En augmentant ses prix, Pearson se met à dos les universités britanniques

Antoine Oury - 15.12.2015

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Pearson reste, à ce jour, le premier éditeur mondial, notamment grâce à une présence importante sur le marché de l'éducation et de la pédagogie. Ce leader de l'édition, venu d'Europe, subit  comme ses confrères, d'importants changements dans ses modèles commerciaux et son équilibre économique : face aux prix en baisse des livres numériques et à l'émergence d'une offre gratuite, le géant a décidé d'augmenter radicalement le prix de ses exemplaires numériques. Les effets sont pour l'instant dévastateurs.

 

Stone sculpture, Imperial College, London

Même le prestigieux Imperial College de Londres participe au boycott

(Snapshooter46, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

De nombreuses universités et institutions se sont réunies dans un mouvement de protestation contre Pearson et ses pratiques commerciales : dans un courrier à John Fallon, le directeur exécutif de Pearson, la Society of College, National and University Libraries (SCONUL) et Research Libraries UK lui demandent un changement de politique tarifaire, au plus vite.

 

Certains établissements, dont l'Imperial College de Londres, auraient déjà commencé à nettoyer leur bibliothèque en évacuant les titres Pearson.

 

En août dernier, l'éditeur Pearson annonçait à ses clients que les tarifs de ses livres numériques allaient prochainement flamber pour les bibliothèques, avec des hausses supérieures à 100 % pour certains d'entre eux. L'explication de cette décision n'est pas à chercher bien loin : le groupe craint une cannibalisation des ventes avec l'arrivée des livres numériques en bibliothèque, et cherche donc à favoriser l'achat de manuels papier, ou d'exemplaires publics par les étudiants.

 

Évidemment, la hausse des prix a eu l'effet contraire de celui souhaité : plusieurs établissements ont marqué leur désapprobation en arrêtant simplement leurs abonnements aux services de Pearson, ainsi que les achats réalisés auprès de l'éditeur. « Avoir accès à des manuels numériques à travers la bibliothèque de l'université demeure un élément clé de la culture et de la pratique scientifique, ce qui explique peut-être pourquoi certaines universités ont pris la décision de cesser d'utiliser tous les ebooks de Pearson », explique Ann Rossiter, directrice de SCONUL.

 

Pearson signale que les différentes organisations d'universités l'ont contacté, et qu'une révision des tarifs a déjà eu lieu. Mais elle est à la fois trop lente et trop désordonnée pour les professeurs et bibliothécaires, qui soulignent que Pearson doit collaborer avec eux pour aboutir à « un modèle économique viable pour le futur ».

 

Un vœu pieux, puisque la situation de Pearson aux États-Unis reste difficile, avec des revenus en baisse : les actionnaires du groupe sont donc plus enclins à observer des bénéfices stables ou en hausse que d'attendre que des accords soient mis au point avec les bibliothécaires.

 

Si les conditions économiques de Pearson sont les siennes, l'expérience de la hausse massive des prix en rappelle d'autres : celle appliquée par les éditeurs français à travers PNB, d'une part, qui a peu ou prou les mêmes objectifs que celle de Pearson. Autrement dit, limiter le nombre de livres numériques en circulation et disponibles auprès des usagers, et favoriser l'achat de livres papier.

 

Et celle, peut-être à venir, qui pourrait concerner une plus large part de l'édition : l'édition allemande et l'édition française ont toutes deux exprimé des volontés de maintenir des prix élevés pour le livre, afin de compenser des pertes dues à la multiplication de la concurrence des loisirs face au livre et au format numérique.