En Turquie, "tout le monde a peur, je le vois", assure Orhan Pamuk

Cécile Mazin - 08.12.2014

Edition - International - Orhan Pamuk - Erdogan Turquie - censure liberté expression


Dans un entretien publié par le journal turc Hurrïyet, le romancier et prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, brosse un tableau sombre de la Turquie. Alors qu'il publie un nouvel ouvrage, l'écrivain âgé de 62 ans pose un regard attristé sur les années du régime Recep Tayyip Erdogan, le précédent président du pays. Liberté d'expression et censure, sont bien sûr à l'honneur...

 

Orhan Pamuk

Maka Gogaladze, CC BY SA 2.0

 

 

Dans un ouvrage qui retrace l'apparition de la classe moyenne dans le pays, jusqu'à notre époque, Pamuk affirme que son personnage principal entretient la même relation que Madame Bovary avec Flaubert. Parcourir Istanbul au travers de son regard donne l'occasion de scruter un peu plus en profondeur la société turque. 

 

Et dans le pays, « tout le monde a peur, je le vois », assure-t-il. Les artistes, autant que les simples citoyens, alors même qu'une corruption puissante dévore le pays. Pour les écrivains, de même que pour les journalistes, l'envie d'écrire, de parler de cette situation est forte, mais les deux métiers redoutent les conséquences de leurs propos. 

 

« La liberté d'expression, malheureusement, en Turquie, est en très mauvais état », constate-t-il. Elle « se tord à terre ». Même les journalistes proches du pouvoir en place sont menacés.

 

Dans son roman, c'est également l'oppression que vivent les femmes dans le pays, qui est en question. Les mariages arrangés ne sont plus aussi courants qu'auparavant, mais la situation est encore loin d'être reluisante. Des femmes battues, et une place qui reste conscrite à un terrain bien défini, comme l'a confirmé récemment le président Erdogan. « Vous ne pouvez pas mettre les hommes et les femmes sur un pied d'égalité, c'est contraire à la nature » ; a-t-il ainsi expliqué.

 

Des déclarations insensées, estime Pamuk, qui ne font qu'empirer avec le temps. « Vous ne pouvez pas être moderne sans changements. Bien sûr, je m'interroge : qu'est-ce que notre République a pu apporter comme changements ? » Peu rassurant, pour dire le moins. Et le règne d'Erdogan, entre 2003 et 2014, n'aura rien arrangé.