En Afrique, les lois contre la diffamation réfrènent la liberté d'expression

Antoine Oury - 10.08.2018

Edition - Justice - lois diffamation - Afrique lois diffamation - liberté d'expression Afrique


Pen International publie un rapport rassemblant les enquêtes de plusieurs sections locales africaines pour évoquer un sujet préoccupant. Dans de nombreux pays d'Afrique, les lois contre la diffamation sont devenues un moyen de pression pour bâillonner les opposants et autres lanceurs d'alerte. L'organisation de défense de la liberté d'expression réclame l'abolition de ces lois qui criminalisent la diffamation.


Shut up
(Felipe Del Valle, CC BY 2.0)

 

Plusieurs sections du PEN ont uni leurs forces et leurs résultats pour fournir un rapport sur l'état de la législation sur la diffamation dans plusieurs pays : Ghana, Sierra Leone, Afrique du Sud, Ouganda et Zambie. Seul le premier de ces pays a aboli les lois qui criminalisent les propos diffamatoires, en 2001, quand les quatre autres les appliquent toujours, avec plus ou moins de sévérité.

 

« Un grand nombre des lois sur la diffamation appliquées aujourd'hui en Afrique sont des vestiges du colonialisme, alors en vigueur principalement pour étayer la domination coloniale et réprimer les réclamations portant sur l'autodétermination et les demandes d'indépendance nationale », souligne PEN International. Une fois l'indépendance obtenue, les lois sont le plus souvent restées en vigueur dans les pays, où le pouvoir s'assure ainsi un moyen de maitriser ses opposants et critiques.

 

Dans le cadre du rapport, les sections locales du PEN ont interrogé 38 auteurs dans 22 pays différents pour leur demander quelle était l'influence des lois sur la diffamation sur leur propre travail. 16 d'entre eux ont affirmé que l'impact était visible, et qu'ils évitaient, par crainte de poursuites judiciaires, d'écrire sur des sujets tels que la corruption, la lutte contre le crime, la justice ou, bien sûr, la politique.

 

Les effets des lois anti-diffamation sont difficiles à quantifier : par exemple, en Sierra Leone, écrivains et journalistes sont placés en garde à vue, intimidés ou arrêtés s'ils poursuivent des enquêtes ou la publication de textes « gênants ». La justice n'entre pas toujours dans le circuit, qui se limite souvent à des menaces proférées par les autorités. En Ouganda, tous les journalistes et écrivains interrogés ont signalé des pressions sur leur liberté d'expression par le biais de ces lois. En Zambie, la diffamation du président et de son gouvernement est inscrite dans le Code pénal.

 

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dans le viseur des autorités


Le PEN recommande aux États africains de se conformer à leurs engagements, bien souvent pris par la signature de traités internationaux comme la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Mais appelle aussi les journalistes et organes de presse à mettre en place des règles éthiques pour l'exercice de leur métier : après l'abolition des lois sur la diffamation, en 2001, de nombreuses insultes et autres abus ont été relevés sur les stations de radio du pays, suscitant la colère des citoyens et une certaine défiance vis-à-vis de la liberté d'expression...

 

L'Union internationale des éditeurs, qui représente les éditeurs de livres du monde entier, publiera elle aussi quelques recommandations sur le sujet dans les premiers mois de 2019.

 

Le rapport complet de PEN International est disponible ci-dessous ou à cette adresse.
 




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