Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Eleanor Catton constitue un fonds pour "le temps de lire" des écrivains

Louis Mallié - 03.09.2014

Edition - International - Eleanor Catton - Nouvelle-Zélande - Condition d'écrivain


La romancière néo-zélandaise Eleanor Catton,  jeune lauréate du Booker Prize l'an dernier pour The Luminaries, entend mettre en place un fonds destiné aux auteurs, afin de leur offrir « le temps de lire ».  Généreuse en effet, elle n'utilisera pas les 50.000 $ de récompense du prestigieux prix pour s'offrir une piscine ou un voyage autour du monde, mais bien pour aider la nouvelle génération d'auteurs.

 

 

 

 

 

 

Récemment récompensée de 15.000 $ supplémentaires par la New Zealand Post, celle-ci en a profité pour annoncer dans son discours de réception qu'elle souhaitait venir en aide aux auteurs moins reconnus. Pointant les gains cumulés grâce à son roman, elle a dit se trouver dans « une position extraordinaire, qui me permet désormais de vivre de mon écriture, une chose que je n'aurais jamais crue possible ». Et c'est pourquoi « il me semble devoir faire ce qu'Emery Staines » - [un personnage de The Luminaries, ndlr]  aurait fait : distribuer ma fortune. »

 

Aussi la romancière entend-elle destiner les gains du Booker Prize à une subvention censée permettre aux auteurs en difficulté « non pas d'écrire, mais de lire, et de partager ce qu'ils apprennent à travers leur lecture avec leurs confrères. » Celle-ci n'a en effet pas manqué de rappeler que les auteurs sont avant tout de grands lecteurs : « Notre amour de la lecture est ce qui nous unit avant tout le reste. Si notre culture de la lecture en Nouvelle-Zélande est dynamique, diverse, et bien informée, notre culture de l'écriture le sera également. »

 

C'est pourquoi la subvention d'Eleanor Catton, dont elle fixerait le montant à 3000 $, encouragerait avant tout les écrivains à faire partager ce qu'ils lisent. « Mon idée est que si les écrivains gagnent une subvention, ils obtiendront l'argent sans aucune contrainte, excepté qu'après 3 mois, ils devront écrire un court essai sur leurs lectures (ce qui les a intéressés, ce qu'ils ont lu, etc). Il sera posté en ligne afin que chacun puisse bénéficier de leurs lectures. »

 

Celle-ci n'a par ailleurs pas encore donné de nom à son prix, « au cas où un philanthrope en entendrait parler, et souhaiterait lui prêter son nom, et offrir une aide »… Un nom lui trotte déjà dans la tête, toutefois : « ”Horoeka”, ou ”arbre lance”. C'est un arbre indigène qui commence son existence sur la défensive, avec des feuilles dures et tranchantes, et un tronc très fin. Peu à peu, il prend une silhouette assurée, ouverte et entièrement neuve - tellement différente en fait, que la seconde version de l'arbre n'a aucun rapport avec la première. Je crois que c'est ce que la lecture est capable d'accomplir. »

 

L'écriture n'a pas "pour but ultime la publication"

 

En outre, celle-ci n'a pas manqué de critiquer quelques faits établis des univers du livre contemporain. : « Je me sens mal à l'aise avec la pensée générale qui voit l'écriture comme une production, avec pour but ultime la publication, au lieu de la voir comme un moment d'illumination, avec la lecture comme première étape. » Et bien que celle-ci ait noté la chance qu'ont les auteurs néo-zélandais de bénéficier de nombreuses subventions de l'État, elle à malgré tout pointé quelques défauts.

 

« Cela suppose qu'il faut toujours avoir une bonne idée de ce qu'on veut écrire, et comment, avant même de commencer. Cette méthode ne prend en compte, ni ne sert, le processus de création qui est biologique et dialectique. Ce système tend à récompenser les gens qui sont bons pour l'écriture sur commande, plutôt que ceux qui font preuve de curiosité et d'ambition quant aux formes dans lesquelles ils écrivent. »

 

Son idée suit l'initiative de Chris Cleave qui avait appelé les auteurs chevronnés à venir en aide aux jeunes générations.  « Les forces à l'œuvre dans la distribution sont mortelles pour les nouveaux talents », avait-il justifié, d'où une nécessité « pour les auteurs primés ou bien établis de chercher, faire connaître, et amplifier les voix les plus talentueuses de la nouvelle génération. »

 

Des mots qui ne sont pas sans évoquer le discours de réception d'Eleanor Catton. Ayant vendu à ce jour plus de 117.000 exemplaires de The Luminaries dans son seul pays d'origine, elle avait alors remercié ses éditeurs d'avoir su trouver « un équilibre délicat entre faire de l'art et faire de l'argent »…