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En Italie, le confinement a provoqué une disparition des lecteurs

Nicolas Gary - 16.07.2020

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En France, les confinés de tous azimuts semblent avoir lu bien plus que d’ordinaire. En Italie, la consommation de télévision, réseaux sociaux et téléphonie aurait dépassé celle de livres, rapporte une étude Cepell pour l’Association italienne des éditeurs. Et les achats d’ouvrages continuent de diminuer, tout particulièrement chez les grands lecteurs. 

Giunti al Punto librairie
 

La crise sanitaire de la Covid-19 a provoqué une forte baisse du nombre de lecteurs dans le Bel Paese. L’enquête menée sur les mois de confinement est flagrante. En mai 2020, seuls 58 % des habitants (15-74 ans) avaient lu un ouvrage au cours des 12 derniers mois — soit 15 points de perdus.

Sur les deux mois de mars et avril, le pourcentage diminue encore à 50 %…

Les raisons avancées sont multiples : d’abord, les Italiens n’auraient consacré qu’une heure quotidienne à la lecture. En revanche, la télévision, le téléphone, les réseaux sociaux, ou WhatsApp sont sollicités une heure, chaque jour, chacun…On en oublierait presque la pizza dans le four.
 

Pas envie, et de bonnes excuses


La lecture figure entre la onzième et la seizième place des activités pratiquées durant le confinement italien, selon les tranches d’âge. Près de la moitié de ceux qui n’ont rien lu au cours de ces étranges mois explique avoir manqué de temps (sic !). Pour 35 %, c’est l’absence d’un endroit dans la maison pour lire au calme, 33 % évoquent les préoccupations conjoncturelles et 32 % avaient remplacé les livres par les journaux.

Sur les lecteurs actifs, en revanche, 51 % ont lu ou relu des ouvrages qui étaient déjà présents dans la maison. 39 % sont passés par des achats en ligne, tandis que les achats en librairies sont passés de 74 % à 20 %. Toute la question devient alors de savoir si les libraires parviendront à récupérer les pertes de ces mois passés. Ou si le confinement accélérera un processus d’érosion de parts de marché déjà manifeste. 

D’un autre côté, la lecture numérique et l’écoute d’audiolivres ont progressé : ils sont désormais 53 % de lecteurs papier, contre 69 % l’année passée, alors que l’on compte 31 % de consommateurs d’ebooks, contre 26 % en 2019.

En somme, durant l’assignation à résidence mondiale, les Italiens ont remplacé les livres par d’autres activités. Le télétravail a également mobilisé l’attention — 15 % des actifs sont passés par des outils de visioconférence pour la première fois. Or, cette métamorphose sociétale n’en est peut-être qu’à ses prémices.
 

Une économie du livre à faire peur


Pour la filière livre, les résultats sont préoccupants : l’achat de livres a perdu 5,1 points dans les intentions de consommation, le prêt numérique recule de 15,7 % et l’intérêt pour les foires et festivals littéraires dégringole de 33,5 %.

Mais surtout, les données recueillies en mai montrent que le retour est encore loin : sur les 12 derniers mois, ils ne sont que 35 % à avoir acheté des livres contre 63 % à la même période sur 2019. Les grands lecteurs sont passés de 4,4 millions à 3,5 millions, soit 20 % de moins. En mai, ces grands lecteurs auront acheté 30,2 millions d’exemplaires au cours des 12 derniers mois, soit 45 % de moins que les 51,4 millions de 2019. 

Le directeur de l’institut Cepell, Angelo Piero Cappello souligne que les transformations de la société, post-confinement ont accéléré : toutes les mutations numériques ont connu « une accélération brutale, autant qu’un changement dans les habitudes de consommation ».
 

L'aide du gouvernement, insuffisante


Paola Passarelli, directrice générale des bibliothèques et du droit d’auteur du ministère de la Culture, insiste : « Le gouvernement est conscient des évolutions et a apporté une réponse significative en fournissant des moyens directs, tels que le fonds d’achat de livres pour les bibliothèques publiques, ou la carte culture pour les familles dans le besoin. »

Ce sont 40 millions € d’aides, également fiscales, pour les librairies, que le pays a fournies — mais qui ne suffiront assurément pas si les lecteurs ne retrouvent pas le goût des livres.

Pour cette raison, l’AIE demande une aide spécifique aux petites maisons. « Avec le décret de relance, le gouvernement et le parlement ont fourni une belle démonstration concrète et prouvé l’importance de s’engager à soutenir l’ensemble de la chaîne éditoriale », relève le président Ricardo Franco Levi. Pour autant, des soutiens plus directs aux éditeurs se font sentir plus urgents : l’édition petite et moyenne fournit « le gage de la richesse et de la diversité de l’offre éditoriale », selon lui.


crédit photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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