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En Avignon, la librairie jeunesse L'Eau vive doit sortir des eaux troubles

Nicolas Gary - 28.03.2017

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L’appel à l’aide a été lancé voilà quelques jours : les deux responsables de la librairie L’Eau Vive, en Avignon, se retrouvaient contraintes. L’établissement « est depuis quelque temps en plein orage », expliquent Dominique Bastide et Amandine Levêque. Pour échapper aux abysses, le financement participatif s'impose. Urgemment.

 

 

 

Avec plus de 30.000 références, L’Eau vive est une librairie jeunesse présente dans la ville depuis 40 ans maintenant. Une histoire qui pourrait s’achever prochainement : les difficultés du métier de libraire sont connues. Les aléas financiers ont souvent des répercussions immédiates. « L’avenir de la librairie devient sérieusement compromis… Nous y avons très très longuement réfléchi, avons mis notre fierté de côté pour vous lancer notre SOS », écrivaient les responsables.

 

Et pour faire face, c’est avec une campagne de financement participatif que les deux femmes ont décidé de se battre.

 

 

 

Le premier choc est arrivé en 2014, avec la perte de leur plus important marché public – et 140.000 € de chiffre d’affaires qui s’évanouissent, 20 % du total. « Un marché public est signé pour 3 ans, avec un avenant d’une année. S’il s’était agi simplement d’un an ou deux, nous aurions pu envisager de nous serrer la ceinture, mais, là, ce n’est plus possible », nous précise Dominique Bastide.

 

Et l’année 2015 s’est clôturée avec un bilan déficitaire. En dépit d’une hausse du chiffre d’affaires, la librairie se retrouve dans une situation économique très difficile, avec des partenaires financiers qui désertent.

 

« L’urgence de ce financement participatif vient de ce que l’une de nos deux banques a tout simplement décidé de couper notre autorisation de découvert. En dépit des tentatives de négociations, notamment pour le remboursement de notre emprunt, l’organisme qui se veut coopératif et tourné vers les entreprises culturelles nous a placées dans une situation insoutenable. »

 

Sortir la tête de l'eau

 

Reprise voilà cinq ans par les deux associées, la Librairie L’Eau vive affichait pourtant une progression constante de son chiffre d’affaires, « hors collectivités et salons. C’est un lieu de passage et nous avons des clients fidèles, mais l’attribution à Decitre du marché public a vraiment provoqué une perte terrible ».

 

Une situation d’autant plus pesante que la mairie d’Avignon communique régulièrement sur la valorisation des commerces du centre-ville. « Le maire sait être très à cheval sur ce point, et il existe tout de même bien des manières de pouvoir favoriser un acteur, légalement, dans ce cas de figure. C’est aberrant que la mairie n’ait pas même essayé. » Et bien que sollicitée, la mairie n'a pour le moment pas répondu aux libraires.

 

À cette heure, des contacts ont été pris avec le Centre national du livre, ainsi qu’avec le centre régional, mais rien n’a encore pu aboutir quant aux financements possibles.

 

Le premier palier à atteindre est de 55.000 €, permettant à la structure de « sortir la tête de l’eau », vive, cela va sans dire, mais surtout de régulariser les dettes pour éviter un dépôt de bilan. « Il s’agit de dettes fiscales et sociales, essentiellement. Un pareil coup de pouce nous permettrait de tenir les deux ans restant pour finir le remboursement du prêt d’acquisition. » Les mensualités, aujourd’hui de 5000 € mensuels, s’achèveront en effet fin en mars 2019.

 

Du côté des maisons d’édition, les soutiens ont été nombreux : « Tous les éditeurs n’ont pas encore réagi, mais plusieurs d’entre eux nous ont assuré de leur aide. Et nous ont proposé de donner des livres, des objets, pour alimenter le crowdfunding. Que ce soit Thierry Magnier ou Sarbacane, mais également Nathan, Syros et Rue du Monde. Même les éditions MéMo, pourtant petite maison, nous a offert 12 estampes, que nous offrons en contrepartie dans le cadre du financement participatif. »

 

La page du crowdfunding sur Ulule est à cette adresse.