En Ouganda, pas de place pour les livres jugés immoraux

Orianne Vialo - 12.08.2016

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Simon Lokodo est le ministre ougandais de l’Éthique et de l’Intégrité de l’Ouganda. Très à cheval sur la droiture et le respect de la morale, il a fait adopter une loi antipornographie en 2014, et même tenté d'en faire passer une autre anti-homosexualité – récemment rejetée. Cette semaine, il a fait saisir des exemplaires d’un roman « pas adapté à des enfants de cet âge » dans une école privée de Kampala, la Greenhill Academy. La semaine passée, le politique s’était fait remarquer en interdisant la célébration de la gay pride en Ouganda. Plus tôt, il a fait arrêter un homme qui faisait appel aux services de prostituées. 

 

 

 

Les élèves de la prestigieuse école accueillant des enfants d’expatriés et de la haute société ougandaise ne pourront plus consulter l’ouvrage Love Lessons, de l’auteure anglaise à succès Jacqueline Wilson (Un coeur brisé, Ed. Gallimard, illustré par Nick Sharratt et traduit par Anne Krief). Le livre, qui dépeint l’histoire de Prudence, une adolescente de 14 élevée par un père autoritaire, et qui s’éprend de son professeur de dessin, a été interdit par le ministre Simon Lokodo, car il contient « des passages sur le sexe ». 

 

« Mon équipe est allée à l’école, a confisqué les livres de la bibliothèque et nous avons ouvert une enquête » sur les raisons pour lesquelles ce livre était à la disposition des élèves, déclarait ce défenseur du conservatisme à l’AFP. Mais après analyse de l’ouvrage, aucune scène de sexe n’a été trouvée. Si l’héroïne du roman échange plusieurs baisers avec son professeur adulte et marié, les choses ne vont pas plus loin, car leur idylle est vite interrompue.

 

Le résumé du livre : A quatorze ans, je n'étais pjamais allée à l'école. Mon père m'interdiait de sortir et me donnait des cours à la maison. Quand il est tombé malade, j'ai dû m'inscrire au collège. Moi qui en rêvais, me voilà dans une classe où tout le monde me déteste et se moque de moi. Heureusement, il y a Ross, mon beau professeur d'arts plastiques. Il me comprend, et quand il me regarde, mon cœur bat à tout rompre.

 

 

La direction de la Greenhill Academy ne s’est pas exprimée concernant l’action du ministère. 

 

Censure des livres à l’école, une pratique fréquente

 

L’été dernier, le maire de Venise, Luigi Brugnaro, avait décidé de supprimer des bibliothèques scolaires de maternelle et primaire des ouvrages évoquant l’homoparentalité. Sa décision avait soulevé l’indignation internationale. Mais rien à faire, le politique restait campé sur ses positions, en expliquant qu’il existe que « les parents sont libres de faire leurs propres choix [...], mais à l’école, il convient de garder à l’esprit que pour la majorité des gens, il n’y a qu’un papa et une maman ». 

 

La situation n’est pas sans rappeler une multitude de cas similaires. Un lycée de Floride (États-Unis) avait retiré l’ouvrage Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon, d’une liste de lecture estivale à la suite de demandes de quelques parents d’élèves. La cause ? Son langage outrancier et sa mise en doute de l’existence de Dieu avaient déplu à certains. Le lycée s’était défendu, précisant qu’il respectait le droit des parents « de jouer leur rôle de parents ».

 

Même son de cloche dans une école internationale espagnole située au Qatar où le père d’un élève a porté plainte début 2016 parce qu’il estimait que les illustrations étaient « indécentes » et que l’ouvrage contenait des « phrases avec des insinuations sexuelles ». Or, ce dernier était basé sur… l’histoire de Blanche-Neige et des sept nains, pourtant directement inspirée de la version du film d’animation de Disney sorti en 1937 — et donc plus ou moins prude.

 

Et la liste s'allonge : The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian de Sherman Alexie fut retiré des lycées et du programme scolaire de l’État de l’Idaho, à cause de « contenus obscènes, dégradants, des mots d’argot comme celui utilisé pour décrire une certaine partie de l’anatomie féminine, et une représentation injurieuse du Christ ».

 

Le roman de Neil Gaiman, Neverwhere, avait connu le même sort dans une école du Nouveau-Mexique, car une mère avait estimé que le livre était « trop inapproprié, trop mauvais ». Le roman graphique de Marjane Satrapi, Persepolis, a été interdit à la suite de plaintes de parents d’élèves dans le district scolaire de Northishore à Chicago, car « le livre est tout simplement sexuellement très connoté et particulièrement agressif ». 

 

Certaines écoles américaines avaient même tenté de faire censurer… Le Journal d’Anne Franck, en 2010, estimant qu’il était tout à la fois déprimant et pornographique.