Éducation : la campagne contre Malala se poursuit au Pakistan

Cécile Mazin - 16.11.2015

Edition - International - Malala islam - Pakistan campagne - éducation femmes


La semaine passée, dans la capitale du Pakistan, Islamabad, située au Nord du pays, une conférence de presse était organisée par Mirza Kashif Abbasi. Ce dernier présentait un livre, I am Not Malala, qui intervient en totale réaction contre le texte qu’avait fait paraître la jeune fille, qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 2014. Elle fait suite à la journée contre Malala, initiée l’année passée.

 

Malala Yousafzai

Malala - Southbank Center, CC BY 2.0

 

 

« Je ne suis pas Malala, je suis musulman, je suis Pakistanais », affirmaient les hommes réunis pour cette conférence, tenue sous l’égide de la Fédération pakistanaise des écoles privées. Selon eux, le contenu de l’autobiographie qu’avait fait paraître Malala était mensonger, et insultant. 

 

« Notre livre a été écrit avec pour objectif de révéler la vérité, et de contrer la propagande anti-musulman, et exposer les desseins néfastes des forces anti-islam », assure Mirza Kashif Abbasi, également président de la Fédération. Ils dénoncent également le fait que l’écriture de ce livre s’est fait en liens étroits « avec Salman Rushdie et Taslima Nasreen, écrivain du Bangladesh, et croit en leur idéologie ».

 

Les personnes réunies assurent n’avoir rien contre Malala elle-même, mais luttent contre les traîtres et l’idéologie dont ils accusent l’Occident de nourrir les consciences. Leur Fédération revendique 173.000 écoles privées comme membres, et a reçu un fort soutien dans sa campagne anti-Malala. 

 

La journée était intitulée I am Not Malala, en référence directe au livre de Malala Yousafzai, dont le titre est I Am Malala. En 2013, le précédent président de la Fédération des écoles privées, il avait été tout aussi explicite : « Tout ce qui concerne Malala devient très clair. Pour moi, elle incarne l’Occident, pas nous. »

 

Quant aux talibans, ils s’étaient montré un brin plus excessif, en promettant la mort aux libraires pakistanais qui vendraient le livre. 

 

Malala Yousafzai a été particulièrement médiatisée pour son ouvrage, en 2013. Prix Simone de Beauvoir 2013, alors qu’elle n’était âgée que de 15 ans, Malala avait été l’une des victimes d’un attentat perpétré par des talibans pakistanais. Elle avait survécu à une tentative d’assassinat perpétrée par des rebelles islamistes talibans, ses blessures ayant été soignées ensuite à Birmingham.

 

Elle avait souhaité militer pour que les jeunes filles de son pays aient elles aussi droit à l’éducation, une idée qui lui aura valu une balle dans la tête.

 

Parmi les reproches formulés contre le livre, le simple fait que Malala n’utilise jamais la formule sanctifiée, sorte d’épithète homérique, quand on parle de Mahomet. Dans le monde musulman, il est d’usage d’ajouter après le nom du prophète « que la paix soit sur lui », ou dans une variante « que la prière et la paix d’Allah soient sur lui ». Par défaut, on emploie une abréviation PSL, ou quelque chose du genre.

 

Or, Malala n’utilisait ni l’un, ni l’autre dans ses mémoires. Sacrilège, estime Mirza Kashif Abbasi depuis des années, qui pourrait coûter la mort à la jeune fille. 

 

À ce titre, les talibans avaient annoncé à la parution de l’ouvrage qu’ils tueraient les librairies prises en train de vendre le livre. « Malala a abandonné l’islam pour la laïcité, qui lui vaut d’être récompensée. Les talibans ne perdont pas une occasion de tuer Malala Yousafzai et ceux qui seront découverts en train de vendre son livre » expliquait Shahidullah Shahid, du mouvement taliban du Pakistan. 

 

Moi Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans a été publié par Calman Lévy en France et traduit par Pascal Loubet.

 

I am Not Malala, sera pour sa part communiqué dans les écoles du réseau de la Fédération.

 

(via Nation)