Amazon éditeur en France : "Les librairies finiront par vendre les livres"

Nicolas Gary - 04.03.2015

Edition - Société - Amazon Publishing - France édition - maison Jeff Bezos


Alors que le groupe Hachette inaugurait son nouveau bâtiment, les invités devisaient de choses et d'autres. L'absence de maisons littéraires du groupe pour le Salon du livre de Paris n'aura pas nécessairement été le sujet le plus prisé. Non, on se demande surtout qui prendra donc la tête de la division éditoriale... d'Amazon Publishing France. 

 

Amazon publishing stand at London book fair

Joanna Penn, CC BY 2.0

 

 

« Ils [Amazon] auront leur stand dédié à l'autopublication, comme l'année passée, mais c'est sûr, durant le Salon, ils vont dévoiler le nom de la personne qui sera chargée de leur maison d'édition », affirment certains. Sauf que personne n'en sait rien. Les représentants d'Amazon France qui figuraient parmi les convives n'ont pas souhaité faire le moindre commentaire.

 

« C'est tout de même amusant, après les piques qu'a envoyées Arnaud [Nourry] dans son discours, de retrouver Amazon France. Ils ont de l'humour, chez Hachette » plaisantait-on devant le buffet. Pas une seule fois citée dans le discours du PDG, la société de Jeff Bezos figurait cependant dans une vidéo de présentation des acteurs numériques – aux côtés de Kobo, Google et Apple, bien entendu.

 

Bon, alors, mais qui prendra la tête de la filiale éditoriale ? Les paris sur le profil vont bon train : le portrait-robot serait amusant à réaliser, mais les avis divergent tellement qu'on se surprend à en sourire.

  

Autrement dit, une personne capable de faire sortir des ouvrages à foison. Un éditeur nous confie avoir d'ailleurs acheté une des œuvres publiée par Amazon Publishing. Le verdict : « Bof ! » Mais il faut bien essayer : à une époque où Michel Lafon traque sur Wattpad les nouveaux talents, Amazon Publishing US représente une piste à expérimenter. « Ce sont des auteurs aux profils divers : ils peuvent venir de l'autopublication, ou non, mais, quand ils signent avec Amazon, ils passent sous un véritable contrat d'édition. »

 

Outre-Atlantique, le premier problème qu'a rencontré la structure éditoriale fut la réticence polie des libraires, y compris des chaînes, à commercialiser les ouvrages. Et en dépit de l'arrivée de Larry Kirshbaum, prestigieux agent littéraire, en 2011, rien n'a changé. Il quittera le navire en 2013, avec, en sus, des accusations de harcèlement sexuel... 

 

Le fait que les ouvrages d'Amazon Publishing ne figurent pas sur les tables de Barnes & Noble ne laisse pas une seconde envisager que le boycott soit identique en France. Et inutile de consulter le Syndicat de l'édition française pour s'assurer que le mot d'ordre passera sans peine : tout sauf les ouvrages d'Amazon. Chez les grandes surfaces culturelles, on est réticent... même à répondre à la question. Et à croire que tout le monde a délocalisé au Havre, la réponse de normand serait la plus commune : p'tet ben qu'oui, p'tet ben qu'non, j'peux pas dire...

 

Pourquoi s'en priver ? 

 

Aux États-Unis, la division éditoriale semble essuyer revers sur revers. Et ce, alors que les ouvrages ne parviennent pas à entrer dans les boutiques des libraires : indépendants et chaînes ont mis un terme à l'aventure. Et seule demeure la boutique de la marque – dont la force de frappe n'est toutefois plus à démontrer... Triste constat pour les auteurs ? Il semble que contractuellement, ces derniers acceptent de ne jamais voir leurs livres dans les librairies – en contrepartie de quoi, la marque abonde en digital marketing et autres solutions de promotion. 

 

Les porte-parole de la firme assuraient pourtant que, tant au Royaume-Uni qu'aux États-Unis, plusieurs librairies physiques avaient accepté leurs livres. Et l'idée se tient : si un auteur local est publié, même par Amazon, il serait ridicule de refuser de prendre quelques exemplaires, de faire venir l'auteur(e), etc. Et si certains libraires se montrent sensibles à cette idée... alors elle pourrait très bien se retrouver en France. 

 

Comme l'an passé, Amazon mettra certainement en avant son service Kindle Direct Publishing, lors du Salon du livre de Paris. Plusieurs auteurs indépendants avaient été sollicités l'an passé, pour raconter leur expérience et tenter de recruter de nouveaux écrivains. Mais quid, alors, d'Amazon Publishing ? Entre ceux qui prévoient un projet mort-né et ceux qui sont prêts à en découdre, il y a les pragmatiques. « Ils vont proposer des licences, des ouvrages déclinables sur des thématiques de niches, exactement comme aux États-Unis. Ce ne sera pas la recherche d'une grande littérature : juste d'une littérature commercialisable. Avec des auteurs relativement efficaces dans les genres. »

 

Et alors, quid des librairies ? « Elles finiront par acheter ces livres, et les vendre au public. Il suffira de les retrouver en tête des ventes sur le Top 10 Amazon, que le public les réclame une fois ou deux dans les librairies, pour que la mayonnaise prenne. » Si les libraires ne souhaitent pas perdre des ventes supplémentaires, après tout, l'idée se défend bien. « Comme ça se vendra bien sur internet, il faudra des relais physiques. »

 

Amazon avait passé un accord avec un éditeur américain, pour la commercialisation de ses ouvrages imprimés. Qu'en sera-t-il en France ? « Là, on va rire... » Et membres du Syndicat national de l'Édition ? « Alors là, on rigolerait encore plus ! »