En Italie, la petite édition a tout d'une grande

Nicolas Gary - 07.12.2015

Edition - International - édition Italie - éditeurs auteurs lecteurs - oeuvres littérature jeunesse


Durant la grande Foire du livre de Rome, plusieurs éléments ont été communiqués concernant l’édition italienne. L’association des éditeurs a en effet présenté différentes études, et notamment dans le secteur jeunesse. Pour la 14e édition de la manifestation, petites et moyennes maisons étaient largement à l’honneur : la foire leur est dédiée.

 

Librairie Feltrinelli Rome

Librairie Feltrinelli de la gare de Rome - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Cette année, la manifestation était placée sous le thème « Pour l’amour des livres ». Et le programme est vaste – jusqu’à demain encore. Pourtant, les chiffres continuent de faire peur : depuis l’année passée, 500 librairies ont fermé leurs portes dans le pays, et, malgré les ouvertures de magasins que font les grandes chaînes, le secteur continue de souffrir. 

 

Dans tous les cas, les éditeurs misent sur l’enfance, avec un certain succès : l’étude que présentait l’Associazione Italiana Editori indique que près d’un titre publié sur dix est exporté à l’étranger. Une certaine image de l’édition italienne, qui continue d’acheter plus qu’elle ne vend, relève le rapport, qui n’avait cependant pas été actualisé depuis 2001. Voilà 15 ans, on comptait 3,2 % de titres vendus à l’étranger, contre 9,5 % cette année.

 

Et ce qui s’exporte de mieux en mieux, ce serait la fiction pour enfants et jeunes : la non-fiction et l’illustré seraient plus souvent bloqués à l’intérieur des frontières. Par rapport à 2007, les récits des auteurs de fiction italiens ont grandi de 261,6 %. Les titres de fiction représentent désormais 36,2 % des exportations et la littérature jeunesse est en croissance de 107,1 %, toujours par rapport à 2007.

 

Dans l’ensemble, c’est l’Europe qui achète le plus, avec 51,3 % des titres vendus, contre 19,7 % en Amérique centrale et Amérique du Sud, contre 6,5 % seulement en Amérique du Nord. L’Asie et la région Pacifique représentent 14,3 % et 5,2 %. 

 

Ce que l’étude tend à démontrer, c’est que les petits éditeurs ont augmenté leur volume d’exportation à l’étranger. Par rapport à 2014, ils sont en hausse de 10,5 % contre 9,2 % pour les grands groupes éditoriaux. 

 

« Dans une époque de grands changements pour l’industrie du livre, les marchés étrangers sont une force motrice importante pour le secteur, comme le montrent les données de cette étude », insiste Riccardo Maria Monti, président de l’agence ICE. Constatant que les ventes de droits ont été multipliées par trois, il est réjouissant pour la profession de voir des motifs de célébration. (le communiqué)

 

La prépondérance à revendiquer des petits éditeurs 

 

La Foire fut également l’occasion de poursuivre l’initiative Piu libri piu liberi – Plus de livres, plus libres – pour encourager la jeunesse italienne à ouvrir des livres. C’est que l’édition indépendante, petite et moyenne, se trouverait dans une position ambiguë : tout à la fois dynamique et compétente, plus à même d’ouvrir les portes de marchés étrangers. Et dans le même temps, elle se retrouve plus déstabilisée face à la concentration qui va sévir dans l’industrie. 

 

Les petits éditeurs de l’AIE ont d’ailleurs profité de la Foire pour lancer un grand appel, en cinq points (via Il Libraio)

 

Par rapport à 2010, le marché italien est en effet en recul de près de 25 % : non seulement le nombre de lecteurs diminue, mais la popularité de la lecture est toujours plus attaquée. Les éditeurs évoquent ainsi différents axes de renégociations du pacte passé entre eux et les lecteurs.

 

Pour exemple, revitaliser la relation entre les maisons et les territoires : l’édition ne se concentre pas dans les capitales – en l’occurrence, Milan. Les liens qui unissent un éditeur au cadre dans lequel il travaille pourraient aboutir à une meilleure diffusion des œuvres. Et il en va de même avec les auteurs. Régions et municipalités sont appelées à se mobiliser pour fluidifier les temps d’échanges, et aménager des espaces, littéralement, de rencontre.

 

L’Italie souffrirait également d’une communication dans les médias : en période de crise économique, il importe pourtant de renouer le plus possible avec les outils de la culture. Et les magazines dédiés sont rares, bien trop pour que l’édition trouve toute sa place – et que les lecteurs soient correctement informés. 

 

Pourtant, constatent les éditeurs, une nouvelle vague de création apparaît, depuis les années 80, date à laquelle la petite édition a véritablement pris son envol. « Aujourd’hui, nous sommes à un changement de génération, pour les années à venir, et avec l’arrivée de la génération Y : facilitons l’innovation et le changement », exhorte-t-on. 

 

Et d’inviter également à une plus grande transparence, pour tous les acteurs. Que les auteurs soient plus informés, les lecteurs mieux renseignés, des différents processus éditoriaux... « Nous savons que le défi est important, mais les enjeux nécessitent des mesures extraordinaires. Nous ferons notre part », conclut l’appel.