Égypte : surmontée, la barrière de la peur est irréversible

Clément Solym - 23.05.2011

Edition - Société - revolution - egypte - monde


Ce fut l'un des faits marquants de cette année 2011 : la révolution en Egypte a suscité l'intérêt du monde entier. Un bouleversement de l'ordre établi, que le romancier Alaa al-Aswany considère comme une « grande réussite pour l'homme ». Mais qui n'ira pas sans quelques conséquences.

Le célèbre romancier porte en effet un regard clair sur les événements qui ont eu cours dans le pays : tout à la fois révolution, expression d'une « colère indomptable », mais également d'un « sentiment d'injustice », l'Égypte a connu un passage violent et fort. « Cela signifie que des gens sont prêts à mourir pour la liberté et la justice. Lorsque vous participez à une véritable révolution, vous devenez une personne meilleure. Vous être disposés à défendre les valeurs humaines. »


Cependant, le contre-coup de cette révolution pourrait survenir sous peu, sous la forme, précisément, d'une contre-révolution, qui serait emmenée par les fidèles de l'ancien régime. Et tous ceux qui regrettent leur statut et leurs privilèges, durant le règne de Moubarak.

Sous tension, le romancier considère que la pression doit être maintenue : le pays n'aura pas fait tant d'effort pour en arriver à un tel retournement de situation.

L'Égypte en avance

« L'Égypte a donné une initiative politique dans le monde arabe durant une centaine d'années. Nous avons eu le premier parlement, la première constitution, la première révolution, le premier gouvernement démocratique, élu en 1924, alors les choses commencent ici. Ce qui expliquerait que les régimes autour du Golfe sont opposés à notre révolution et ont soutenu Moubarak ».

Une réaction qui n'étonne pas l'écrivain, pour qui le rôle des chefs d'État dans le monde arabe est encore confondu avec celui que père, de chef de tribu. Et dans ce contexte, il serait tout à fait impensable de critique le guide qui détient le pouvoir. « Maintenant, le président n'est qu'un fonctionnaire », souligne-t-il.

Et il conserver un certain optimisme sur le devenir du monde arabe et de ses soulèvements, bien que dans certains pays, comme la Syrie, le Yémen ou la Libye, ils seront plus sanglants et plus longs. « Lorsqu'un peuple surmonte la barrière de la peur, c'est irréversible. » Et de pointer qu'au travers de ces révolutions, les dictateurs ont été destitués par le peuple lui-même, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir l'armée américaine, pour libérer le pays.

Comme cela fut prétexté pour justifier l'invasion de l'Irak.

(via Guardian)