En Bretagne, partir à la découverte des livres dans les prisons

Auteur invité - 28.06.2017

Edition - Société - publics éloignés lecture - livres prison partage - gardiens uniformes lectures


La Journée professionnelle Lire en prison, organisée par Livre et lecture en Bretagne, en partenariat l’ABF (Association des Bibliothécaires de France) le 7 avril 2017, a permis de faire le point sur la question et de mettre en valeur diverses opérations, comme Quartier Livre. Étaient réunis bibliothécaires, libraires, militants associatifs, artistes intervenants, et même un surveillant de prison... 


 

 

La journée a commencé par un retour sur l’opération Quartier Livre, montée sous l’impulsion de Livre et lecture en Bretagne. Elle visait à installer des mobiliers et des ouvrages « Facile à lire » dans les établissements pénitentiaires, où les situations d’illettrisme sont monnaie courante. « Un projet dense, ambitieux, complexe, passionnant », soulignait Christine Loquet, chargée de mission « Publics éloignés » à Livre et lecture en Bretagne. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il faudrait dans chaque établissement réalimenter le fonds « Facile à lire » toutes les semaines.

Certains ouvrages disparaissent. Les détenus se plaignent parfois de livres trop féminins, ou trop tristes. Et il faut organiser d’autres temps de médiation, pour mettre en valeur les fonds. Mais tout le monde reconnaît le mérite de ces espaces humanisés, colorés, dans des lieux froids, déshumanisés, qui sont aussi des outils possibles pour lancer des ateliers d’écriture, par exemple.

Un souhait aussi : que les enseignants et les surveillants s’en saisissent. Animée par la compagnie Udre Olik, qui a su insuffler sa bonne humeur, la journée s’est poursuivie par diverses interventions. Hélène Brochard a présenté les travaux de la commission Prison et Hôpitaux de l’ABF et salué le travail remarquable mené en Bretagne dans ce domaine. Dominique Leroux, libraire, Carole Le Natur, de la bibliothèque de Brest, et Lena Le Du, coordinatrice culturelle, ont présenté le club lecture qu’elles animent, à la maison d’arrêt de Brest.

Christine Loquet a dévoilé l’expérience originale d’émission littéraire sur le canal vidéo interne de la maison d’arrêt de Metz. Les échanges et les interventions, nombreuses, ont confirmé la passion qui anime toutes les personnes qui interviennent, à des titres divers, pour que le livre et la lecture vivent en prison. 

 

Témoignage d’un surveillant 


Yannick Nicolas est surveillant depuis treize ans à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Il est chargé de faire le lien entre détenus et intervenants. « Lorsque j’ai commencé, il y a vingt-deux ans, il y avait moins d’accès à la culture, en prison. Ce n’est pas toujours simple, pour les surveillants, car ils ont appris à travailler différemment, avec la culture qui n’était pas une mission prioritaire.

Il faut donc surmonter des difficultés de compréhension et un manque d’intérêt, parfois. Leur faire comprendre que la culture doit avoir sa place en prison. Avec Laurence Vilaine en résidence, cela s’est bien passé. Pourtant, elle reconnaît qu’elle est arrivée, elle aussi, avec des préjugés sur le personnel pénitentiaire. Finalement, elle nous a acceptés et mes collègues, même les plus réticents, l’ont aussi acceptée.

Après, j’ai dû expliquer aux collègues que l’action culturelle ne s’arrêtait pas à l’intervention de l’auteur, qu’il y avait aussi le mobilier et les livres “Facile à lire”, et répondre à leurs interrogations à ce sujet. Il faut qu’ils intègrent beaucoup de choses : que les détenus ont souvent un niveau très bas, mais aussi qu’ils sont capables de créer. Je sais que certains détenus, après l’atelier d’écriture, ont continué à écrire.

Dans une prison, il faut savoir qu’on vit ensemble, et qu’il y a énormément de discussions, d’échanges, entre surveillants et détenus. Et le livre permet d’échanger, d’explorer ensemble. Ainsi, avec un détenu, les livres nous ont permis de parler de géographie, de son pays, la Tunisie. Il y a beaucoup d’idées fausses des surveillants à propos des intervenants : “Vous êtes contre nous.”.

Et il y a beaucoup d’idées fausses des intervenants sur les surveillants. Il faut qu’on se respecte, car nous avons le même objectif : quand un détenu est libéré, qu’il ne revienne jamais. Il y a la question de la sécurité qui rend notre rôle compliqué. Mais la culture peut nous permettre de montrer qu’il y a quelqu’un derrière l’uniforme. Même s’il restera toujours des gens fermés, d’un côté comme de l’autre. 
» 
 

Nouveaux coordinateurs culturels dans la région 


Deux nouveaux coordinateurs culturels sont arrivés dans les établissements pénitentiaires bretons : Anne-Sophie Lacour remplace Catherine Gloaguen, qui a quitté ses fonctions fin mars 2017. Anne-Sophie était auparavant en poste pour l’association rennaise des Transmusicales. En poste à la Ligue de l’enseignement d’Ille-et-Vilaine, elle est chargée de la programmation culturelle et du suivi des bibliothèques du Centre pénitentiaire des Hommes de Rennes-Vezin. 
 

Sonia Hervochon a pris le poste de coordinatrice culturelle du centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur. Déjà en poste à la Ligue de l’enseignement du Morbihan, Sonia assure la coordination des actions culturelles pour le centre pénitentiaire, en lien avec le Spip du Morbihan, qui comprend la gestion et le suivi de la bibliothèque. 
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne