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En cas de soldes démesurés pour les livres, ce sont les auteurs qui payent

Victor De Sepausy - 31.07.2017

Edition - Economie - revenus auteurs livres - paiement droit éditeurs - rabais livres vente


Les estivants alanguis profitent de leurs vacances pour récupérer des lectures, et pendant ce temps, la Society of Authors veille au grain. Nicola Solomon, la directrice générale, adresse un appel aux éditeurs, pour contrecarrer les ventes au rabais excessives. Tout bonnement parce que ces pratiques impactent les revenus des écrivains...


Nicola Solomon - London Book Fair 2016
Nicola Solomon - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

En l’absence de prix unique du livre sur un territoire, les revendeurs restent libres de proposer les prix qu’ils souhaitent pour les ouvrages. Au Royaume-Uni, depuis bien longtemps, cette guerre tarifaire est au cœur de la stratégie d’Amazon, au détriment des libraires indépendants. Mais d’autres points de vente, qui ne sont pas dédiés au livre, pratiquent également des rabais sévères.

 

Or, la directrice de la SoA pointe une tout autre activité, plus menaçante encore : il s’agit « des ventes où l’acheteur paye un prix très bas par exemplaire, pour une grande quantité achetée, achetant comptant, par avance, et ferme », explique-t-elle. Ferme signifiant que les livres ne pourront pas être renvoyés aux distributeurs.

 

« Les énormes réductions proposées sur ces livres, et le fait que l’acheteur les prenne en ferme, de sorte qu’il dispose d’un plus grand nombre d’exemplaires, implique qu’ils pourront être vendus à très bas prix », poursuit-elle.

 

La SoA fait campagne pour que les auteurs soient désormais consultés avant que de pareilles ventes ne soient validées. Il leur faut un droit d’approbation, alors que ces achats en gros et peu chers les privent de revenus substantiels. Au point qu’ils ne gagnent presque rien, voire parfois rien du tout, sur ces ventes. 

 

Pour prendre un simple exemple, si les droits versés à l’auteur reposent sur les recettes nettes, alors le pourcentage versé est d’autant plus réduit que la remise est importante. CQFD.

 

Déjà que les ventes à travers les marketplaces de la toile pénalisent les auteurs, ce type de commercialisation est plus problématique encore. Or, puisque les éditeurs ne peuvent exercer aucun contrôle sur le prix de vente final, à moins d’avoir instauré un contrat d’agence, ils doivent se montrer d’autant plus vigilants. 

 

« Nous exhortons les éditeurs à faire preuve de prudence. [...] Ne fournissez pas de livres avec des rabais ultra-élevés, à moins que vous n’ayez convenu avec l’auteur que le jeu en valait la chandelle. [...] Le marché de la jeunesse semble faire particulièrement l’objet d’offres spéciales », indique Solomon. 

 

D’ailleurs, il faut se résoudre : un livre proposé à un tarif très bas aura pour conséquence qu’un grand format à prix plus élevé ne se vendra pas. La directrice poursuit en notant que c’est également la valeur même des livres qui sera pénalisée : dans l’esprit des clients, une remise de 80 % est alors envisageable, ce qui réduit le travail et l’importance que l’on peut accorder aux produits. 

 

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Et de proposer une méthode en 7 étapes permettant de mieux définir les relations entre auteurs et éditeurs, tout en aboutissant à un accord sur ces remises. « Un éditeur devrait toujours expliquer les raisons pour lesquelles il souhaite instaurer de pareilles ventes », tout en fournissant les documents liés à ces ventes. 

 

Le groupe Hachette UK a d’ores et déjà assuré qu’il consulterait désormais les auteurs et leur demandera une autorisation, avant de procéder à des ventes spéciales, avec supers ristournes. 
 

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« Le discount est parfois une stratégie valable et les éditeurs prennent un risque de perte aussi bien que l’auteur, si cette vente cannibalise les ventes traditionnelles. Mais l’auteur ne dispose généralement que d’une poignée de livres à offrir, alors que les éditeurs en ont des palettes. L’auteur est donc menacé si la stratégie ne fonctionne pas. »

 

via The Bookseller