Emmanuel Macron veut gagner la francophonie avec Leila Slimani

Clément Solym - 06.11.2017

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Leila Slimani, prix Goncourt 2016, est invitée à l’Élysée ce 6 novembre pour un rendez-vous avec le président. Elle sera en effet nommé représentante d’Emmanuel Macron pour la francophonie –, et ce, alors que le prix Goncourt 2017 aura été dévoilé quelques heures plus tôt. Comme un passage de témoin et une page qui se tourne.


Leïla Slimani - Librairie Decitre à So Ouest
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Officier des Arts et des Lettres, figure définitivement montante de la littérature contemporaine, essayiste dans son dernier ouvrage, décortiquant « la vie sexuelle au Maroc », l’auteure figurait parmi les têtes d’affiche de la Foire du livre de Francort. Et pour cause, l’an passé, Leïla Slimani était l’auteure la plus lue dans la francophonie avec Chanson douce – devant Petit pays de Gaël Faye et La fille de Brooklyn de Guillaume Musso (palmarès L’Express-RTL).

Stratégiquement, choisir la romancière comme figure de proue est plus judicieux encore qu'elle a su toucher un grande nombre de lecteurs à travers le monde. L'image est déjà posée, il suffit à présent de lui donner de responsabilités.

 

Elle était également présente à l’occasion de la Foire du livre francophone de Beyrouth, où Françoise Nyssen, ministre de la Culture, a rappelé les enjeux de la francophonie, « axe essentiel de la politique que nous menons. Des échanges sont à imaginer et amplifier entre nos deux pays ». 
 

Le Liban “est lui-même, en permanence,
un salon du livre et de la culture” (F. Nyssen)

 

Citée par l’AFP, la ministre ajoutait : « La francophonie est une ouverture, enrichie par le plurilinguisme elle permet de créer des ponts entre les langues, entre les générations, entre les pays. La Francophonie est une chance, parce que le partage de la langue favorise la circulation des savoirs, des idées et des projets. »

 

Or, on sait que, dans le prolongement de l’action initiée par Audrey Azoulay, lors de l’édition 2016 de cette manifestation, un programme d’aides à la traduction devait être développé – ainsi qu’un soutien financier, déjà mis en place, pour les librairies francophones à l’étranger. 

 

La francophonie et Emmanuel Macron
 

La nomination de Leïla Slimani s’inscrit par ailleurs dans un contexte plus large. Profitant de ce que la France fut l’invitée d’honneur de la Foire de Francfort, Emmanuel Macron avait fait de la francophonie une force. « Il ne s’agit pas seulement de célébrer la littérature française, mais l’ensemble de la littérature francophone », déclarait le président en octobre, devant l’Assemblée des Français de l’étranger, ajoutant : « Le potentiel de la francophonie est immense. »

 

Et lors de l'inauguration de la Foire du livre de Francfort, il avait repris : « Vous accueillez aujourd’hui la France et la francophonie », insistant sur le fait que cette langue française « n’appartient pas à celles et ceux qui sont nés français. Cette langue a toujours été forte, elle l’est depuis qu’elle accueille ceux qui l’ont choisie pour s’exprimer. » 

 

Franfort était l'une de ces étapes en amont de la démarche et de la position que le président entend faire jouer à la France dans la francophonie. Plus récemment, il avait d'ailleurs assuré de son plein soutien à la Journée du Manuscrit francophone, dont la 5e édition se déroulait à l’Institut du Monde arabe.

 

La mission de Leïla Slimani, dont Le Parisien assure qu’elle est aujourd’hui proche du couple présidentiel, sera centrée sur le déploiement des langues francophones. L'auteure jouit pour cela d’un soutien évident, au moins littéraire : lors de la Dictée d’ELA, opération nationale de sensibilisation aux maladies rares, c’est un extrait de Chanson douce que Brigitte Macron avait lu.  

 

Une génération à faire émerger
 

« Leïla Slimani incarne le visage de la francophonie ouverte sur un monde pluriculturel. Et c’est une femme engagée, vante un conseiller du chef de l’État. Elle fait partie d’une nouvelle génération que le président veut faire émerger », assure de son côté l’Élysée. Un rattrapage aux branches, pourrait-on cependant souligner, puisque le candidat Macron n'avait en revanche rien prévu, dans son programme, pour ce qui est de la francophonie.

 

L’édition francophone au salon
du livre de Turin : une place à prendre

 

À défaut du poste de ministre de la Culture, que la romancière n’avait de toute évidence pas accepté – elle s’en était pudiquement défendu sur France Inter fin août – le rôle de représentante personnelle à la francophonie ne sera pas des moindres. D’autant plus qu’à ce jour, personne au gouvernement n’en aurait la charge. 

Agée de 36 ans, la romancière siègera donc au Conseil permanent de la francophonie, déployant un peu plus encore ce programme du président.

mise à jour 17h20 : 

La présidence de la République vient de diffuser un communiqué de presse pour officialiser cette nomination.

« Le Président de la République a décidé de confier, à partir d’aujourd’hui, la fonction de Représentante personnelle du chef de l’Etat pour la francophonie à Madame Leïla Slimani. Selon la lettre de mission qu’elle a reçue du Président de la République, Madame Slimani représentera la France au Conseil permanent de la Francophonie.


Le Président de la République souhaite porter une politique ambitieuse de promotion de la francophonie. Dans le cadre de sa fonction, Mme Slimani portera au plus haut le rayonnement et la promotion de la langue française et du plurilinguisme, ainsi que des valeurs que les membres de la Francophonie ont en partage.

Elle représentera une politique francophone ouverte, en action, centrée sur des projets concrets liés aux priorités du Président de la République telles que l’éducation, la culture, l’égalité femmes-hommes, l’insertion professionnelle et la mobilité des jeunes, la lutte contre le dérèglement climatique et le développement du numérique
. »
 

mise à jour 2, 18 h 32 :


Au micro de RTL, Leila Slimani explique : « Je vais d’abord avoir comme mission de “déringardiser” la notion même de francophonie, de lui rendre son lustre, sa jeunesse, son dynamisme, de promouvoir la langue française partout et tout le temps et défendre cette langue française dans le monde entier. »
 

Non que la francophonie serait ringarde, mais elle a « le sentiment que la francophonie est mal comprise, que c’est un concept qui peut être considéré par beaucoup comme un peu poussiéreux alors qu’en réalité c’est une réalité très très vivace, vivante. Souvent ici, en France, on a une vision un peu vieillotte de la francophonie et il faut montrer à tout le monde que c’est une réalité beaucoup plus vivante, pleine d’avenir ».