En 2013, Amazon était prêt à facturer 1 centime pour l'envoi de livres

Nicolas Gary - 07.07.2014

Edition - Librairies - Amazon librairies - frais port livres - Vincent Montagne


En octobre 2013, LesLibraires.fr réagissait à une intervention de Romain Voog, président d'Amazon France. Ce dernier assurait que la société américaine vendait plutôt des ouvrages de fond, là où les libraires « se concentrent sur les nouveautés et ne peuvent pas servir les clients qui demandent des ouvrages plus anciens, car ils ne les conservent pas en stock ». Une déclaration qui avait fait frémir. Sauf qu'Amazon ne se contente pas des livres neufs, évidemment.

 

 

Stand Amazon SDL14

Romain Voog | ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La question des ouvrages d'occasion, vendus comme neufs, est une lourde interrogation pour les libraires, leur syndicat, mais également les éditeurs. Le Syndicat national de l'édition s'est plusieurs fois ému de ce que le revendeur en ligne puisse proposer des ouvrages, présentés comme neufs, et qui dérogent pourtant à l'esprit de la loi Lang. Celle-ci impose que l'éditeur fixe le prix de livres neufs, vendus en librairie, à un tarif public unique. Or, un ouvrage, présenté comme neuf, mais vendu d'occasion, peut être proposé à n'importe quel prix. 

 

En janvier 2013, le président d'Amazon a rencontré le président du Syndicat national de l'édition, Vincent Montagne. C'était l'époque où commençait à être réfléchi le fait d'abonder un fond destiné aux libraires, et qui s'appuierait sur le demi-point de TVA que le gouvernement devait accorder. En juin 2013, le président du SNE annoncera, à l'occasion des rencontres de la librairie, à Bordeaux, que 7 millions seront accordés pour ce fond, mais comme le demi-point n'a pas été accordé, pour l'heure, l'argent reste bloqué quelque part...

 

Mais revenons à janvier 2013 : récemment nommé, le président d'Amazon France a donc l'occasion de rencontrer Vincent Montagne, nommé président du SNE en juin 2012. « Deux points ont été évoqués : le livre d'occasion à l'état neuf et les frais de port. Le premier point l'a surpris et a semblé l'inquiéter, mais concernant le second, Amazon ne bougera pas sauf si le gouvernement les y contraint », peut-on lire dans un compte-rendu de la conférence des présidents du SNE.

 

Depuis cette rencontre, on sait que la loi anti-Amazon, visant à supprimer le cumul de la gratuité des frais de port et la remise de 5 % a été adoptée au Sénat. Mais également, comme l'a confirmé la ministre de la Culture à ActuaLitté, que la solution d'offre Premium proposée par Amazon, ou Express +, mise en place par Fnac, seraient des modèles de contournement tout à fait légaux

 

Nous avions, à plusieurs reprises, expliqué que cette option législation n'aurait aucun intérêt, dans le soutien aux libraires, pas plus qu'elle ne rétablirait une concurrence équitable entre les vendeurs en ligne et les librairies physiques. Et de toute manière, le président d'Amazon France avait donc répondu, près de 18 mois avant l'adoption par les sénateurs de la loi, que la firme de Jeff Bezos n'en avait cure. Mieux : « Et quand bien même, la parade est toute prête en facturant les frais de port à un centime. »

 

La question reste de savoir si le syndicat représentant les libraires a pu prendre connaissance de cette position de l'Américain. Et si députés et sénateurs, informés de ce point, auraient réellement adopté une législation qui, dans tous les cas, était d'ores et déjà contournée... au moins dans l'esprit.