 

C’est le Président du tribunal administratif qui parle en premier.

 

Ensuite, le rapporteur public commence à me démolir :

 

... Monsieur Eduardo Pisani vit en France illégalement depuis 2013, car, en 2013, il n’a pas renouvelé sa carte de séjour...

 

Mon avocat entre en scène. Il se débrouille pas mal.

 

Il faut dire qu’il me coûte 250 euros de l’heure, et à ce prix-là, il a intérêt à sortir le grand jeu.

 

Il me défend bien, mais il parle depuis un quart d’heure, et je vois bien que le Président du tribunal administratif s’emmerde grave au point que quand mon avocat termine, le Président ne veut pas me donner la parole, mais je parle quand même, et je dis à peu près ça :

 

Monsieur le Président, messieurs les conseillers, madame le Rapporteur (j’ai oublié le greffier), savez-vous combien de personnes au monde ont une page Wikipédia ? 35 000 ! ! !

 

Oui, seulement 35 000 personnes au monde ont une page Wikipédia, car, pour avoir une page Wikipédia, il faut être connu.

 

Mon avocat n’a pas de page Wikipédia, vous tous, vous n’avez peut-être pas de page Wikipédia, mais moi j’ai une page Wikipédia, car je suis connu. Ma page Wikipédia n’est pas en italien, car en Italie je ne suis pas connu, ma page Wikipédia est en français, car c’est en France que je suis connu.

 

Je suis candidat à l’Académie française au fauteuil 37 de monsieur René Girard, élection le 23 mars 2017. Je suis candidat à l’Académie française pour la troisième fois, et depuis 1635, date de création de l’Académie française, je suis le premier candidat sous le coup d’une expulsion de la France.

 

Je suis victime d’une loi trompeuse de 2012 qui dit que les Européens n’ont plus besoin de carte de séjour.

En 2013, je suis allé à la préfecture de Paris pour renouveler ma carte de séjour, et ils m’ont dit que je n’avais plus besoin de carte de séjour.

 

Donc je ne l’ai pas renouvelée.

 

Au début de l’année 2016, j’ai vu sur internet, qu’il y avait une carte de séjour européenne et je l’ai demandée.

 

On m’a donné rendez-vous le 17 août 2016, et ce jour-là, j’ai été victime d’un délit de faciès de la part de la femme qui m’a reçu.

 

Elle croyait que j’étais analphabète. Elle n’aimait pas ma gueule.

 

Monsieur le Président, je me sens aussi français que vous, mon pays ce n’est pas l’Italie, mon pays, c’est la France.

 

Je n’ai rien à faire en Italie. Si vous m’expulsez en Italie, une minute après je reviens en France et j’irais dormir sur un matelas rue de Rennes, n’en déplaise à monsieur Lecoq, maire du sixième arrondissement de Paris, qui n’aime pas les mendiants et les Rooms, mais moi, les mendiants et les Rooms, je les aime bien.

Et c’est à ce moment-là de mon discours que j’ai commencé à chanter La Marseillaise :

 

Allons Enfants de la Patrie

Le jour de gloire est arrivé

 

 

(Le Président du tribunal administratif de Paris m’a demandé d’arrêter de chanter. Mais moi j’ai continué)

 

Contre nous de la tyrannie

L’étendard sanglant est levé,

L’étendard sanglant est levé

Entendez-vous dans les campagnes

 

 

(Je me suis arrête de chanter, car le Président du tribunal administratif était de plus en plus énervé)

 

 

Il a dit : Le délibéré dans 15 jours. On suivra les mises à jour de votre page Wikipédia.

 

Eduardo Pisani