Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Effroi, Irlande et vaisseaux fantômes : nos romans de la rentrée Payot Rivages

Béatrice Courau - 28.06.2017

Edition - Les maisons - rentrée littéraire 2017 - Payot Rivages romans - lecture Irlande livres


Accueillis par Hélène Fiamma, directrice éditoriale de Payot Rivages, les libraires, mais aussi certains lecteurs invités par ces derniers et blogueurs littéraires, ont pu découvrir la rentrée de la maison. La Maison de la Poésie, où l’on se retrouvait, est en passe de devenir un des spots des présentations de rentrée littéraire !



 

 

Chez Payot, deux textes à ne pas manquer.

 

Présenté par (roulement de tambour...) François Guerif, éditeur historique de Dennis Lehane, Après la chute se veut être un suspens que l’auteur lui-même dit venir « d’un désir de fiction à la Hitchcock ». 
 

Rachelle vient de tuer son mari. L’on découvre l’enfance de Rachelle, élevée par une mère faillible et seule après le départ du père, puis, plus tard, la quête de l’héroïne pour le retrouver après le décès maternel. On assiste à sa rencontre puis son mariage avec le détective qui l’avait aidée dans sa quête. Mais Rachelle va passer de l’autre côté du miroir, un monde où chacun ment, faisant basculer le texte du côté du thriller, implacable. Du grand Lehane.

 

Et, en marge de la rentrée littéraire en tant que telle, le choc. Jours d’inceste est publié anonymement, et le titre ne dissimule rien de la dureté de son sujet. L’image ? Celle d’Orange mécanique, ces séances où le héros, en réhabilitation, a les yeux maintenus écarquillés pour le contraindre à voir l’horreur. Ici, c’est un témoignage radical racontant l’absolue violence et l’emprise exercées sur l’esprit et le corps d’une fillette, de 3 à 21 ans. 

 


 

Un texte dont on ne supporte la lecture que par la structure narrative et les mots choisis. Un texte qui fut repéré par Lorin Stein, éditeur américain d’Emma Cline, de Jonathan Franzen, un texte dont tant de radicalité et de brutalité ont « sonné » son éditeur français.
 

Payot compte parmi les grandes maisons en mesure de défendre un pareil texte, porté par un catalogue irréprochable et des auteurs au professionnalisme incontestable, qui reconnaissent, pour ceux qui l’ont déjà lu, que chaque mot, chargé de toute l’expérience et de la vérité de cette femme, contribue à un portrait saisissant et exceptionnel.

 

Reprenons la fiction, plusieurs beaux romans se profilent…
 

Du côté des romans étrangers, Rivages a choisi de publier cet automne deux premiers romans irlandais. Karl Jeary signe son premier roman, Vera, et renouvelle avec lui le mélodrame avec beaucoup de subtilité. Dans l’humidité suintante de Dublin, Sonny, 16 ans, caresse des rêves d’émancipation et de liberté, au sein d’une famille accablée par la pauvreté et la médiocrité, affective et morale. Il croisera Vera, solaire, étrange, sophistiquée, plus âgée que lui, auprès de qui, dans un magnifique mouvement de fascination, il va entrevoir un autre destin possible. De ces personnages à la James Salter, englués dans leur classe sociale, de cette histoire d’amour inéluctable, l’auteur nous dit : « pourquoi l’on aime et qui l’on aime m’intéresse plus que l’histoire d’amour elle-même ». Inéluctable, vous dis-je.



 

C’est une autre Irlande qui se donne à voir, avec les mots d’un poète. Suite à la publication de recueils de poésies et de nouvelles, c’est le traducteur de James Ellroy qui propose ce texte aux éditions Rivages. Killarney Blues, de Colin O’Sullivan, nous amène dans cette paradoxale Irlande à mi-chemin entre intemporalité mythique et modernité. Il met en scène un antihéros absolu, Bernard Dunphy, cocher pour touristes de son état, atteint du syndrome d’Asperger, et qui voit dans le blues une spiritualité réconfortante. Son destin sera percuté par l’irruption de la transgression. Son ami d’enfance fera entrer le crime dans sa vie. Un roman traversé d’une profonde mélancolie et de la beauté du blues. (On vous glisse au coin de l’oreille que le roman est en lice pour l’équivalent du Goncourt du premier roman irlandais…)


Place aux romans français.
 

Vient le roman polyphonique d’Emmanuel Ruben (déjà en lice pour le Goncourt 2014), Sous les serpents du ciel. Dans un archipel, quelque part dans les Caraïbes, les pans du grand barrage qui relie les deux îles se fissurent. 20 ans auparavant, Walid est mort pour avoir laissé son cerf-volant, son « serpent du ciel » passer au-delà du mur. Et ce sont six voix qui porteront le texte, six vies de Walid, qui cherchent à élucider le mystère de sa mort, dans un texte où finalement tous les narrateurs mentent, et remettent en question la vérité d’une parole. 
 


 

Enfin, last but not least, l’irrésistible Miguel Bonnefoy nous présente Sucre noir. Finaliste du Goncourt du Premier Roman avec son précédent texte, il manie un français virevoltant, sans cesse sur le fil, à la limite de la représentation. Un raconteur d’histoires, fils d’écrivain, digne successeur de l’Uruguayen Horacio Quiroga, narrateur troublant, funambule et délicieux, qui flirte avec le merveilleux, le comique et le désarmant.
 


 

Au départ, récit de voyage, roman de pirate, il ne cesse de nous entraîner sur de fausses pistes. À la recherche du trésor mythique du capitaine Morgan, Sucre noir est une galerie de personnages extravagants et pittoresques, chacun partant à la conquête et la découverte du trésor mythique, celui d’un pirate, le Capitaine Morgan. Le destin de la belle Otéro (!), Serena, héritière de la plantation de canne, lieu de toutes les quêtes, croisera celui de ces chercheurs de trésor, contrariés par les revers de fortune et soumis aux caprices amoureux. Le roman, raconte Miguel Bonnefoy, est né lors d’une soirée « un rhum, un livre ». Il est donc parfaitement normal, voire rassurant, dès les premières pages, de nous retrouver sur un bateau échoué à la cime des arbres, les marins vaquant à leurs occupations, le plus naturellement du monde... sur une mer de frondaisons...
 

En conclusion de la soirée, Hélène Fiamma tint à faire un clin d’œil à tous les présents : à chacun fut offert, outre les titres dont nous venons de parler, l’indispensable et délicieux titre de Vincent Monadé, paru en mai chez Payot, Comment faire lire les hommes de votre vie. En ces temps de querelles de genre, de « crisedelalecture » et de nécessité d’action, tout un programme !



 

(À paraître 04/10) Dennis Lehane – Après la chute – Editions Rivages – 9782743641498 – 24 €

(A paraître 27/09) Jours d’inceste – Editions Payot – Trad Pierre Demarty — 9782228918589 – 18 €

(A paraître 30/08) Karl Geary – Vera – Editions Rivages – Trad Céline Leroy — 9782743640553 – 21.50 €

(A paraître 20/09) Colin O’Sullivan – Killarney blues — Editions Rivages — Trad Ludivine Bouton-Kelly – 9782743640729 – 21 €

(A paraître 16/08) Emmanuel Ruben – Sous les serpents du ciel — Editions Rivages – 9782743640569 – 20 €

(A paraître 16/08) Miguel Bonnefoy – Sucre Noir – Editions Rivages – 978274364057 – 19.50 €

Vincent Monadé – Comment faire lire les hommes de votre vie – Editions Payot — 9782228918113 – 12 €

 

Le catalogue des nouveautés éditeurs de la rentrée littéraire 2017


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