En 2015, un Budget Culture pour défendre « l'excellence française »

Nicolas Gary - 07.11.2014

Edition - Société - Fleur Pellerin assemblée nationale - budget 2015 mission culture - discours René Char


Le vote des crédits pour la mission Culture a occasionné la présence de la ministre Fleur Pellerin, devant l'Assemblée nationale. Un budget « conforté pour les trois prochaines années », qui ne représente cependant qu'une paille dans l'ensemble des dépenses de l'État.

 

Fleur Pellerin, à l'Assemblée nationale, ce 6 novembre (capture d'écran vidéo)

 

 

Dans les traces d'Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin envisage donc qu'à la crise puisse être opposée « une réponse culturelle », en tant que « souffle » apporté au pays. Et de citer René Char : « On ne réveille pas l'économie d'un pays comme la France si on ne parle pas d'abord à son intelligence, à sa créativité, si l'on ne décrète pas que "la beauté est partout". »

Pour 2015, le budget est augmenté de 0,33 %, à 7,08 milliards €, de quoi rassurer tant ceux qui « œuvrent au quotidien pour notre partrimoine et notre création [que] les collectivités locales ». Simplement parce que ces dernières partagent avec l'État la responsabilité de ce champ.

Et, à ce titre, la loi portant sur la nouvelle organisation territoriale permettrait de « mieux penser les partenariats » entre les deux entités. C'est oublier, peut-être hâtivement, que la réforme territoriale va aussi brasser un vaste lot de problèmes, une fois encore en librairie. Luc Portier, écrivain et maire adjoint de Dunet, commune du département de l'Indre (Région Centre), l'avait d'ailleurs fort bien souligné.

 

La Fédération interrégionale du livre et de la lecture faisait d'ailleurs un constat similaire en... novembre 2010, considérant que les entités régionales étaient plus impliquées que l'État lui-même en matière de culture, et dans la politique du livre, et de la lecture. La FILL La Fill s'inquiétait déjà de ce qui n'était alors qu'une possible réforme des collectivités : « Annoncer qu'on ne touchera pas au maintien de la compétence générale en matière culturelle sans donner les moyens de l'exercer, c'est porter un coup fatal à l'action culturelle sans en assumer la responsabilité. Les politiques du livre se déliteront. »

 

Reste que la ministre souhaite s'appuyer, dit-elle, « sur trois piliers », pour lesquels le budget a été établi :

  • ouvrir largement l'accès à la culture notamment aux plus jeunes,
  • soutenir l'excellence pour amplifier le rayonnement international de notre pays
  • déclencher un véritable renouveau créatif

C'est ainsi l'Éducation artistique et culturelle qui guidera le budget 2015, un segment dont les moyens ont été augmentés d'un tiers entre 2012 et 2015. « L'excellence française », ne remplace pas l'exception culturelle, mais l'expression semble englober une meilleure vision, plus facile à exporter – et la ministre de citer le Louvre d'Abou Dhabi, justement.

Au niveau local, les DRAC auront notamment pour mission d'accompagner les collectivités, autour du projet Transmission des savoirs et démocratisations de la culture, doté de 40 millions € supplémentaires. De même, les bourses pour étudiants, accordées sur critères sociaux, augmenteront de 14,5 %.

Côté intermittence, pas de nouvelle, la mission de MM Gilles, Combrexelle et de Mme Archambeau est toujours à l'œuvre.


Et pour le patrimoine, la mission de préservation est poursuivie, mais rien n'est engagé, contrairement aux appels de Jack Lang, pour une création du Beau, au quotidien. « La bataille pour la sauvegarde du patrimoine n'est pas entièrement gagnée : les crédits pour la restauration ont connu de fortes diminutions. Mais au moins la reconnaissance de la valeur esthétique des monuments, des lieux, est, elle, couronnée de succès. » Reste alors à combattre « cette accoutumance à la laideur, qui ne peut passer que par une prise de conscience collective », expliquait-il à ActuaLitté.

 

Que ce soit dans l'amélioration de l'accueil du public, ou encore dans les processus de valorisation, la rue de Valois prend donc la mesure de ses responsabilités, sans « opposer patrimoine et modernité », assure Fleur Pellerin. Un discours à l'Assemblée rondement mené, qui n'évoque ni l'audiovisuel ni le domaine de la musique – et, mais l'on finit par ne plus s'en étonner, celui du livre. Est-ce à croire que la ministre considère que ces secteurs ont une procédure de fonctionnement qui les fait aller bien droit ? Il est vrai que le secteur de l'édition semblait être tout particulièrement choyé par la précédente ministre – de quoi avoir donné de mauvaises habitudes...

René Char avait aussi écrit « L'acte est vierge, même répété. » Invitation à la tolérance ?