Provins : un libraire en flagrant délit de sale gueule démocratique

Nicolas Gary - 23.07.2015

Edition - Librairies - Christian Jacob - Provins librairie - démocratique sanction


Depuis plusieurs mois, la librairie-papeterie Delvaux située à Provins semble se heurter aux pouvoirs politiques : Christian Jacob, de sa mairie, mène en effet la vie dure à Jean-Philippe Delvaux, patron de l’établissement. Marchés publics qui sortent soudainement du chapeau, mesures restrictives, la ville semble bien agitée – ou plutôt, douloureusement silencieuse.

 

librairie Delvaux Chrisitan Jacob politique

 

 

Dans Libération, qui s’est intéressé au sujet, pas de pincettes : Christian Jacob est désigné comme « Seigneur en sa demeure de Provins », et le quotidien brosse un tableau politiquement sombre de la ville de Seine-et-Marne. « Ici, c’est comme dans les pays de l’Est, si vous dites quelque chose de travers, c’est terminé », explique une habitante. Excellente raison pour respecter l’omerta.

 

Pour le libraire, la situation a viré rapidement au cauchemar ; c’est tout d’abord la perte du marché de la bibliothèque municipale. Face au silence municipal, il parle dans les médias, mais n’obtiendra rien de mieux qu’une nouvelle mesure punitive : cette fois, ce sont les commandes scolaires qui disparaissent. Et dans des circonstances bien difficiles à éclaircir. La Commission d’appel d’offres ne s’était manifestement pas encore réunie que déjà les enseignants étaient avertis, la veille de l’avis officiel. Gloups. 

 

"À partir du moment où il attaque la municipalité, on ne peut plus travailler avec lui(Christian Jacob)

 

« Monsieurs Delvaux ferait mieux de se concentrer sur sa librairie plutôt que de faire de la politique politicienne sur les réseaux sociaux », répondra le maire à Libé, ce dernier n’ayant jamais donné suite à nos sollicitations. 

 

Mais il semble que Provins ne soit pas une ville aussi apaisée qu’on le croirait. Toujours cité, le maire poursuit : « On s’est engagé à travailler avec quelqu’un de raisonnable. À partir du moment où il attaque la municipalité, on ne peut plus travailler avec lui. Alors pour faire cesser les polémiques, j’ai lancé un appel d’offres. » Et c’est ce dernier qui justement fait plus polémique encore. 

 

D’ailleurs, le prolongement de cette réflexion se retrouve dans Le Parisien : Joëlle Siorat, socialiste, et tête de l’opposition dans la ville ne s’explique pas que des enseignants aient pu être informé des résultats de l’appel d’offres avant que la concertation de la Commission idoine. À la mairie, on précise au Parisien : « Comme il s’agit d’un marché de moins de 20 000 €, le maire est seul décisionnaire. La CAO a donné un avis favorable le lendemain. » Et d’insister sur le fait que la procédure aurait permis d’économiser 10.000 €. 

 

Des questions d’argent, d’attribution maladroite pour le marché scolaire, tout cela étonne. D’autant que les enseignants sont priés d’aller se fournir à Meaux, ville de Jean-François Copé. Les deux hommes sont particulièrement proches, le premier aurait d’ailleurs prêté 3 millions d’euros à l’UMP à l’époque après les législatives de 2012 – de l’argent pris aux députés, indiquait Mediapart. Jean-François Copé était alors à la tête de l’UMP.

 

 

 

 

Bien entendu, envoyer les professeurs de Provins acheter leurs fournitures dans la ville de Meaux ne s’appelle pas vraiment un retour d’ascenseur. En revanche, Christian Jacob en dévoile un peu plus sur les motivations qui ont guidé les choix de sa mairie, vis-à-vis de la librairie. « Puisqu’il est entré dans cette attitude politicienne, à être critique en permanence avec la municipalité, puisqu’il cherche la polémique, on a fait cet appel d’offres. On ne peut pas se laisser marcher dessus comme cela ! » Alors, qui flingue qui ?

 

"Depuis quand, en démocratie, n’a-t-on pas le droit de contester la parole politique ?(JP Delvaux)

 

Contacté par ActuaLitté, Jean-Philippe Delvaux reste interdit : « Qu’on me nie le droit de parler de politique est fascinant. D’abord, je n’ai pas critiqué la municipalité, j’ai écrit au maire pour demander des explications. L’arrêt de commandes durant la campagne municipale méritait des éclaircissements. Mon courrier était courtois : j’imaginais qu’en républicain digne de ce nom, M. Jacob m’apporterait les réponses qui m’échappaient. » Et comme la voie diplomatique n’a pas fonctionné, il restait celle de la presse. « Depuis quand, en démocratie, n’a-t-on pas le droit de contester la parole politique ? »

 

Les propos du libraire, tenus en avril dernier dans La République, sont invoqués pour expliquer comment la hache de guerre fut déterrée. Tout juriste s’interrogera alors sur la légitime défense déployée par la mairie pour répondre à des faits strictement énoncés. Bien au contraire, on constaterait plutôt une certaine disproportion entre « les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte ».

 

« Me punir, comme un enfant, parce que j’ai contesté une décision municipale qui n’a jamais été justifiée me paraît être une dérive autoritaire. On ne sanctionne pas les gens parce qu’ils émettent un avis fut-il critique, tout de même ! Je trouve un peu fort de café qu’on me nie le droit d’avoir un avis politique, comme si cela était réservé à une caste. Voilà bien une attitude digne de l’ancien régime. »

 

Et de s’amuser de la passe d’armes entre le député Jacob et le Premier ministre, Manuel Valls, hier à l’assemblée. « Si on menace de fermer ma boutique pour avoir contesté une décision, que fait-on à un député qui attaque le gouvernement ? La loi qui concerne les petits ne s’appliquerait pas aux grands ? »

 

 

 

Plus amusant encore, pour cet ancien doctorant en philosophie : « Mon sujet de recherche traitait des dérives totalitaires et des rapports flous entre totalitarisme et démocratie. De cette tentation totalitaire de la part d’hommes politiques qui se dissimulent derrière la démocratie. » Et de conclure : « La tentation totalitaire existe et l’abus de pouvoir n’est pas impossible en démocratie, même si tout cela est tout à fait légal. »


Pour approfondir

Editeur : Hachette
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782012248335

Madame Autoritaire

Les petits personnages de cette série présentent tous des traits de caractère particuliers que les enfants pourront reconnaître chez eux ou chez les personnes de leur entourage.

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