En lisant, les hommes décrocheraient plus vite que les femmes

Joséphine Leroy - 10.03.2016

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Une étude menée par Jellybooks, une start-up anglaise spécialisée dans l'analyse de la lecture, estime que les hommes abandonnent plus rapidement la lecture que les femmes. Une idée toutefois tempérée : Andrew Rhomberg, qui a supervisé l'étude, ne pense pas que cela implique une catégorisation des auteurs par rapport à l'âge ou au sexe du lecteur. 

 

(Domaine public) 

 

 

Selon l'étude, hommes comme femmes s'arrêtent de lire avant la fin à proportions égales. Égalité, donc, à la différence près que les hommes se forment plus rapidement un avis sur le livre, et s'arrêtent donc de lire plus vite que les femmes. 

 

Ces derniers mois, la start-up a testé des centaines de livres numériques sur autant de lecteurs-cobayes, en collaboration avec les principales maisons d’édition anglaises et à l'aide du logiciel JavaScript, qui permet d’observer les habitudes de lecture des lecteurs (quand ils commencent, achèvent ou abandonnent le titre). Ils ont noté que les femmes étaient plus volontaires pour participer à l'expérience que les hommes (20 % d'hommes et 80 % de femmes).

 

Qu'ont-ils donc retenu de l'étude ? La première observation, c'est que le fait de finir un livre n'a rien à voir avec le sexe du lecteur : « Dans la plupart des cas, la chance qu’un lecteur finisse un livre n’a rien à voir avec le sexe ; les deux sexes arrivent à égalité lorsqu'il s'agit d'arriver au bout d'un livre », écrit le fondateur, Andrew Rhomberg, à Digital Book World

 

Alors d’où vient la différence ? 

 

Jellybooks l'aurait trouvée, en partie, dans le contenu sémantique des livres. L'étude établit que, dès qu'un livre contient des passages liés aux sentiments (comme le chagrin ou l'amour), on peut noter une différence : « Dans le cas des livres qui y consacrent une part importante, des différences dans le taux d’achèvement des livres se révèlent, différences qui peuvent être légères, voire fortes, et où, en moyenne, les hommes finissent moins ou même moitié moins la lecture en question que les femmes », affirme Rhomberg. 

 

« Car ce n’est pas seulement que les hommes lisent moins ce type de livres, c’est aussi que, dès qu’ils commencent à les lire, ils abandonnent beaucoup plus vite que les femmes, indépendamment de la qualité du contenu ou de la narration », ajoute-t-il. 

 

Et si, en règle générale, les hommes et les femmes finissent de manière égale la lecture (suivant l’exemple du livre d’un Canadien, testé sur 400 personnes et fini par 27 % d’hommes et 28 % de femmes), l’étude montrerait que « les hommes décident plus vite s’ils aiment un livre ou non ». Les femmes abandonnent donc autant la lecture d'un livre, mais pas au même moment. « Le moment du décrochage est beaucoup plus précoce chez les hommes que chez les femmes, et c’est ce qu’on observe pour la plupart des livres », avance Rhomberg. 

 

Pour préserver l’attention d’un homme, l’auteur n’aurait que « 20 ou 50 pages ». Au début d’un livre, « pas de place pour la digression », a assuré Rhomberg au Guardian. « L’auteur doit arriver au but rapidement, construire le suspense, sinon l’attention du lecteur est dissipée ou perdue, définitivement perdue. » 

 

L’âge est un critère plus important pour établir une différence sur les habitudes de lecture selon Jellybooks. Les personnes entre 35 et 45 ans seraient plus « pressées par le temps » et consacreraient moins de temps à la lecture. Mais certains genres de livres peuvent rencontrer un succès important auprès de cette catégorie, poursuit Rhomberg : « Les livres qui traitent de la complexité de l’âge adulte — des défis du travail, des aléas de la carrière, des relations ou encore ceux qui parlent de fonder une famille. » 

 

Pas d'inquiétude, cependant, car Rhomberg estime que cela n'influencera pas les éditeurs. 

 

(via The Guardian