En Turquie, le pouvoir garde un oeil inquisiteur sur les auteurs

Antoine Oury - 03.06.2019

Edition - International - turquie auteurs - erdogan turquie - turquie censure surveillance


Quand la censure ne s'abat pas sur leurs textes, les auteurs turcs doivent néanmoins composer avec les risques d'emprisonnement et la surveillance rapprochée que le gouvernement leur impose. Plusieurs pages signées par des auteurs turcs, partagées sur les réseaux sociaux, leur ont valu des messages d'intimidation et l'ouverture d'enquêtes, sur le seul motif que ces textes évoquaient des cas de maltraitance physique ou sexuelle sur des enfants.

Turquie - Frankfurt Buchmesse 2015
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


En Turquie, les frontières entre réalité et fiction se confondent, au détriment des écrivains : depuis plusieurs jours, des utilisateurs des réseaux sociaux, notamment Twitter, partagent des pages de livres et mettent en cause leurs auteurs. « Quel livre. Comment un éditeur peut-il imprimer un livre qui décrit des violences faites à un enfant ? Le coupable, Abdullah Şevki, un pédophile, doit être arrêté immédiatement et châtié d'une manière très sévère », écrit l'un d'entre eux en publiant une page du roman Zümrüt Apartmanı.
 


Abdullah Şevki, auteur du livre en question, fait désormais l'objet d'une enquête réclamée par le ministère de la Culture turc, sur la seule base des lignes qu'il a écrites. Plusieurs écrivains turcs se sont ainsi vus confondus avec les faits qu'ils ont décrits dans leurs textes : le pouvoir et les internautes qui accusent par l'intermédiaire des textes semblent confondre volontairement fiction et réalité.

Des librairies turques auraient d'ores et déjà retiré le titre de leur stock, et d'autres auteurs auraient eux aussi été victimes de cette inquisition faite au nom du bien-être des enfants. Elif Shafak et Ayşe Kulin ont ainsi fait l'objet d'accusations visant leurs écrits et leur vie privée : « Ils veulent enquêter sur tous les écrits de la littérature turque qui font référence à des abus commis sur des mineurs », explique Shafak.

Le ministère de la Culture turc, lui, fait référence à l'article 226 du Code pénal, et affirme que cet examen approfondi des textes a pour seul but la protection des plus jeunes. « En tant que ministère, nous continuerons de lutter contre tous les contenus nocifs qui pourraient affecter le développement psychologique et physique de notre jeunesse. »

« C'est un tout nouveau sujet de préoccupation pour eux », analyse Elif Shafak auprès du Guardian. « Et, bien sûr, il est particulièrement ironique de voir cela dans un pays où les cas de violences sexuelles contre les femmes et les enfants sont en hausse. Les cours de justice turques ne réagissent pas, la loi n'a pas été changée. Et dans un pays où des actions immédiates devraient être entreprises, on s'attaque aux écrivains. C'est là la plus grande tragédie. »
 
Confondre les auteurs avec leur texte ou les protagonistes d'une fiction peut ainsi conduire à accuser Elif Shafak ou d'autres auteurs de faits qu'ils dénoncent justement à travers leurs textes. Le harcèlement judiciaire des auteurs rappelle celui des journalistes qui évoquent la résistance kurde, par exemple.

À ce titre, de nombreux auteurs et journalistes sont toujours emprisonnés en Turquie pour leurs écrits : Önder Çelik, Mustafa Kemal Güngör, Kadri Gürsel, Emre Iper, Hakan Kara, Musa Kart, Güray Öz, Bülent Utku, Ahmet Altan, Murat Sabuncu, Turhan Günay, Kadri Gürsel, Mahir Kanaat, Ömer Çelik ou encore Tunca Ögreten ont été visés par le pouvoir, dernièrement.


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.