medias

Éloigner les bibliothèques des livres revient-il à les condamner ?

Antoine Oury - 11.03.2020

Edition - Bibliothèques - livres bibliotheques - bibliotheques tiers lieux - Freckle Report Tim Coates


Bien connu outre-Manche pour ses prises de position en faveur des bibliothèques, Tim Coates, ancien PDG de la chaine de librairies Waterstones, a publié un document sur l'activité des bibliothèques britanniques, américaines et australiennes, The Freckle Report. Il assure que la baisse de fréquentation qui s'observe dans ces pays n'est pas seulement liée aux budgets, mais aussi à la transformation des établissements en « centres communautaires ».

Médiathèque Les 7 lieux, Bayeux
Médiathèque Les 7 lieux, Bayeux (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Rangé des librairies, Tim Coates s'intéresse de près aux bibliothèques, qu'il étudie régulièrement. En 2019, il avait déjà produit un premier rapport sur les bibliothèques du Royaume-Uni, des États-Unis et de l'Australie, débouchant sur la conclusion, peu surprenante, que les baisses des budgets alloués aux établissements ne favorisaient pas du tout leur fréquentation.

Dans cette nouvelle étude, Coates ajoute un élément qui expliquerait, selon lui, les baisses de fréquentation observées dans les trois pays pris en compte. « La fréquentation des bibliothèques chute dans le monde anglophone. Aux États-Unis, la baisse est de 22 % en 7 ans, de 21 % sur la même période en Australie. En Grande-Bretagne, elle atteint 70 % en 20 ans », indique-t-il dans son rapport.

Coates souligne le cercle vicieux qui se met en place dès lors que la fréquentation d'un établissement baisse : l'équipement est considéré comme moins pertinent, ce qui débouche sur une réduction des subventions accordées, et donc sur la dégradation de l'équipement, moins fréquenté, etc.

« Les comportements de ces dernières années ont tendu vers un élargissement des services des bibliothèques publiques, ainsi que leur apport aux communautés. Elles ont proposé des accès à Internet, des programmes d'apprentissage et des accès à des contenus numériques », relève Coates, qui relie la baisse de la fréquentation à l'apparition de ces nouveaux services et au détournement des livres.
 

Réorienter les budgets vers l'acquisition de livres


Pour inverser la tendance, Coates recommande une réorientation des budgets vers l'acquisition d'ouvrages imprimés, « à un niveau au moins équivalent à celui observé il y a une dizaine d'années », note-t-il. Et d'insister par ailleurs sur une priorité donnée « aux usagers qui veulent se rendre dans les bibliothèques pour lire ».

Les recommandations de Coates vont à l'encontre d'une certaine tendance de la bibliothéconomie et des politiques publiques en la matière, dans de nombreux pays du monde. S'éloigner des livres, mais proposer d'autres supports, un accès ouvert et gratuit, de larges espaces pour pratiquer et expérimenter des instruments et outils culturels et ajouter à la bibliothèque des services communautaires font partie des pistes étudiées ces dernières années.
 
En France, le rapport Orsenna, publié en 2018, proposait même, parmi ses recommandations, de transformer les bibliothèques « en maisons de service public culturel de proximité, au service de la culture, de l’éducation, de l’inclusion numérique, de la lutte contre les inégalités et de l’égalité des territoires ».

Au sein de la profession, le débat a lieu depuis plusieurs années entre deux visions, pour schématiser : celle qui souhaite conserver le cœur de métier des bibliothécaires, le livre et la lecture, au centre, et celle qui prône une polyvalence plus importante.

Le rapport de Tim Coates est payant, mais quelques observations et recommandations ont été publiées dans le journal Public Library Quarterly.


Commentaires
Si on aurait réussi à convertir les bibliothèques municipales en 3eme lieu SANS détriment pour le développement de la lecture, cela aurait été bien. Mais on a échoué et même beaucoup de professionnels de la bibliothéconomie ne sont pas amateurs de la lecture (et tout ce qui va avec elle).



On s'est diversifiés mais en baissant le plafond d'objectifs. On a renoncé à des objectifs irrenonçables. On se dit qu'on peut remplacer les moyens pour arriver à la même destination mais la réalité c'est qu'on n'a pas du tout réussi. On a fait un gros pari et on a foiré grave.



On est des institutions assez négligés par les pouvoirs publics et cela nous permet, un peu paradoxalement, de continuer sans aucune remise en question.



La preuve c'est que malgré toute cette diversification et reformulation du métier on a du mal à être conséquents avec les résultats des enquêtes sur les nouveaux habits de consommation culturelle, et donc malgré la "flexibilité" dont on a fait preuve pour dynamiser les bibliothèques, on peine à mettre l'accent sur les peu de points originels qu'on peut apporter aux gens.
"si on aurait" ? Cent daiconné?
Je peux me tromper, mais je pense qu'il (ou elle d'ailleurs) est étranger. (c'est le "habits" à la place d'habitudes, qui me fait penser ça).



Du coup si c'est le cas, je suis plutôt impressionnée par le niveau de langage employé !
Bonjour,



oui au risque d'être ringard et passéiste, les livres sont indispensables aux bibliothèques. C'est leur ADN. Bien sûr, on doit y ajouter des services comme accès internet, écrivain public, OUI ce n'est pas incompatible.

Mais cela ne doit jamais être au détriment d'une collection correctement constituée, diversifiée, adressée à divers publics.

Toute restriction des achats de livres mène la bibliothèque d'abord à moins de prêts, et très vite à moins de fréquentation. Toutes les observations sérieuses l'ont prouvé ; on ne peut augmenter une fréquentation et un usage en perdant le public fidèle d'un établissement.

Cercle vicieux.

C'est pourquoi il faut lutter contre la tendance de certaines collectivités ( sous l'influence de certains qui ont trop vite enterré le livre papier) de vouloir diminuer les achats de livres sous prétexte que aujourd'hui tout le monde lit sur smartphone etc.

NON ce n'est pas vrai, on ne lit pas un livre sur smartphone, on feuillette QUELQUES PAGES.

Ceci est vrai en BM et en BU évidemment!



Pour le prouver, regardez les statistiques des lectures numériques et des lectures sur papier.



Certes c'est un peu RINGARD d'écrire cela ; j'assume.
Enfin une remise en cause du modèle 3ème lieu ?

Visitez les médiathèques ouvertement 3ème lieu qui depuis quelques fleurissent en France avec comme credo la diminution drastique des collections physiques. Des lieux photogéniques et agréables mais souvent des espaces qui ne peuvent satisfaire dans la durée la curiosité livresque des habitants : Romans toujours sortis - du moins ceux que vous voulez emprunter - et une offre documentaire qui se réduit comme une peau de chagrin. Ne peut-on pas opposer la partisans des collections à ceux qui veulent faire évoluer les médiathèques ? Le développement du numérique, la proposition d'animations innovantes et l'installation de canapés et poufs ne sont pas toujours incompatibles avec des fonds documentaires visibles et attractifs.
Transformer les bibliothèques en médiathèques... et ensuite, on pleure. Il eût été plus judicieux de développer l'attraction du livre en soi, et non de s'égarer vers des formes ludiques qui, in fine, vident encore plus les bibliothèques. Et que d'argent dépensé! Se diversifier, mot à la mode, mène au désastre. La preuve!
"Un article enseignant" ? J'imagine qu'il s'agit là du français du tiers lieu...
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.