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En Algérie 'La librairie se meurt. Et tout cela ne préoccupe personne'

- 24.10.2011

Edition - International - mort - librairie - Algerie


Le libraire et éditeur Boussad Ouadi s'alarme de la situation de la librairie et plus généralement da la situation de l'industrie du livre en Algérie.

Il possède deux des plus anciennes librairies d'Alger et a constaté depuis décembre 2010 « une baisse dramatique » du chiffre d'affaires. Et selon lui, cette constatation est valable pour toutes les librairies du pays. S'il reconnaît que les causes de cette situation sont multiples, il en voit deux principales. Tout d'abord, des réglementations mises en place par le gouvernement qui rendent l'importation de livres impossible.

 

Ensuite le désintérêt des professeurs pour la librairie. Depuis que leurs salaires ont été augmentés, ils auraient cessé de fréquenter les librairies pour consacrer leur budget à l'automobile et l'immobilier.

 


Il évoque aussi des raisons secondaires comme le fait que les gens évitent la ville pour des raisons sécuritaires ou que les éditeurs locaux ne seraient plus assez concentrés sur leur activité principale. En effet, selon Boussad Ouadi, les éditeurs locaux produiraient des livres pour le gouvernement, participeraient à des festivals, mais négligeraient la création de livres pour le commerce. Un ras-le-bol que Boussad Ouadi exprime ainsi : « Le commerce du livre passe par-dessus la librairie » ajoutant : « La librairie se meurt. Et tout cela ne préoccupe personne ».

Au niveau scolaire, il indique que les bibliothèques universitaires ne commanderaient plus de livres aux librairies et passeraient « par de petites officines obscures, le copinage et le clientélisme ». Quant aux manuels scolaires, les librairies n'ont tout simplement pas le droit de les commercialiser. C'est l'apanage de l'Éducation nationale via son organisme ONPS (Office National des Publications Scolaires).

 


Boussad Ouadi affirme à ce sujet : « C'est le plus gros scandale dans notre métier. Partout dans le monde, les deux mamelles du commerce du livre sont l'école et la religion. Près de 100 millions de livres scolaires publiés chaque année nous passent sous le nez ». Si des négociations ont été menées pendant un temps, elles n'ont rien donné et d'ajouter « Aujourd'hui les parents d'élèves se plaignent qu'il n'y ait pas de manuels dans les classes alors qu'ils croupissent en stocks à l'ONPS, c'est un scandale innommable. À côté de ce gâchis, nos librairies restent vides ».

Il s'insurge aussi contre les librairies d'État, bradées, vendues pour devenir d'autres commerces bien plus profitables. Quant aux syndicats des libraires (Aslia) dont il est membre fondateur, il indique qu'il aurait été infiltré par des lobbies comme Hachette, Sedia et Alpha et qu'il ne serait plus maintenant qu'un syndicat fantôme aux dépenses obscures. Il regrette enfin que certains libraires aient perdu de vue leur principal but : satisfaire les demandes de la clientèle pour se lancer dans l'organisation de mini-événements. Selon Boussad Ouadi, le principal combat à mener est celui qui leur permettra de remplir convenablement leurs étagères et pouvoir enfin satisfaire la demande.