Enfants réfugiés : des livres pour combattre les traumatismes

Camille Cado - 25.04.2019

Edition - Société - We Love Reading - lecture réfugiés dons - association réfugié syrie


Alors que la guerre en Syrie a déraciné des millions de vies, des organisations humanitaires s’efforcent de venir en aide aux réfugiés. Parmi elles, We Love Reading, une organisation à but non lucratif de Jordanie qui forme des volontaires adultes pour lire des histoires aux enfants dans les camps de réfugiés. Elle fournit également des livres, pour que les enfants puissent combattre leurs peurs et leurs traumatismes.

We Love Reading a été créée en 2006 par Rana Dajani, une biologiste jordanienne. Plus de 150.000 séances de lecture ont depuis été organisées, et le programme s’est étendu dans plus de 35 pays, dont l'Afrique, où des volontaires viennent en aide aux réfugiés du Soudan du Sud dans le camp de réfugiés de Kule, à Gambella, en Éthiopie. « C’est grâce à ces histoires que les enfants apprennent à faire face à leurs peurs », a déclaré Rana Dajani.

Par exemple, Rasha Al-Masry, l’une des ambassadrices de We Love Reading, a affirmé qu’un petit garçon de son atelier faisait pipi au lit, par peur de se lever la nuit à cause des bruits qu’il entendait. « Les enfants sont souvent effrayés par les bruits soudains et forts, ce sont des déclencheurs émotionnels pour eux, ça leur rappelle de très mauvais souvenirs. »

Elle a donc décidé d’organiser des séances de lecture autour d’une nouvelle titrée Au-dessus du toit, qui relate l’histoire de plusieurs enfants qui ont peur des bruits de vent et de pluie. Après quelques séances, le garçon comprend alors que ce que ces bruits sont seulement des sons de la nature et qu’il n’y a pas de raison d’en avoir peur.

« Outre le fait qu’il se lève maintenant pour aller aux toilettes, il a appris à parler de sa peur. Les histoires servent aussi à ça, à déclencher chez eux la parole, et enfin partager leurs angoisses. »

Dima Amso, neuroscientifique à la l’Université Brown (Rhode Island) a étudié l’impact de We Love Reading sur la fonction cognitive de 40 enfants et leur capacité à réguler leurs émotions. Ses conclusions révèlent que l’un des plus grands avantages des actions de l’association n’était pas l’alphabétisation, mais le bien-être des enfants, beaucoup moins en proie à l’anxiété ou la colère. 

« Et puis, ces enfants ont souvent accès a la lecture uniquement à des fins éducatives ou religieuses, We Love Reading leur offre aussi la joie de lire pour le plaisir » a-t-elle affirmé. 
 

Des livres comme seuls repères


Les livres sont toujours lus dans la langue maternelle des enfants, un point essentiel pour renforcer la confiance en soi, mais aussi développer un sens de l’identité, primordial pour ces enfants en quête de repère. 
 
« Si vous voulez déclencher un amour de la lecture — et pas seulement de l’éducation — cela doit se faire dans la langue maternelle des enfants », a souligné la fondatrice, Rana Dajani. « We Love Reading permet aussi aux enfants de se construire une identité, si importante pour la santé psychosociale. Quand vous savez qui vous êtes, il y a moins de risque pour que vous vous perdiez. »

Zahra Kassam, bénévole dans le camp de réfugiés en Éthiopie, a remarqué que ce programme de lecture, qui peut paraître anodin, répondait à un besoin jusqu’ici inédit, puisque les organisations humanitaires s'occupaient de fournir de la nourriture, des abris et des soins médicaux.

« Ces organisations humanitaires aident les gens à survivre, mais ces camps de réfugiés ne sont pas des espaces d’épanouissement. Un programme comme We Love Reading donne aux enfants un peu de repères, et d’autres richesses qui sont pour nous banales. J’ai grandi, et j’en oublie complètement que les histoires avant le coucher étaient bien plus qu’une parade pour m’aider à m’endormir. »
 
Le programme a gagné le respect de spécialistes renommés de l’enfance comme Alexandra Chen, spécialiste des traumatismes infantiles, pour qui ce programme de lecture restaure un semblant de normalité dans la vie chaotique des enfants réfugiés. « Le but c’est aussi de réunir les parents et les enfants, autour d’une lecture d’un ouvrage positif. Cela renforce aussi les liens familiaux, et donc améliore leur bien-être. » 
 



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