En Irlande, un éditeur facture 100 € pour tout manuscrit non sollicité

Clément Solym - 11.10.2016

Edition - International - Irlande éditeur facturation - Man Booker Prize - économie livre Irlande


Outre ses paysages de moutons et de landes, ses pubs et ses rugbymen, l’Irlande du Sud et du Nord ont tant à offrir. Et à recevoir. Au Nord, l'industrie du livre vient ainsi de vivre un excellent moment, constatant avec plaisir l’envolée des ventes, un essor bienvenu. Au Sud, elle s'agace...

 

Belfast Sunset

coucher de soleil sur Belfast - Tim Fields, CC BY 2.0

 

 

Avec 20,3 % de croissance constatée selon les données de Nielsen Bookscan, l’édition en Irlande semble heureuse. Au mois de septembre, les compteurs étaient en effet bloqués à 76,4 millions €, un cinquième de mieux qu’en 2015. Et la plus forte croissance est enregistrée avec la non fiction et les livres jeunesse.

 

Avec respectivement 24,5 % et 24,4 % de hausse (31,4 et 26,7 millions €), ces segments se portent particulièrement bien. Évidemment, Rowling et son Enfant maudit ont eu un effet largement positif. Mais c’est surtout un ouvrage qui, actuellement, fait parler de lui, The Pocket Book of the Easter Rising, entré à la 4e place des meilleures ventes.

 

Selon le vice-président de la Bookseller association, Bob Johnston, propriétaire de The Gutter Bookshop de Dublin, la situation économique du pays va mieux. Et cette amélioration pour les consommateurs pousserait donc à racheter des livres. Bien sûr, les best-sellers y sont pour beaucoup, mais, dans tous les cas, les clients semblent revenir dans les librairies...

 

100 € facturés pour tout livre non demandé

 

Ce qui n’empêche certainement pas quelques étranges pratiques. Alors que le revenu médian des écrivains tourne en Irlande autour de 4000 €, avec une baisse sensible d’année en année, depuis 2005, la question de la rémunération revient à la charge. Certes, ne pas payer les auteurs pour des interventions en festival fait toujours l’objet de discussions, mais un éditeur vient de prendre une liberté assez indécente...

 

Sean O’Keeffe, éditeur de Liberties Press (Irlande du Sud) a annoncé sur son site internet que désormais, tout manuscrit qui lui sera expédié sera facturé 100 € – à moins qu’il ne provienne d’un agent. « Il existe environ 100.000 nouveaux livres publiés chaque année en langue anglaise avec plus de 600.000 autopubliés – dont beaucoup ne voient jamais la lumière d’une librairie. »

 

Dans ce contexte, tout éditeur fournit à l’auteur un service éditorial, de promotion, mais aussi de conception. « Malheureusement, ces choses doivent être payées et le marché traditionnel du livre au détail reste un environnement commercial difficile. » Pour 100 €, donc, les aspirants auteurs auront le droit à un examen attentif, un compte-rendu d’une page au moins, et des évaluations critiques, avec des pistes concernant la commercialisation.

 

« Je ne connais pas d’autre éditeur qui fonctionne de cette manière, et il se trouvera certainement des auteurs et des éditeurs pour être en désaccord avec notre approche », balance-t-il. Sauf que personne n’est contraint de lui envoyer de livre et que sa réputation de maison innovante et sérieuse doit se payer. « Nous recevons des centaines de manuscrits non sollicités chaque année, et, si cette politique en diminue le nombre, ce ne sera pas une mauvaise chose. Nous espérons que cela encouragera les auteurs à réfléchir avant de nous soumettre leur contribution et valoriser le travail que nous faisons. » Et pim. 

 

L'Irlande du Nord boudée par le Booker Prize

 

Faut-il aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jurés du Man Booker Prize ont exclu les éditeurs irlandais ? Cette récompense britannique par excellence, s’est progressivement ouverte, bien que les maisons indépendantes d’Irlande, des États-Unis ou du Canada, et d’ailleurs dans le Commonwealth en sont régulièrement écartées. 

 

Probablement l’attitude de cet éditeur irlandais n’y changera rien. Bien que l’on ait introduit dans la liste des éditeurs éligibles le Commonwealth, l’Irlande et le Zimbabwe. Les contraintes géographiques et territoriales sont laissées de côté, mais le prix est encore loin de refléter les tendances mondiales, déplore Sarah Davis-Goff, dans le Guardian.

 

Tout éditeur indépendant devrait pourtant être en mesure de soumettre ses ouvrages, et que les règles soient modifiées, pour l’ensemble. L’Irlande du Nord a une histoire toute particulière, et même si elle ne partage pas la monnaie, le prix ne pourrait qu’y gagner...

 

 

via irish Times, Liberties Press, Guardian