En manque de citations, un journaliste du New Yorker invente Bob Dylan

Clément Solym - 31.07.2012

Edition - Société - Bob Dylan - The New Yorker - Jonah Lehrer


La contribution de Jonah Lehrer à la mythologie du chanteur folk rock américain ne restera pas dans les mémoires, ou uniquement pour de mauvaises raisons : dan son livre Imagine, consacré à la créativité et à la façon dont les idées viennent à l'esprit, le journaliste du New Yorker a prêté des citations à Bob Dylan, en réalité montées de toutes pièces.


 

 

 

C'est un journaliste de Tablet Magazine, Michael C. Moynihan, qui a le premier relevé la supercherie, en soupçonnant Lehrer d'ignorer les sources véritables des citations attribuées à Dylan dans Imagine. Aux questions insistantes du maniaque de Dylan, Jonah Lehrer ne sait que répondre, s'en sort en invoquant des entretiens exclusifs, mais informels ou des extraits d'une émission de radio quotidienne animée par Dylan, Theme Time Radio Hour.

 

Mais le masque tombe : « Trois semaines après notre premier contact, j'ai demandé à Lehrer d'admettre sa supercherie, il m'a franchement répondu, pour la première fois : ‘Je n'ai pas pu trouver les sources, a-t-il admis, J'ai paniqué, et je suis vraiment désolé d'avoir menti.' », rapporte Moynihan. Son petit jeu découvert, le journaliste du New Yorker est bien obligé de tout avouer, dans un communiqué de presse de son éditeur, Houghton Mifflin Harcourt.

 

Dans celui-ci, il explique que les citations de Dylan « n'existaient pas, étaient involontairement inexactes, ou n'étaient que des combinaisons inappropriées de citations existantes ». L'éditeur a annoncé avoir stoppé les livraisons de l'ouvrage, ainsi que sa commercialisation au format numérique. Lehrer a annoncé sa démission du New Yorker, où il s'était déjà fait remarquer il y a un mois à peine pour réutilisation du contenu de ses articles dans plusieurs publications. (voir notre actualitté)

 

Pas de réaction du chanteur, ce qui n'est pas bien étonnant, mais il sera toujours possible d'écouter, pour le plaisir, Ballad of a Thin Man, avec ces quelques lignes : « And he says, "Here is your throat back/Thanks for the loan". » (« Et il dit, "Tiens, reprends ta gorge/Merci pour le prêt". ») Et c'est certifié 100 % Dylan.