Enchères: Le premier livre imprimé en anglais adjugé pour 1 million £

Julien Helmlinger - 18.07.2014

Edition - International - Livre ancien - Edition anglophone - Oeuvre médiévale


Rédigé aux environs de 1464 à la cour de Bourgogne, le Recueil des histoires de Troyes, signé Raoul Lefèvre, rencontra un grand succès et si bien qu'il inspira son lot de tapisseries et autres adaptations théâtrales. Outre-Manche ce livre devint une décennie plus tard le premier ouvrage traduit et imprimé en anglais par les soins d'un certain William Caxton, précurseur de l'imprimerie en Angleterre. L'une des 18 copies qui ont survécu depuis a été adjugée aux enchères pour plus d'un million £, lors d'une vente organisée ce mardi par la maison Sotheby.

 

 

 

 

Le Recueil, commandé à son auteur par le Grand duc Philippe le Bon, s'inscrit dans le registre du roman épique. Il revisite des épisodes de la Guerre de Troie, mais à la sauce médiévale et chrétienne, davantage dans la veine du XVe siècle. Une version qui prend ses distances avec des auteurs antiques comme ce païen de Homère qui osait opposer des hommes et des dieux en ses épopées. Les vieux héros de l'Antiquité prirent  ainsi un caractère plus chevaleresque au pays de l'Ordre de la Toison d'or.

 

La version anglophone imprimée par William Caxton, quant à elle, aurait été concoctée pour servir de cadeau à la troisième et dernière épouse du Duc de Bourgogne Charles le Téméraire, devenu héritier de Philippe le Bon après les décès de ses deux frères aînés. Une dame de la maison Plantagenêt qui était par ailleurs la soeur du roi Édouard IV d'Angleterre, Marguerite de York. 

 

Si les Bourguignons se passionnaient pour les aventures de Grecs comme Hercule et Jason, c'était notamment parce que ces héros antiques étaient présentés comme fondateurs mythiques de leur dynastie. Tandis que l'alliance matrimoniale allait rester célèbre sous le surnom de mariage du siècle, l'opération méritait bien un bon bouquin à la gloire de la maison. Mais tandis qu'en ce temps-là l'édition littéraire favorisait plus généralement le latin que les langues vulgaires, la traduction anglophone inscrit l'oeuvre encore plus durablement dans l'Histoire.

 

Mis aux enchères au tarif de 600.000 £, l'incunable a finalement été adjugé pour 1.082.500 £, commission pour Sotheby's comprise dans le prix. Pour le spécialiste Gabriel Heaton, de la maison d'enchères, qui qualifie William Caxton de « père de l'imprimerie anglaise », cette publication marquerait un véritable « tournant dans l'Histoire littéraire ». Du moins un parti pris éditorial, qui selon l'épilogue du traducteur, aura nécessité un labeur tel que ses yeux se seraient obscurcis à force de recherches sur papier blanc, et à l'issue duquel sa plume comme sa main en seraient ressorties usées.