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En 2016, le marché du livre en Italie est en croissance, mais perd des lecteurs

Clément Solym - 26.01.2017

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Le marché du livre en Italie enregistre une croissance de 2,3 % pour l’année 2016, avec quelques raisons de se réjouir. L’Associazion italiana editori annonce ainsi un chiffre d’affaires de 1,283 milliard €, à travers les librairies, boutiques en ligne et grande distribution.

 

Italia - Frankfurt Buchmesse 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les ventes augmentent, mais le nombre de lecteurs est pourtant en diminution, note le bureau des études de l’AIE. L’Italie passe ainsi de 24,051 millions de lecteurs en 2015 à 23,3 millions en 2016. L’année 2015 avait pour le coup enregistré une croissance de 1,2 %. Principaux disparus : les petits lecteurs et lecteurs occasionnels enregistrent la plus forte baisse.

 

Les enfants entre 6 et 17 ans restent 47,3 % à avoir ouvert au moins un livre dans l’année, mais sur l’ensemble de la population, on tombe à 39,5 %. En revanche, chez les seniors de plus de 60 ans, on découvrira un regain d’intérêt – avec une hausse de 9,6 % par rapport à 2010. La plus forte diminution concerne les jeunes et actifs, de 25 à 44 ans, qui perdent 25,4 %.

 

La lecture numérique continue de progresser doucement au sein de la population : un Italien sur dix aura lu un ebook – ils étaient 8,9 % en 2015 et 2,9 % en 2010. Si le lecteur ebook n’est utilisé que par 7,3 % d’entre eux, le smartphone accapare 64,8 % des usages, suivi par les tablettes, à 28,3 %.

 

Les catalogues des éditeurs italiens se sont par ailleurs étoffés : en 2016, 66.605 ouvrages ont été publiés, contre 59.198 en 2010. Ces données s’ajoutent aux 74.020 ebooks déjà disponibles, montrant une croissance significative dans le secteur – on comptait 56.145 ebooks en 2015.

 

Les ventes numériques (ebooks et audiobooks) représentent d’ailleurs 62 millions €, soit 5,1 % du CA global, et une croissance de 21 % en regard de 2015. Des résultats qui ne compensent pas les pertes enregistrées depuis 2011, mais accentuent toutefois les tendances positives de 2016.

 

En revanche, la production reflète clairement une tendance globale à l’augmentation des titres : en 1980, 13.203 livres étaient sortis. La fiction reste d’ailleurs le secteur le plus sollicité – près de 33 % des nouveautés parues en 2016 – de même que les livres jeunesse : avec 6457 nouveautés, c’est dix fois plus que ce que connaissait le marché en 1980.

 

Trouver un nouveau contact avec les lecteurs

 

Toutefois, l’acteur majeur du marché, Amazon, manque dans les données qu’avance l’AIE. Au cours de l’année passée, estime malgré tout l’organisation, le marchand américain pourrait représenter 120 millions € de chiffre d’affaires, uniquement sur le livre papier.

 

La librairie reste le lieu favori des Italiens, qu’elles soient chaînes ou indépendantes – 72,8 % des ventes réalisées. La part des grandes surfaces recule à 10,7 % contre 13,9 % en 2015 et 16,3 en 2010. Le tout, bien entendu, au profit du e-commerce.

 

La faiblesse désormais actée des grandes surfaces est à mettre à l’aune des espaces dédiés aux livres qui se réduisent. « Or, dans de nombreuses municipalités, ce pourrait être l’unique point de contact entre les lecteurs et le livre », souligne l’AIE.

 

Dans l’ensemble, le marché italien du livre est celui qui enregistre les données les moins positives, en regard de ses confrères européens. Gianni Peresson, directeur du bureau des études, indique que la prise en compte d’Amazon sera désormais fondamentale, pour disposer d’un regard global.

 

Panorama de l'édition en Italie : bibliothèques, ebook, droits étrangers 

 

« Aujourd’hui, le lecteur a plus de possibilité, et de liberté pour faire ses propres choix. Il existe différentes manières de lire, avec des prix et des outils divers. Tout cela le rend plus autonome et sensible aux titres qu’il achètera : le marché du livre doit en tenir compte. »

 

Le prochain défi ne sera plus simplement celui de la promotion de la lecture, « mais bien de comprendre qui est le lecteur et si les outils dont nous disposons pour le savoir sont adaptés. Aujourd’hui, celui qui écoute Ad alta voce [émission littéraire célèbre] sur Radio3 est-il un lecteur ? Autrement dit, le lecteur a-t-il déserté, ou simplement changé de visage ? »

 

Une journée de présentation de l’ensemble de ces données sera effectuée ce 27 janvier à Venise. Sera également évoqué l’enseignement de la Scuola per Librai Umberto e Elisabetta Mauri, qui depuis plus de 30 ans maintenant forme des libraires dans le pays. Ouvert en 1984, l’établissement accueillera des débats et échanges autour de ces informations.